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Cédric Malin : Rescapé de la vie

Le jeune homme savoure à nouveau une tranquillité d’esprit avec ses parents Dolorès et Jean-Michael.

Il a tout connu : le choc d’apprendre qu’il a une tumeur, voir sa vue diminuer, mettre sa vie en suspens, subir une lourde intervention, enchaîner avec des sessions de radiothérapie et de chimiothérapie, tomber dans le coma pour ensuite renaître à la vie. Rencontre avec un ado de 17 ans qui a mené une vraie bataille contre la maladie…

Il y a comme une lumière dans ses yeux… Dans son regard, de la douceur mais aussi de la force. Beaucoup même.  Autour de lui : tout plein d’amour. Car ses proches et lui savent qu’il revient de loin. Puisque du haut de ses 17 ans, Cédric Malin a tout connu : les épreuves, des obstacles à franchir, des moments pénibles et des périodes sombres.

 

Il y a deux ans, la vie de l’adolescent a basculé. Entre sa vue qui baissait drastiquement, un état physique fébrile, des problèmes de santé et une série de tests, le diagnostic est vite tombé… Il est atteint d’une tumeur au cerveau appelée Germinorme. C’est le choc. Puis, la panique. Comment ? Pourquoi ? Quoi faire ? Les questions se bousculent, le doute s’installe tout comme la peur. Et les choses s’enchaînent très vite. «C’est vraiment une nouvelle qui a bouleversé mon existence», se souvient Cédric, confortablement installé dans son salon à Belle-Mare.

 

C’est dans un silence religieux, entouré de sa mère Dolorès, de sa grand-mère Ghislaine et d’autres membres de sa famille, qu’il se remémore cette période difficile : «J’avais 15 ans et j’étais en Form IV. Du jour au lendemain, j’ai dû mettre ma vie entre parenthèses.» Lui, jeune ado bien de son temps, actif, sportif et débordant d’energie, voyait son existence s’assombrir tout d’un coup de gros nuages. Mais au lieu de laisser le découragement s’installer, Dolorès, sommelière à hôtel Belle Mare Plage, et son époux Jean Michael, charpentier, décident de remuer ciel et terre pour mettre toutes les chances du côté de leur fils. 

 

Portés par leur foi et une envie de se battre coûte que coûte, ils se mettent très vite à entamer une véritable course contre la montre. L’objectif : avoir recours à l’expertise étrangère. Le couple se tourne alors vers l’Inde, plus précisément Chennai. «J’avais peur car je voyais de plus en plus mal et j’avais même des difficultés à me déplacer seul», se souvient Cédric qui revit, le temps de son récit, ce cauchemar.

 

Le jeune homme, qui est d’abord soigné à l’hôpital du Nord, se souvient de tout comme si c’était hier : «On ne peut pas oublier ce genre de choses.» À l’âge où il aurait dû vivre pleinement son adolescence, il se retrouve à lutter contre le terrible mal qui le ronge. «Parmi les symptômes, je me rappelle également que j’avais constamment soif et que je buvais beaucoup d’eau», poursuit Cédric qui est rentré au pays il y a quelques mois, tout en poursuivant son traitement.

 

Emotion

 

Après les démarches administratives et d’autres procédures, Cédric, accompagné de sa maman, a vite mis le cap sur la Grande Péninsule. «On a bénéficié des Rs 500 000 allouées par le gouvernement pour ce genre de cas et une fois hospitalisé, mon fils est passé par une batterie d’examens médicaux qui a confirmé la progression de sa maladie», raconte Dolorès, de l’émotion dans la voix. Comme son fils, elle a aussi livré une véritable bataille contre ce mal qui s’était invité dans sa vie : «J’ai pris un congé et je n’ai pas hésité à arpenter les rues, les parkings ou les plages pour essayer de récolter le plus de sous à travers une quête. Je n’étais obsédée que par une seule chose : permettre à mon fils de retourner à Maurice guéri.»

 

Cédric, lui, bien qu’affaibli, a choisi de s’accrocher de toutes ses forces et de ne pas lâcher prise. Mais sa confiance et son espoir ont souvent été mis à l’épreuve. «Un jour, j’ai même cru qu’il allait nous quitter. Il n’arrêtait pas de rejeter et son visage était très gonflé», se souvient Dolorès, de la tristesse dans les yeux. Entre la lourde intervention, les séances de radiothérapie et de chimiothérapie ou encore l’état de santé de son fils, Dolorès a aussi fait face au manque de financement. «C’est vrai que les médecins et l’établissement hospitalier faisaient un énorme travail pour sauver la santé de mon fils mais là-bas, il fallait payer au quotidien. Et les Rs 500 000 d’aide qu’on avait reçues étaient vite épuisées. Certes, on puisait partout où on le pouvait. On a aussi pu compter sur le soutien de la famille mais cela ne suffisait pas.»

 

Entre-temps, un ami proche de la famille, ne pouvant rester insensible face au combat que menaient Cédric et toute sa famille, décide d’avoir recours à la presse. «C’est alors que l’histoire de Cédric a été racontée dans 5-Plus dimanche. Les premières aides sont vites arrivées», poursuit Dolorès qui était loin de se douter de ce que cet article allait provoquer. Comme pour d’autres Mauriciens, le cri du cœur de cette mère de famille a été entendu par un groupe de professionnels qui évoluent dans le domaine de l’hospitalité. C’est en lisant le journal et en pensant à la façon dont ils pouvaient aider Cédric qu’est née l’association Les chefs du cœur. Et en dix jours, la petite bande arrive à organiser un dîner caritatif dont les recettes serviraient à aider la famille Malin dans cette épreuve. Et c’est au chassé de Belle-Mare avec la collaboration des sponsors et autres bénévoles, qu’a lieu la Havana Night.

 

À l’époque, Cédric n'était pas au courant de l’élan de solidarité qui s’était enclenché pour le soutenir. Son état de santé s’est aujourd’hui stabilisé, mais il avoue qu’il est passé par des phases critiques. Il est aussi tombé dans le coma, entre autres complications. «Il a même dû faire de la dialyse car son rein de fonctionnait pas. À un certain moment, je suis rentrée au pays et c’est son père qui a fait le voyage pour être à ses côtés. Je me souviendrai toute ma vie du moment où il m’a appelée pour me dire que Cédric était dans le coma et qu’il se trouvait aux soins intensifs. Je ne sais pas où j’ai trouvé le courage et la force, et même si on n’avait plus de moyens, je peux vous dire que j’ai vite pris l’avion pour les rejoindre. Je me rappelle m’être retrouvée dans la pièce avec mon fils insconcient et mon mari, et que nous l’avons tenu par la main pour prier», ajoute Dolorès, sous le regard de son fils. «C’est mon unique enfant et c’est difficile de me dire que le dénouement de ces longs mois d’angoisse aurait pu être tout autre.»

 

Aujourd’hui, bien qu’ayant une vue limitée, Cédric a retrouvé la joie de vivre, a repris l’école – il est au collège Darwin – et ne rate pas une occasion de remercier le ciel. Il tient aussi à avoir une pensée pour tous ceux qui se sont mobilisés pour lui. «Je dis un grand merci à l’association Les chefs du cœur mais aussi à toutes ces personnes qui ont contribué lors des quêtes publiques ou qui ont fait un don sur notre compte en banque après la parution de l’article dans la presse. C’est grâce à vous tous si je vais mieux aujourd’hui», nous lance le jeune homme avec une lumière brillante dans les yeux…