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Ma vie au service du Père Laval

Dominique, Cathy, Claude et Angela racontent comment ils gagnent leur vie en vendant des objets sur le chemin menant au caveau du Père Laval.

Certains sont là depuis 40 ans, d’autres depuis 35 ans. Qu’il pleuve ou pas, tous les jours, ils sont là pour vendre leurs fleurs, bougies et médailles à ceux qui viennent se recueillir au caveau du Bienheureux Jacques Désiré Laval. Rencontre.

Ils font partie du paysage. Sur la route qui mène vers le Père Laval, à Sainte-Croix, on ne peut pas ne pas les voir. Quiconque se rend au caveau du Bienheureux Jacques Désiré Laval s’arrête forcément pour se procurer une bougie ou quelques fleurs, un rituel avant de se recueillir. Si ce n’est pas un bouquet ou un lumignon, d’aucuns en profitent aussi pour se procurer un chapelet, une médaille ou encore un livret de prière, en vente pas très loin du lieu du culte. Ceux qui proposent ces services sont aujourd’hui ancrés dans le décor et participent jour après jour, à «illuminer» le passage de tous ceux qui viennent prier au caveau.

 

Depuis le samedi 8 septembre, les pèlerins, de confessions religieuses diverses, convergent vers le caveau du Père Laval. Car aujourd’hui,  le pays commémore la mort du missionnaire. Sur leur route, ils ne manqueront pas de tomber sur Claude Petit-Jean, 57 ans.

 

Voilà 35 ans qu’il tient sa petite «baz» à quelques mètres de l’entrée du caveau. Dès 7h30, il débarque avec ses tables, son parasol pour se protéger du soleil, ses bouquets de fleurs colorées et ses bougies. Plus qu’un travail, c’est une mission qu’il accomplit depuis des années. «Quand j’ai commencé, j’étais chômeur, j’avais des difficultés à joindre les deux bouts et les circonstances m’ont amené à me lancer dans ce business. Depuis, ma vie a changé», confie ce «fidèle» du Bienheureux Père-Laval. «Je sens qu’il veille sur moi et c’est pour cela que je ressens un grand bonheur chaque matin à me réveiller pour venir me mettre à son service», poursuit le quinquagénaire, avec un grand sourire.

 

Sur son étal : des bouquets, se composant de dahlias, de gerberas, d’anthuriums et de roses, enrobés dans une large feuille verte. «Je me dis que je contribue à la démarche de ceux et celles qui vont chercher un peu de réconfort auprès du Père Laval. Ils viennent avec leurs joies et leurs peines, passent par chez moi, achètent des fleurs et vont les offrir au Bienheureux Père Laval.» S’il avoue ne pas bien vendre tous les jours, il dit toutefois voir des gens venir prier : «Les Mauriciens n’attendent pas forcément la fête du 9 septembre pour venir au caveau. Ce lieu est comme un refuge où chacun peut trouver un apaisement.»

 

«Un bon cadeau»

 

Sur le même alignement, se rapprochant davantage du caveau, on rencontre Angela, 33 ans. Avec sa petite Angelica dans les bras, et malgré la petite pluie fine, ce matin-là, elle est fidèle au poste. Avec des statues à l’effigie du Père Laval, d’autres représentant la Vierge Marie, des chapelets ou encore des livrets de prière et CD de chants, elle attire forcément l’attention de ceux qui viennent prier. «Une médaille, un chapelet ou une prière peut faire un beau cadeau si on estime quelqu’un et je suis contente de pouvoir offrir ce service», dit celle qui est là depuis 14 ans : «Mon beau-père était là avant mais j’ai pris la relève. Je fais cela avec beaucoup d’amour et je suis sûre que j’ai la bénédiction du Père Laval.»

 

Comme elle, Cathy Bon, autre commerçante, est là depuis des années. «C’est une histoire de famille», lâche-t-elle, tout en composant ses petits bouquets destinés à la vente. Juste à côté, sa mère s’affaire dans la tabagie familiale, Tabagie Père Laval, qui est là depuis 40 ans. «C’est mon grand-père Stephen Chaton qui a commencé le business. Je me dis qu’on contribue à rendre plus belle la visite au caveau. Les gens y rentrent avec des fleurs et ça fait partie de la tradition. Puis, je sens aussi qu’on bénéficie de la protection du Père Laval. Je ne suis jamais malade et je suis sûre que le Père Laval y est pour quelque chose», ajoute-t-elle.

 

Chaque visiteur fait un achat différent. Micheline Foi n’a pu résister à l’idée d’acheter une bague ornée d’une croix. Et c’est au stand de Dominique Babajane, dont l’étal est paré de statuettes et d’objets religieux, qu’elle s’est arrêtée. «Je trouve qu’ils font un bon travail. Ça fait partie de notre folklore», s’exclame-t-elle, en parlant de ceux qui sont au service du Père Laval.

