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Le MMM dans la tourmente | Les démissionnaires mauves : «Nou leker kase me…»

Khalil Bengah, Swadesh Babajee, Dominique Soopramanien et  Selvie Ramen parlent de ce départ.

Une page est tournée. Paul Bérenger se lave les mains. Mais le cœur a ses raisons que la politique ne comprend pas toujours.

La rupture est consommée. Mais les souvenirs s’accrochent encore à l’esprit. Des instantanés de moments forts. Dans le tourbillon d’émotions, un peu d’amertume, beaucoup de rancœur. Parce que, si on avait eu le choix, on ne serait pas parti : «Il n’y avait pas d’autre alternative. Nou leker kase me nou pou kontign lalit», confie Selvie Ramen.

 

Anciennement membre de la régionale mauve de Curepipe-Midlands (la circonscription n°17), cette dernière ne fait plus partie de la famille mauve. Avec elle, une centaine d’autres membres de cette régionale ont claqué la porte du MMM, le mercredi 8 août. Ce jour-là, lors d’une réunion au collège Renaissance, à Curepipe, Steeve Obeegadoo a aussi laissé entendre que la page du MMM était tournée (voir hors-texte).

 

Dans la semaine, Dorine Chukowry, première lord-maire femme sous la bannière du MMM, qui avait claqué la porte du parti en avril, a rejoint le MSM. Des membres de la régionale du n°1, Grande-Rivière-Nord-Ouest/Port-Louis-Ouest, dont elle est issue, avaient  également fait leurs adieux, il y a quelque temps (les 21 membres ont aussi rejoint le MMM).

 

À Port-Louis-Nord/Montagne-Longue (la circonscription n°4), on a également pris ses distances (environ 200 membres sont concernés). Selon le koze du moment, d’autres régionales devraient suivre le pas.

 

Hier, samedi 11 août, en conférence de presse, le leader, Paul Bérenger, a assuré que le MMM est plus «solide» que jamais (voir hors-texte). Il faut ranger les Kleenex, ont assuré, pendant toute la semaine, les dirigeants du MMM. Pour eux, ces démissions sont du business as usual. Ce n’est pas le premier épisode de ce genre. Du côté des observateurs, on est partagé : certains sont de cet avis, d’autres estiment que ce qui se passe actuellement au MMM est sans précédent.

 

Pour ceux qui quittent le parti, c’est un tremblement de terre dans leur vie. Une vague de tristesse qui submerge tout, pour l’instant, mais qui, en se retirant, laisse derrière elle, l’espoir. Et déjà, expliquent-ils, La plateforme pour le renouveau du MMM, menée par Steeve Obeegadoo, Pradeep Jeeha, Vinay Sobrun et Françoise Labelle, symbolise un regard tourné vers l’avenir.

 

Si ce «parti» n’en est qu’à ses balbutiements, la confiance est de mise : «Avant le MMM et Paul Bérenger, pa ti nanye. Les militants ont travaillé et nous avons avancé. Alors, nous avons l’espoir. Nou enn militan, nou pou milite», confie Khalil Bengah. Ex-membre de la régionale MMM de la circonscription n°4, il tourne, actuellement, une page importante de sa vie : «Je suis au MMM depuis toujours. Avant moi, il y avait ma famille. Tou letan nou ti enn sel parti. Aujourd’hui, je suis triste, c’est difficile, mais il faut avancer.» Il a été le secrétaire de la régionale pendant longtemps, l’a représentée au Comité central et en a vu des campagnes électorales, des défaites et des victoires : «J’ai tellement donné au parti. Avant, le MMM, c’était notre parti, maintenant, c’est la propriété privée de certaines personnes. On n’a même pas le droit de parler.»

 

Il y a quelques mois, dans le sillage de l’expulsion de Pradeep Jeeha, les membres de la régionale Port-Louis/Montagne-Longue (la circonscription de l’ancien bras-droit de Paul Bérenger) disent leur agacement au travers d’une conférence de presse. La sanction ne se fait pas attendre : les membres mis en cause sont suspendus à durée indéterminée. Khalil Bengah n’a toujours pas digéré cet affront : «Nou ena nou valer, nou ena nou prestiz. Zot pa bizin nou ? Be nou ale !»

 

Swadesh Babajee, ancien président de cette régionale, n’a pas oublié, non plus. Pourtant, il ne plante pas sur cet épisode les graines de son amertume. Quand l’amour a été fort et long, le chagrin est complexe, il étire ses fils dans le temps. Pourtant, sa relation avec le MMM était presque fusionnelle : «Dans les années 70, mon père était docker. Depuis que je suis petit, j’écoutais Paul Bérenger. J’assistais aux réunions. Alors, oui, je suis triste.» Triste de cet adieu empreint d’aigreur, triste de ce qu’est devenu le parti qu’il a tellement aimé : «Nou ti demotive. Il n’y a pas de changement, on accumule les défaites, ce sont les mêmes personnes qui sont aux commandes. Tir Ajay met Rajesh… Il n’y a pas de place pour les jeunes. Il n’y a pas de remise en question.»

