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Footballeurs étrangers à Maurice : Pour un avenir meilleur

Le Malgache Branly Zizi (ici en compagnie de Roopesh Neerunjun) s’est révélé un élément important pour le Pamplemousses SC.

A la fin de la saison 2017-18, on chiffrait à environ 70 les ressortissants étrangers évoluant dans nos championnats. Une nécessité pour les clubs mauriciens ambitieux, mais une porte de sortie et un tremplin pour les footballeurs. Des fois, l’espoir cède la place au désespoir.

Pourquoi chez nous ? Leur présence ne passe pas inaperçue dans le football mauricien. Eux, ce sont les footballeurs étrangers qui défendent les couleurs de plusieurs clubs évoluant dans la défunte Ligue professionnelle jusqu’à la National Division Two, en passant par la National Division One. Ce qui constitue un renfort non négligeable pour les clubs concernés mais aussi un investissement coûteux et risqué pour les parties concernées. Cela peut être une bonne affaire pour les joueurs et les clubs mais aussi un vecteur de désillusions (voir plus loin). 5-Plus dimanche s’est intéressé sur l’intérêt des clubs locaux à avoir recours à ces étrangers. Ce qui les pousse à traverser l’océan pour une carrière dans une discipline qui ne suscite plus l’engouement populaire au lieu des championnats plus huppés.

 

A la fin de la saison 2017/18, on recensait environ 70 étrangers dans les divers clubs nationaux, avec un fort contingent chez l’élite où tous les clubs en avaient 5. On retrouvait des Malgaches, Ivoiriens, Camerounais, ou Nigérians pour ne citer qu’eux. Leur expérience en terre étrangère est un plus pour les équipes qui participent aussi aux compétitions africaines. Tous souhaitent un avenir meilleur sur le plan sportif et humain.

 

«C’est certainement un plus pour les équipes mauriciennes en marge de leurs campagnes africaines. Leur vécu et leur qualité physique aussi bien que techniques sont des atouts pour les clubs dans les compétitions locales. Il faut se rendre à l’évidence que les étrangers viennent combler des lacunes. Mais cela ne veut pas dire que tous les footballeurs étrangers sont meilleurs que les footballeurs mauriciens», explique une source auprès de la Mauritius Football Association (MFA).

 

Bonne pioche

 

Roopesh Neerunjun, Team Manager du Pamplemousses SC, champion de Maurice en titre, estime que la présence de footballeurs étrangers est nécessaire. «Ils viennent relever le niveau de jeu, car celui pratiqué par les Mauriciens est très loin de celui pratiqué par les Africains. La présence des étrangers est importante, dans le sens qu’elle va aider  les footballeurs mauriciens à s’entraîner plus dur pour être plus compétitifs. Chacun va se battre pour gagner sa place dans l’équipe», avance notre interlocuteur.

 

D’ailleurs le Pamplemousses SC, sacré champion lors de la saison 2016/17 et 2017/18, doit une fière chandelle à sa garde étrangère. Là on pense en particulier au Malgache Branly Ratovorinina, plus connu comme Branly Zizi, le monsieur but du club nordiste et qui a remporté ces trois dernières saisons le titre de meilleur buteur du championnat. Un apport nécessaire quand on s’est rendu à l’évidence qu’un vrai buteur mauricien est une denrée rare dans notre football malgré les potentiels affichés çà et là.

 

C’est aussi dans cette optique que les clubs mauriciens préfèrent avoir recours à cette «main-d’œuvre» étrangère pour combler les postes vacants surtout que les footballeurs du continent africain ont un grand intérêt pour évoluer dans notre île. Des fois, le public mauricien peut apprécier des vraies perles sur notre sol, à l'instar d’un Guikan Ephrem.

 

Ce dernier, d’origine ivoirienne, a porté les couleurs de l’ASPL 2000 lors de la saison 2016/17 et s’est révélé une bonne pioche pour l’équipe port-louisienne. On se souvient de ses buts décisifs marqués dans la CAF Ligue des champions pour le club mauricien. Le footballeur est parti rejoindre l’équipe kenyane de Gor Mahia (qui vient de remporter pour la 17e fois le championnat Kenya) où il continue de faire des misères aux défenseurs tant dans le championnat national qu’en Coupe d’Afrique.

 

Guikan Ephrem nous dit avoir accepté de venir évoluer à Maurice pour des raisons sportives afin de franchir un palier dans sa carrière. «Lorsque j’ai eu l’offre de l’ASPL 2000, j’ai dit oui, car c’était une porte de sortie pour moi pour découvrir un autre championnat en dehors de mon pays. Ça a été une expérience enrichissante pour moi, car j’ai appris de nouvelles choses qui me sont utiles maintenant. C’est ça qui motive les footballeurs africains à sortir de leur pays pour tenter l’aventure ailleurs et Maurice se retrouve être leur destination préférée ou une étape dans leur carrière», souligne l’ex-buteur de l’ASPL 2000.

 

Au détriment des talents mauriciens ?

 

C’est ce besoin de sortir de leur pays qui pousse des ressortissants africains à tenter l’aventure mauricienne. Malheureusement plusieurs pays africains n’offrent pas un cadre de vie idéal pour eux. Alain France Mipo, qui est un agent recruteur travaillant avec plusieurs clubs mauriciens, abonde dans ce sens. «Il y a plusieurs raisons qui expliquent l’intérêt des étrangers pour venir évoluer dans le football mauricien. Il y a ceux qui viennent parce que les conditions sont nettement mieux que dans leur pays respectif. D’autres viennent pour avoir une expérience étrangère qui pourra leur permettre d’aller ailleurs et j’en ai eu quelques cas. Et pour finir d’autres viennent simplement pour essayer des nouveaux challenges», explique notre interlocuteur.

