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La cause chagossienne devant la Cour internationale de justice : De l’espoir pour un grand rendez-vous…

Ils sont à Maurice mais ils suivront les plaidoiries avec attention. Ces Chagossiens espèrent que l’Histoire se montrera plus juste.

Son cœur battra en rythme avec ceux qui sont partis. Partis en Angleterre pour faire avancer la cause chagossienne devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye. Malgré la distance, Sharon Sakir est avec ces personnes qu’elle côtoie, qu’elle soutient. Le lundi 3 septembre, débuteront les plaidoiries devant cette instance internationale et elles dureront quatre jours.

 

Là où l’État mauricien défendra sa souveraineté sur l’archipel des Chagos. Pour ça, il faudra réussir à convaincre les membres de la CIJ (même s’il ne s’agit que d’un avis consultatif, il peut influencer les relations politico-diplomatiques). C’est sir Anerood Jugnauth qui dirigera la délégation mauricienne. L’année dernière, la résolution présentée par Maurice devant les Nations unies pour porter cette affaire devant la CIJ a connu un soutien important, ravivant les espoirs des Chagossiens.

 

Pravind Jugnauth a assuré que leur retour sur leurs îles est le prochain step (une fois le jugement de la CIJ obtenu). Parmi la délégation mauricienne, les membres du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), menés par Olivier Bancoult. Avec eux, tous ces Chagossiens, les natifs bien sûr, mais aussi ceux des deuxième et troisième générations – et même de la quatrième – qui ont grandi au rythme nostalgique des histoires lor bann zil. Sharon Sakir, 38 ans, suivra les travaux. De toutes les façons possibles. À la télé, sur Twitter, sur Facebook.

 

«Grande injustice»

 

Elle ne ratera rien, même si elle fait partie de la troisième génération. D’ailleurs, si elle a cette chance, un jour, elle prendra ses deux enfants pour s’installer aux Chagos «à l’heure d’Internet» : «J’ai accompagné les natifs il y a quelques années. J’ai vu leur émotion. Un chagrin exceptionnel parce qu’ils ne pouvaient pas rester.» C’est son grand-père qui a vécu sur l’île. Mais depuis toujours, elle a senti l’appel de l’Histoire. Le besoin de s’engager. À 17 ans, elle a rejoint le GRC. Sa mère lui avait montré l’exemple : «Elle était dans les manifestations, dans les grèves…» Aujourd’hui, elle le montre à son fils, Noah Labutte, 17 ans, qui fait partie de la quatrième génération : «Il vient aux ateliers, il participe aux réunions.»

 

Si les jeunes de son âge, qui ont des grands-parents chagossiens, n’ont pas toujours de lien avec le combat, les traditions et la culture, lui a continué à tisser ses émotions autour de l’injustice des siens : «Je m’y intéresse parce que je trouve qu’une grande injustice a été faite aux natifs. Et ce n’est pas normal. C’est triste de les voir parler de leur île en sachant qu’ils ne peuvent pas y retourner.» Il a grandi à la mélodie des anecdotes de là-bas, des pleurs partagés, des chagrins qui ont émaillé les légendes de cette île rêvée. Alors que les anciens s’en vont, il comprend dans son cœur de jeune, la douleur de partir sans revoir sa maison : «La communauté chagossienne perd beaucoup de ses natifs ces derniers temps, c’est chagrinant qu’ils soient morts sans pouvoir retrouver leur île natale.»

 

Claudie Anselme a, longtemps, rêvé de la terre de sa naissance. Elle y est née en 1969 sur Peros Banhos et a dû la quitter deux ans plus tard : «Mes souvenirs sont nés et ont vécu dans l’histoire de mon père, Rosemond Saminaden.» Enfant, dans ses songes, une image ne la quittait plus : «Un garçon et une fille qui mangent dans une assiette face à la mer. Selon mon père, c’est moi avec mon frère.»