 

Aujourd’hui, il s’appesanti sur le temps perdu : «J’ai fait des sacrifices pour le parti et je n’attendais rien en retour. Mais le temps est bien précieux. Alors, quand je pense à tout ce temps que j’ai gaspillé…» La page MMM, il faut la tourner. Mais, dans un certain sens uniquement : «Je reste militant. Le combat est le même. Sauf que j’évoluerai avec la nouvelle plateforme.»

 

Pas de «one man show»

 

Selvie Ramen, du n°17, a le même discours : «J’ai confiance. Ce ne sera plus monotone. Ce ne sera plus un one man show.» Elle se rappelle de ses débuts au MMM alors qu’elle avait 19 ans, séduite par l’idéologie du MMM, elle avait l’envie de participer à la vie sociale et politique du parti et de son pays : «J’ai commencé comme tous les militants : kol lafis, met bandrol.» C’est, d’abord, au n° 19 (Stanley/Rose-Hill), qu’elle apprend, s’implique dans l’aile féminine, avant de rejoindre le n° 17, puis, finalement, le comité central…

 

Mais les choses se gâtent lorsque, pour les élections du CC, au niveau national, les branches de la régionale du n° 17 sont accusées par Paul Bérenger d’avoir boycotté cette élection (elles estiment, alors, que ces élections ne sont pas démocratiques et ne respectent pas la Constitution du MMM car il n’y a pas eu de réorganisation des régionales).

 

Au moment du vote au niveau régional, Selvie Ramen et Dominique Soopramanien sont choisis pour représenter Curepipe-Midlands au CC. Élection qui ne sera pas validée par les dirigeants du parti. D’ailleurs, les deux représentants du n° 17 seront refoulés lors de l’élection du bureau politique au Hennessy Park Hotel. Et la direction du parti finira par créer une autre régionale parallèle : «Paul Bérenger n’a pas été reconnaissant envers nous. Pourtant, nous avons sacrifié notre vie et notre vie de famille au parti.»

 

Pour l’instant, malgré la tristesse, Dominique Soopramanien s’accroche, lui, à ce qui fait mal, pour avancer. Il ne peut laisser passer les trahisons : «Ce jour-là, lors de l’élection du BP, c’était un véritable affront. Zame mo ti pou kapav retourne.» Depuis 1991, le MMM, c’était sa famille politique, il bossait dans la régionale avant même ses 18 ans, défendait ses pairs et brandissait fièrement la couleur mauve. Le cœur vaillant. Alors, le déchirement est là, même s’il ne se dit qu’avec pudeur : «Ce départ est un peu triste, il est difficile, même. Mais nous avons beaucoup réfléchi.»  Le MMM qu’il observe aujourd’hui n’échappe pas à ses critiques : «Je prends toute la mesure du comportement de Paul Bérenger et la facilité avec laquelle, il write off les gens qui ont œuvré pour son parti.» Et cela lui donne le courage d’aller de l’avant : «Mon avenir en politique ? Je reste animé par le militantisme et je continue mes activités.»

 

Pour lui, la rupture est consommée…

 

Paul Bérenger : «Nous sommes bien plus solides que jamais»

 

Des démissions ? Des recrutements d’anciens du MMM par le MSM ? Un malaise au sein des Mauves ? La plateforme d’Obeegadoo-Sobrun-Labelle-Jeeha qui semble prendre de l’ampleur ? Peanuts ! C’est, du moins, ce qu’affirme Paul Bérenger. Il était en conférence de presse hier, samedi 11 août. Et son point de vue sur les récents remous dans son parti étaient attendus : «Nous sommes plus solides que jamais.» Selon lui, ces démissions concernent des personnes qui ne sont, de toute façon, pas actives au sein du MMM. Et ces défections qui sont supposées suivre répondront au même schéma : «Ce sont des personnes proches de Pradeep Jeeha et Steve Obeegadoo. Ils ne sont plus au sein du MMM depuis longtemps.»

 

Dorine Chukowry le préfère jeune…

 

L’ancienne lord-maire parle, bien sûr, en termes de leader. Elle a décidé d’accorder sa confiance à Pravind Jugnauth, dit-elle, parce qu’il lui inspire plus confiance et qu’il est un jeune chef du gouvernement qui remplit bien son rôle. Alors qu’elle s’exprimait en conférence de presse, le jeudi 9 août, celle qui a quitté le MMM, il y a quelque temps, n’a pas été tendre envers son ex-leader, Paul Bérenger. Elle est également revenue sur les raisons de son départ : le chef de file des Mauves lui aurait demandé de ne pas se présenter aux élections de l’aile féminine du parti, alors qu’elle voulait vivre pleinement son engagement.

