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Jean-Philippe Lebon : Moi, Mauricien et militaire dans la Légion étrangère

Pendant sept ans et demi, il a vécu beaucoup de choses, certaines positives, d’autres non.

Après sept ans et demi dans l’un des plus prestigieux corps d’armée en France et dans le monde, ce Mauricien s’apprête à rentrer au pays pour vivre de nouvelles aventures. Il nous raconte ses expériences, en Guyane ou encore en Irak, qui l’ont marqué à vie…

 «J’étais en Irak pour la mission Chamal qui consistait à former l’armée irakienne. Pendant mes six mois là-bas, nous avons été sollicités pour une mission lors de laquelle nous avons été attaqués au mortier par des terroristes… Ce jour-là, on a vu la mort en face…» Des souvenirs comme ça, Jean-Philippe Lebon en a plein. Des expériences qui l’ont transformé à jamais, des conditions de vie qui ont changé sa façon de voir le monde, des images et des récits qui sont gravés tout au fond de lui… Le jeune Mauricien, militaire au sein de la Légion étrangère, est aujourd’hui un autre homme et ne regrette absolument pas le choix qu’il a fait, un jour, de s’engager dans l’armée et de servir une cause.

 

«J’ai la trentaine et je suis un habitant de Résidence L’Oiseau, à Floréal. Je suis un ex-storekeeper et salesman chez PKL Autoparts», confie le jeune homme qui, depuis toujours – d’aussi loin qu’il s’en souvienne –, rêvait d’aller au front. «Mon père a été dans la Special Mobile Force pendant plus de 30 ans, puis il a servi comme VIPSU pendant encore quelques années avant de prendre sa retraite. J’ai toujours vécu dans cette ambiance militaire et j’ai toujours voulu être dans l’armée mais dans un corps d’armée plus professionnel, même s’il me fallait pour cela  quitter mon pays. J’ai donc commencé à faire des recherches sur Internet et j’ai trouvé la Légion étrangère, un des plus prestigieux corps d’armée en France et dans le monde. J’ai alors commencé à travailler chez PKL Autoparts comme storekeeper, puis comme salesman, pour pouvoir financer mon voyage afin d'aller en France et de m’engager.»

 

Apprentissages 

 

Commence alors, pour lui, la plus belle des aventures, faite de découvertes et d’apprentissages : «C’est en juin 2010, après huit ans chez PKL Autoparts, que j’ai j’acheté mon billet d’avion. J’ai fait mes bagages et j’ai quitté ma famille et mon job pour m’envoler vers la France où des parents m’ont aidé, le jour de mon arrivée, à me diriger vers Aubagne où se trouve la maison mère de la Légion étrangère.» Les choses, raconte-t-il, se sont vite enchaînées : «Après deux semaines de tests et d’entretiens, j’ai été sélectionné pour signer mon premier contrat de cinq ans. J’ai alors embarqué pour Castelnaudary, le 4e Régiment étranger et régiment d’instruction de la Légion, pour commencer ma formation de quatre mois. Pendant mon instruction, j’ai eu le droit d’utiliser le téléphone seulement deux fois pour contacter ma famille. Après les quatre mois, j’ai été affecté au 2e Régiment étranger du génie, dans une compagnie de combat où j’ai effectué plusieurs formations et missions dans plusieurs pays du monde tels que la Guyane, Abu Dhabi, Tahiti, l’Irak et la Côte D’Ivoire, et avec la mission Sentinelle sur le territoire français.»

 

De tout ce qu’il a vécu, il retient notamment son passage en Guyane : «Mes meilleurs souvenirs resteront ceux de la mission Harpie en Guyane où j’ai passé plusieurs mois dans la forêt équatoriale pour lutter contre l’orpaillage illégal et où j’ai croisé beaucoup d’animaux sauvages tels que des anacondas ou autres serpents, les uns plus venimeux que les autres.» Et ses pires souvenirs sont forcément liés à toutes ces personnes qui sont tombées dans l’exercice de leurs fonctions : «Pendant toutes mes années de service dans la Légion, le plus dur reste la perte de mes frères d’armes en mission ou en entraînement. Mais à la Légion, on ne pleure pas nos morts, on les honore. Chaque année, le 30 avril, on rend honneur à nos morts lors de la commémoration de la Bataille de Camerone.»