 

Un bienheureux missionnaire 

 

Jacques Désiré Laval est né en Normandie, le 18 septembre 1803. Issu d’une famille de huit enfants, il était médecin, avant de devenir séminariste en 1839. Il arrive à Maurice en 1841 à l’âge de 38 ans. Entièrement dévoué à sa vie de prière, il apprend le catéchisme aux esclaves affranchis, étant lentement accepté par tous. Il meurt le 9 septembre 1864.

 


 

Leur pèlerinage de l’île sœur à Sainte-Croix

 

 La délégation réunionnaise a fait le déplacement dans l’île pour vivre le pèlerinage.

 

Elle n’a jamais vu le caveau du Père Laval. Mais cette année, elle a décidé de changer la donne. Pour ce faire, Marie-France Dassot, originaire de La Réunion, a posé ses valises à Maurice, mardi 4 septembre, pour faire pleinement ce pèlerinage et vivre un cœur à cœur avec celui qui est plus qu’un symbole à Maurice. «Toute mon enfance j’ai vu mon père prier le bienheureux Père Laval. Je me posais sans cesse la question de qui s’agissait-il car je pouvais ressentir la confiance que mon père avait en lui. J’avais cette soif de connaître ce personnage qui rassemble des gens de toute part. Aujourd’hui mon cœur est dans la joie de pouvoir vivre ce moment fort», confie notre interlocutrice avec une émotion palpable.

 

Ce pèlerinage, tant attendu, a été rendu possible grâce à l’organisation de la doyenne du groupe dont Marie-France fait partie. À 92 ans, Elisabeth Rita, l’organisatrice s’attelle à cette tâche chaque année pour ce moment sacré.  «J’ai découvert le Père Laval en 1973, lors de ma première visite à Maurice. Je suis revenue en 1976 et depuis, chaque année je me fais un devoir de revenir et je m’occupe de l’organisation du pèlerinage pour mes compatriotes. Si j’arrive à faire tout cela malgré mon âge, c’est grâce à la bénédiction du Père Laval et à ma foi. Donc il est important pour moi de lui rendre grâce», confie Elisabeth Rita, la doyenne du groupe. La délégation réunionnaise aura aussi le privilège d’animer la messe de 10 heures aujourd’hui, à Sainte-Croix. «Nous invitons les Mauriciens à venir vivre cette eucharistie avec nous. Car le Père Laval nous rassemble tous et ce sera aussi un moment de partage de culture, comme il le faisait.»

 

Aider son prochain à l’image de l’homme d’Église

 

Didier Sooben remettant des livres à un élève du collège Père-Laval.

 

L’illettrisme fut l’un des nombreux combats du Père Laval. Le Groupement des associations Réunion Maurice Solidarités, sous la présidence de Daniel Claude, a décidé, cette année, d’emboîter le pas à l’apôtre des Mauriciens. «C’est un devoir pour nous d’aider nos jeunes à avoir accès à des outils instructifs. D’où l’optique de l’association, en collaboration avec Pascale Mbae Thionville, Udir, Corridor Bleue et d’autres partenaires de distribuer des livres aux élèves du collège Père-Laval pour commémorer le Père Laval mais aussi marquer la Journée internationale contre l’illettrisme qui est célébrée chaque année le 8 septembre», fait ressortir Didier Sooben, représentant de l’association.

 


 

Son histoire racontée par le père Sylvio Lodoïska et Vaco Baissac

 

L’auteur (à dr.) et le dessinateur (3e à g.) avec Danielle Babooram de La Vie Catholique et le père Labour.

 

Une catéchèse vivante et colorée. C’est ainsi que le livre «Dis-moi le Père Laval» se présente. Tout cela, dans un dialogue adapté à tous qui se passe entre une grand-mère et ses deux petits-enfants. Le livre, lancé le vendredi 7 septembre, coïncide non seulement avec le jubilée d’or de l’Indépendance de Maurice, mais aussi avec le pèlerinage annuel du Père Laval, afin de mettre en lumière une des figures qui a aidé et qui aide encore à construire l’arc-en-ciel mauricien.

 

«C’est le produit d’un rêve collectif. Ce rêve, c’est de présenter aux enfants le Père Laval et sa contribution dans notre île et ce, de manière typiquement mauricien», confie le père Sylvio Lodoïska. En effet, le pèlerinage qui débute à Petite-Rivière menant vers Ste-Croix, arbore un décor typiquement mauricien.

 

«Ce fut un honneur pour moi d’illustrer ce livre. En 15 jours seulement, il a fallu trouver l’illustration du livre mais aussi faire de sorte que chaque Mauricien retrouve une partie de lui-même dans ce livre. Le lancement de ce livre, c’est un miracle du Père Laval», explique Vaco Baissac, peintre mauricien. Le livre respecte pleinement la vision du Père Laval qui se faisait un devoir d’apprendre la langue maternel de l’île pour faire passer ses messages. D’ailleurs, le livre se décline en double-face, soit l’une en kreol morisien et l’autre en français. Ce livre, qui est un vrai écrin racontant la merveilleuse histoire de l’apôtre des Mauriciens, est déjà en vente au Centre Père Laval, à Ste-Croix, à Rs 300.

 

Textes Christophe Karghoo et Valérie Dorasawmy