 

Aujourd’hui, après des rencontres avec Pravind Jugnauth, elle a affirmé être à la bonne place : «Je ne cherche pas de bout. Je ne vais pas changer de parti à nouveau. Je suis partie du MMM à cause de divergences. Je serai membre du MSM jusqu’à ma mort.» Ces propos – et ceux où elle affirme qu’elle n’est pas un «kameleon» – lui ont valu de vives critiques sur les réseaux sociaux, les radios privées et de la part de ses ex-collègues de parti.

 


 

Steeve Obeegadoo : «Notre adversaire n’est pas le MMM»

 

Un départ, une exclusion : de quoi s’agit-il ?

 

Le MMM nous avait déjà exclus, Françoise Labelle, Vinay Sobrun et moi. Nous n’appartenions plus à aucune instance du MMM, comme nous avions fait le choix de ne pas participer aux élections internes. Moi, je restais membre de la base, au sein du comité régional du n° 17, mais la direction a décidé de créer un autre comité régional parallèle… Alors, le message était clair pour nous et pour les membres du n° 17. Celui que Paul Bérenger a envoyé au n°4 l’était aussi.

 

Que ressentez-vous pour ce parti qui a été le vôtre si longtemps ?

 

Je n’ai pas d’animosité vis-à-vis du MMM et des militants. Ce parti a été le mien pendant 40 ans. J’ai pour Paul Bérenger beaucoup de respect et d’admiration. Mais en même temps, je comprends que la direction ne veuille pas de nous. Mais notre adversaire n’est pas le MMM. C’est le système pourri qu’il va falloir secouer.

 

Pourquoi «partir» maintenant ?

 

Si nous avons tenu tout ce temps, c’est que nous avions encore un tout petit espoir : que la direction revienne à de meilleurs sentiments, qu’il soit question de conciliation, qu’un comité des sages soit institué, comme l’indiquent les statuts de notre parti. Mais, il n’y avait aucune volonté en ce sens. Pour Paul Bérenger, nous étions partis depuis longtemps. Pourtant, nous avons essayé de changer les choses. Nous, on n’est pas parti en 2015. Nous avons essayé d’insuffler le vent du changement : nous avons dit qu’il fallait réapprendre à gagner, analyser et se remettre en question, qu’il était essentiel de nous moderniser, de comprendre les aspirations des Mauriciens. Mais le simple fait de dire cela a fait que nous avons été exclus.

 

Pourquoi ?

 

Ce que souhaite la direction du parti ?  C’est une épuration voulue ! Que tous ceux qui ont la moindre idée, le moindre questionnement, s’en aillent. Qu’ils ne restent que les inconditionnels de Paul Bérenger, ceux qui se contenteront de dire «oui, oui».

 

L’avenir s’annonce comment ?

 

Comme un énorme défi ! Chercher à créer une alternative en termes d’idées, imaginer de toute pièce une nouvelle organisation, faire du neuf, se démarquer de la façon de faire des partis traditionnels, s’inscrire dans la réalité la question de parité, s’intéresser avec sérieux aux questions de l’environnement… C’est un réel challenge de conceptualiser tout ça. Depuis un mois, nous bossons tous les jours et nous avons multiplié les réunions dans les quatre coins de l’île pour expliquer notre démarche aux militants. Nous voulons faire des structures partout et débuter un calendrier d’activités. C’est un énorme travail, mais ô combien passionnant. Nous y mettons toutes nos forces et nous nous donnons un an, jusqu’aux élections, pour offrir une alternative à tous les déçus du MMM, et à tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les partis traditionnels et dans la politique actuelle. Les déçus comme les indécis !

 

Une alliance avec le MP ou le ML est-elle envisageable ?

 

Nous ne pensons pas en ces termes. La forme, on peut toujours voir. Notre but, ce n’est pas de diviser, de créer un énième mouvement de contestation du MMM, mais il est de réconcilier. Le MMM nous pousse à la porte par un refus de l’esprit de compromis. Nous, nous voulons rassembler autour de valeurs communes, faire des différences notre force. Nous voudrions plus que tout rassembler les vrais militants. Qu’ils soient au MMM, au MP, au ML ou ailleurs. Mais aussi tous ceux, militants ou pas, qui croient en l’idéal d’une société sans aucune domination, où on parle de rassembler, d’intégrité et où on refuse le communalisme.