 

Selon Jean-Philippe, pour que quelqu’un devienne un bon militaire, il ne lui faut avoir que le minimum parce qu’à  «l’armée, tout va se travailler petit à petit». Autre chapitre de sa vie de militaire : le fléau que sont les attentats. «Le premier gros attentat terroriste que j’ai connu est celui du Bataclan. Quand ça s’est produit, j’étais encore en Irak et j’étais en préparation pour mon retour en France. Au réveil, le matin, on regardait les infos et on a tous été dévastés par cette nouvelle. Nous étions en Irak à mener une lutte contre les terroristes et voilà qu’ils frappaient sur le sol français.»

 

Quatre coins du monde

 

Après sept ans et demi, le Mauricien ressent toutefois le besoin d’ajouter de nouveaux chapitres au livre de sa vie : «Le métier de militaire est, pour moi, le plus beau métier du monde. Cette expérience m’a beaucoup aidé dans la vie. J’ai énormémént voyagé. J’ai  rencontré des gens de différentes cultures et avec différentes façons de vivre, et j’ai pu me faire des amis lors des missions aux quatre coins du monde.»

 

Il remettra bientôt le cap sur son île natale : «Je retourne à Maurice car j’estime que j’ai atteint mon but par rapport à ce que je voulais faire. L’armée m’a beaucoup appris et apporté, et j’ai beaucoup donné à la France, mon pays d’accueil que j’ai défendu avec honneur et fidélité (la devise de la Légion étrangère). Étant fiancé maintenant, je veux consacrer ma vie à ma famille. J’ai choisi de retourner dans mon pays natal car c’est là où sont mes origines ;  j’ai appris à apprécier cela au fil des années en étant loin de tout en France. J’avoue que le marché du travail à Maurice reste néanmoins difficile et j’espère trouver du travail et mettre mes expériences acquises au profit de mon pays.»

 

C'est à ses enfants qu'il racontera un jour ce qu'il a vécu au sein de la Légion étrangère. Il s'attardera certainement sur ce qu'il a vécu en Irak quand, suite à une attaque, il a tenu bon sous le feu de l’ennemi.  «Toute l’équipe a reçu une médaille pour cet acte de bravoure. La mission en Irak m’a aussi permis de connaître le peuple kurde qui nous a bien accueillis parce que nous étions là pour les aider ;  les habitants étaient vraiment reconnaissants. À la fin de ma mission, j’étais, je l’avoue, un peu triste de les quitter…»

 


 

L’amour a tenu bon malgré la distance

 

 

Leurs sentiments ont affronté tous les obstacles. Et même si des kilomètres les séparaient, ils ont tenu bon. «Quand on a finalement rencontré la bonne personne, on arrive toujours à trouver la solution et la patience pour surmonter la distance. Ma fiancée savait ce qu’était mon boulot et que des fois, on n’allait pas pouvoir être en communication à cause de mes missions. On a toujours trouvé du temps pour s’écrire sur Internet et se voir en vidéo. Ce n’est pas facile mais on s’aime vraiment et on y est arrivés», confie Jean-Philippe en nous parlant de l’histoire de sa vie. Le couple s’est fiancé le 11 novembre 2017 et s’est marié civilement le 14 novembre de la même année. Le mariage religieux est prévu pour l’année prochaine.

 

Christina, la principale concernée, est elle aussi touchante quand elle parle de celui qui a volé son cœur.  «Je l’ai connu bien après son engagement dans la Légion française. J’admire son courage, sa persévérance et sa bravoure à maintenir l’ordre et la paix, et à assurer la protection de la population, tout en risquant sa vie dans un pays étranger. Je suis fière de lui. Ce n’est certes pas facile de vivre une relation à distance, surtout lorsqu’il est en mission et que je n’ai pas de ses nouvelles. Je suis toujours inquiète. Cela fait trois ans que je passe Noël et le Nouvel An sans lui. Mais voilà, en amour, il faut être patient. Lorsque je vois le nombre de couples qui divorcent pour cause d’infidélité ou de manque de confiance, entre autres, je me dis que la distance n’est pas un obstacle mais un beau rappel de la force du véritable amour et que j’ai de la chance de l’avoir dans ma vie puisqu’il me le prouve chaque jour», nous dit celle qui attend avec impatience le retour de l’homme qu’elle aime.