 

Pour son histoire en grains de sable perdus, elle espère la victoire de la partie mauricienne. Et l’espoir de repartir «mais à certaines conditions» : «Ma santé est fragile. Mais je ferais bien une visite.» Elle croit au droit de retour mais aussi au droit de vivre décemment malgré le déracinement : «Le gouvernement anglais devrait nous donner une pension pour aider les natifs à améliorer leur vie.» C’est sa priorité. Pour ses enfants, la question de retour ne se pose pas : «Mon aîné, ça l’intéressait avant. C’est lui qui demandait à mon père de raconter ses histoires. Mais aujourd’hui, il vit en Angleterre, il s’est marié, il travaille, il suit une formation, alors je pense que les choses ont un peu changé.» L’envie n’est peut-être pas encore – ou toujours – là. Tant qu’il ne s’agit que d’un songe, les souhaits ne restent que des coups de vent…

 

Mais si le rêve devenait réalité, si le happy end pouvait s’écrire dans les prochains mois, tout changerait, certainement. Un nouveau monde s’ouvrirait. Une nouvelle page de l’histoire s’écrirait. Madeline Mungra, bien active au sein de la GRC, maman de deux enfants, en est bien consciente. À 44 ans, elle fait partie de la deuxième génération. À 15 ans, sa maman est venue en famille pour des vacances à Maurice. Elle n’a jamais pu repartir : «Quand elle raconte la vie là-bas, je vois des larmes dans ses yeux. Sa vie n’a pas été facile à Maurice. Et je sais qu’elle se dit que si elle était restée là-bas, tout aurait été différent.»

 

Dans ses souvenirs d’enfant, Madeline a toujours suivi la trace des regrets dans chaque partage. Et c’est lors d’un contrat de travail aux Seychelles, sur des îles isolées, que Madeline a retrouvé les souvenirs de sa mère : «J’ai compris sa nostalgie. C’était vraiment un rêve.» L’île désirée, l’île fantasmée, vit dans le cœur de ceux qui y sont attachés. Et sa mère, qui est désormais aveugle, n’en gardera que le souvenir : «Je ne sais pas si elle retournera dans les îles.» Mais Madeline continuera à participer au combat, pour les siens, pour montrer que l’injustice ne reste pas impunie. Qu’on ne peut pas impunément déraciner un peuple au nom de la géopolitique.

 

Alors, dans les prochains jours, son cœur battra au rythme de ceux qui sont partis en Angleterre pour défendre la cause des Chagossiens. Elle suivra du mieux qu’elle pourra les plaidoiries : «Sur Internet, avec les amis là-bas…» Et verra, elle le souhaite, l’Histoire se montrer juste.

 


 

Pravind Jugnauth : menace à la BBC

 

Il s’est exprimé sur la chaîne anglaise. Et le Premier ministre a parlé des menaces reçus par les Anglais quand il a été question de faire appel à la CIJ : «Nous avons été menacés de représailles en ce qui concerne le commerce et les investissements», a dit Pravind Jugnauth à la BBC.

 


 

Marie Sabrina Jean de l’Angleterre : «Je me bats pour le retour aux Chagos»

 

 

Ça fait des années qu’elle vit en Angleterre et elle rejoindra la bande à Olivier Bancoult d’ici quelques jours pour apporter un soutien moral à toute l’équipe. Marie Sabrina Jean est la représentante des Chagossiens en Angleterre.

 

«J’ai 45 ans. Ça en fait des années de combat ! Depuis que j’ai quitté l’école, j’ai rejoint le groupe Zenfan Zilwa. Mon papa est natif des Chagos, ma maman vient de la deuxième génération, moi je suis entre les deux et mon cœur est pour la cause. Je me rappelle qu’à l’époque, mon père ne voulait pas vraiment parler de la vie là-bas. Il avait trop de chagrin. Mais je voulais en savoir plus sur mes racines. Quand j’ai rejoint le mouvement, j’ai appris beaucoup de choses : la culture, le déracinement. Cette histoire m’a éveillée. Depuis, je me bats pour les Chagossiens, pour le retour aux Chagos. C’est ma priorité. Moi, j’irai sur ces îles ! J’irai y vivre. Ça fait des années que je travaille en collaboration avec Olivier Bancoult. En Angleterre, nous avons entamé plusieurs démarches en cour. Nous n’avons jamais baissé les bras. Alors, c’est normal que je sois aux côtés de la délégation pour cette étape importante. Pour leur apporter soutien et courage.»