 

Les clubs mauriciens préfèrent travailler avec des agents ou des contacts reconnus pour dénicher des renforts. Comme on dit souvent, tout ce qui nous vient de l’étranger n’est pas forcément meilleur que le label Made in Moris. Sans citer des noms, certaines recrues étrangères se sont révélées être des déceptions au grand dam des clubs concernés qui fondaient des gros espoirs sur eux.

 

«Nous avons des contacts crédibles et de confiance qui nous aident dans le recrutement des footballeurs étrangers. Nous faisons notre homework et on se renseigne beaucoup. Quand on recrute quelqu’un, nous devons être sûrs qu’il va pouvoir apporter un plus dans notre équipe. Pour une équipe comme le Pamplemousses SC, qui a des titres à défendre, et qui a représenté notre pays sur le continent africain, nous devrons être très exigeants sur la qualité des futures recrues aussi en fonction de notre budget. C’est un dossier qui demande beaucoup de travail et de discussion», ajoute Roopesh Neerunjun.

 

La présence des footballeurs étrangers dans notre football nous ramène aussi dans l’éternel débat : empêche-t-elle l’éclosion des talents mauriciens ? C’est pourquoi chaque club national ne peut pas avoir plus de cinq étrangers dans son effectif. Le Team Manager du Pamplemousses SC pense que ce n’est pas demain qu’on aura un club 100% mauricien qui rivalisera avec les pays africains.

 

«La réalité c’est que les footballeurs étrangers sont plus professionnels et disciplinés que les Mauriciens. On a des cas où après les entraînements, certains exigent de la bière, ou fument avant de monter sur le terrain, voire après match. Les étrangers sont plus concentrés sur le football, ils peuvent s’entraîner matin et après-midi, et font des exercices physiques et de la musculation durant leurs temps libres. J’en rencontre certains tôt le matin qui vont faire leur jogging. De plus ils font très attention à leur alimentation. Malheureusement cette culture n’est pas encore bien entrée dans nos mœurs. De l’autre côté, nous avons aussi donné la chance aux talents mauriciens surtout des jeunes, comme les Perticot et Saramandif mais d’autres n’ont pas été à la hauteur», se désole le dirigeant du Pamplemousses SC.

 

Pour rappel, les clubs mauriciens ont jusqu’à la fin d'octobre pour boucler leurs recrutements de footballeurs étrangers. Lors de la nouvelle saison, qui démarre fort probablement dans la deuxième moitié du mois d’octobre, on aura l’occasion de découvrir peut-être des nouveaux talents ou des «bredes» venus d’ailleurs.

 

Procédures complexes

 

Le marché des transferts des footballeurs étrangers est régulé par les règlements de la FIFA. Cette dernière a lancé en 2009 une plateforme, le Transfer Machine System, pour mieux gérer les transferts entre clubs, sous la supervision des fédérations locales, et dans le cas de Maurice par la Mauritius Football Association (MFA). Celle-ci doit veiller à ce que tous les critères et les documents nécessaires soient en règle pour que le footballeur étranger puisse évoluer à Maurice. Le ministère de la Santé et le Passport and Immigration Office (PIO) sont aussi impliqués dans ce processus.

 

Ce n’est pas la belle vie !

 

Loin de la carte postale. Comme soulignent plusieurs de nos interlocuteurs, Maurice représente une destination de rêve avec de belles plages et de beaux discours. Certains des footballeurs étrangers croient que notre pays est l’Eldorado ou un tremplin pour rebondir dans un championnat mieux huppé pour se la couler douce.

 

C'est le désenchantement pour certains footballeurs étrangers après qu’ils ont posé leurs valises chez nous. De temps en temps certains se plaignent que les termes de l’accord ou contrat passé avec les clubs mauriciens ne soient pas respectés. A titre d’exemple, nous sommes en présence de plusieurs témoignages de footballeurs étrangers qui allèguent qu'on leur exige de rembourser certaines dépenses encourues par des clubs dans le processus de recrutement, les billets d’avion ou le logement, lorsque leurs associations prennent fin. D’autres affirment que certains dirigeants leur réclament de l’argent pour agréer à leurs demandes de transfert à un autre club. C’est ainsi qu’un club de l’élite vient d’être dénoncé auprès de la FIFA par un joueur étranger.

 

Recrutement : Ça coûte !

 

Rs 60 000 à Rs 150 000 voire plus pour le recrutement d’un footballeur étranger. Les clubs mauriciens doivent nécessairement mettre les mains aux poches pour enrôler les services de la perle rare. Cette somme englobe les démarches administratives (billets d’avion, permis de travail, hébergements entre-autres). Par exemple, une demande pour un work permit pour une nouvelle recrue coûte Rs 8 000. Dans la plupart des cas, ce sont les clubs recruteurs  qui prennent en charge les billets d’avions des joueurs, et le trajet Madagascar-Maurice est beaucoup moins cher qu’un Côte d’Ivoire-Maurice. Négocier le salaire et la durée d’un contrat d’un joueur se font directement avec le club. Un footballeur étranger peut toucher entre Rs 8 000 à Rs 18 000 comme salaire, dépendant des clubs.