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[EDITO] Cachez-moi ces travailleurs pauvres…

Il est facile de regarder ailleurs, de détourner les yeux. D’autant que les grèves de la faim semblent devenir une habitude, un acte presque normal dans ce pays. Or, des femmes qui doivent y avoir recours, comme moyen de protestation, pour dire non à un salaire dérisoire de Rs 1 500, ça n’a rien de banal. Et quand nous sommes nombreux à préférer traverser notre chemin pour ne pas voir ce qui se passe sous nos yeux, quand on cède au jugement facile, estimant que ces cleaners grévistes n’ont qu’à changer de boulot (alors que plusieurs ont fait ce choix de travail depuis 8, 10 ans et qu’il est question ici d’injustice, de droit d’employé vs abus d’employeur), cela dit quelque chose sur notre humanité qui se perd, sur notre indifférence vis-à-vis de l’autre.  

 

Mais plus désespérant encore, c’est quand l’état, revenant sur la parole donnée, refuse le dialogue avec ces salariées tourmentées, quand un gouvernement admet clairement, dans un communiqué, qu’il peut y avoir deux catégories de travailleurs, avec des salaires différents pour le même boulot, quand un Premier ministre estime que cette action (ultime) «ne mènera nulle part», les autorités nous envoient un terrible signal : celui de non-assistance à des personnes en situation de pauvreté, de vulnérabilité et de précarité. Car c’est de cela qu’il s’agit quand on touche Rs 1 500, voire Rs 3 000, s’agissant de celles qui font le travail de plus d’une personne. 

 

Et même si c’est pour trois heures d’efforts (argument que certains brandissent pour justifier ce salaire humiliant d’esclave), combien d’entre nous accepteraient de travailler pour cette misérable somme dans l’île Maurice d’aujourd’hui, à la veille de la célébration de nos 50 ans d’Indépendance ? Et que dire de la position d’une directrice d’une de ces sociétés de nettoyage (Le Défi du vendredi 20 octobre), qui, pour se donner bonne conscience, n’a trouvé rien de mieux à dire que «la loi précise qu’il faut leur payer Rs 40 de l’heure. Mais nous, nous leur donnons Rs 45, plus d’autres allocations. Ce qui ramène leur salaire à plus de Rs 3 000». à croire qu’il est normal de vivre avec Rs 3 000 dans un pays où le panier de la ménagère est passé à Rs 9 400, selon un corps syndical. 

 

En s’en lavant les mains dans cette affaire, en renvoyant la balle au ministère du Travail, en mettant tous les tracas de ces employées sur le dos des entrepreneurs privés et en raidissant la ligne, le ministère de l’éducation et le gouvernement dit Lepep contribuent à une marginalisation des plus démunis. Ceux-là qui sont déjà exploités par des employeurs sans scrupule, recevant un salaire de misère, doublé de conditions de travail indignes (souvent «sans contrat, sans fiche de paie, sans contribution au National Pension Fund», dixit un syndicaliste), ne peuvent donc pas compter sur la politique d’intégration sociale. 

 

Car de quoi parle-t-on ? D’êtres humains qui veulent travailler, qui se battent honnêtement pour gagner un salaire décent et avoir de quoi vivre, manger, en subvenant aux besoins de leurs enfants, et en se projetant dans l’avenir. N’ont-ils pas le droit d’aspirer à de meilleurs lendemains ? La gestion de ce drame humain par le gouvernement illustre la manière dont il perçoit des problématiques telles que la dignité, l’égalité des chances et le niveau de vie de nos compatriotes au bas de l’échelle. Des femmes qui, au fond, ne réclament qu’une reconnaissance de leur labeur, de leur contribution à rendre nos écoles publiques plus salubres et d’une justice à leur égard.  

 

N’est-il donc pas légitime qu’on leur prête attention, qu’on les écoute si tant est-il vrai qu’il existe une réelle politique de lutte contre la pauvreté ? Car n’est-ce pas là le visage de la misère qu’on nous montre ? Certes, il faudrait reconnaître que ce gouvernement-là n’est pas le seul responsable, que les dirigeants précédents sont tout aussi coupables de cette situation car le choix de faire de la sous-traitance date de 2005.  Mais n’a-t-on pas choisi de vire mam pour dire non aux travers, et pour une amélioration des conditions de vie de tous ? Que l’état assume ses responsabilités parce qu’il s’agit d’écoles publiques, qu’il fasse les pressions nécessaires sur ces entrepreneurs privés, qu’il accompagne les plus défavorisés, en dialoguant et en trouvant des solutions humaines et pratiques. Qu’il ne détourne pas les yeux ! Sinon, il ne pourra plus jamais se servir du terme Lepep !

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