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Nommé Deputy Speaker : Bobby Hurreeram, pas inconnu, «pa enn move dimounn»

 Le député du n°12 vit une nouvelle étape de sa vie politique.

Comment réagissent ses mandants face à sa «promotion» ? Enn ti balad dan vilaz a permis de tâter le pouls.

Toute, toute première fois…en tant que Deputy Speaker. Bobby Hurreeram s’est jeté dans l’arène parlementaire, de l’autre côté, cette semaine. Et si les débuts ont été quelque peu mouvementés (voir hors-texte), ses électeurs, à qui nous avons parlé, ont, eux, vécu une semaine somme toute normale. Business as usual, quoi ! Ses mandants de Mahébourg/Plaigne-Magnien (la circonscription n°12) suivent ses aventures de loin. Et souvent, de très, très loin. Pour certains, le nom même de ce Business Consultant ne leur dit rien : «Hein ? Kisann-la sa ?» Pour d’autres, un regard sur la photo trouvée sur Google (une absolue nécessité) après une brève recherche en mode mobile data, a changé la donne : d’un regard vide à celui de «ah wi, mo konn li». Il faudra rouler longtemps avant de tomber sur un groupe de personnes qui connaissent un peu celui qui a succédé à Sanjeev Teeluckdharry qui a démissionné du poste de Deputy Speaker dans le cadre des conclusions du rapport Lam Shang Leen.

 

Où sont les perles rares (mais peut-être avons-nous joué de malchance) ? À Camp-Carol-Kenya. En cette toute fin d’après-midi, à l’heure où le ciel hésite encore un peu entre l’ombre et la lumière, Radakrishna Tauroo, Heera Baya et Prayag Jagar jouent au domino avec des amis de leur localité. Un rendez-vous quotidien, rituel même pour pas letan. Et en parlant de Bobby Hurreeram, Radakrishna Tauroo lance : «Be zisteman, monn trouv li gramatin. Nous étions à des funérailles à Mahébourg.» Mais le retraité ne dira pas pour autant que c’est «un habitué» de la localité : «Pa trouv li souvan mais de temps en temps, il est présent.» Heera Baya a aussi son avis sur l’homme : «Li pa enn move dimounn. Li trankil, li cool.» Et Prayag Jagar parle de la fierté d’avoir un Deputy Speaker dans la région : «Nou ti ena minis me zame nounn gagn speaker.»

 

À Trois-Boutiques, Chandriya Appia prend l’air, assis sur une chaise en plastique kas karyol, dans un coin de rue. Un excellent poste d’observation – bus stop et supermarché ne sont pas loin – pour «get le pasan». À 82-83 ans, il ne sait pas exactement l’âge qu’il a, c’est le moment fun de la journée. Et si le nom de Bobby Hurreeram ne lui dit rien, il réagit bien au concept de «promotion». «Savedir linn travay bien, savedir linn merite. C’est une fierté pour la région», explique celui qui a commencé à travailler comme kouper kann et qui est devenu sirdar. Mais d’autres sujets intéressent ce grand-père : le pain à six sous, sa vie dans ce village, «ti bien difisil, nou ti bien konn lamizer», et l’impression que les choses sont «inpe meyer» maintenant.

 

Chez Ah Noon Store, c’est l’heure de l’apéro après une dure journée de travail. Une boisson rafraîchissante, enn ti koze ant kamwad, quelques jokes échangés, une cigarette grillée avant de rentrer à la maison. Abishek Udhin, 25 ans, de Carreau-Acacia, s’offre une pause avant de rentrer chez lui retrouver sa petite famille. Bobby Hurreeram ? Oui, il le connaît : «An 2014, li ti pe fer letour dan landrwa. Mais bon, depuis, on le voit à une prière de temps en temps.» Qu’il soit désormais Deputy Speaker n’éveille pas plus d’intérêt… Chez Julie Calou, même feeling. Cette habitante de Le Bouchon fait la vaisselle. Et le Parlement, ça lui semble très loin. Ici, c’est éponge et liquide vaisselle. «Pa konn li, zame inn tann li. De toute façon, ça ne changera rien à ma vie», lâche la femme de ménage de 51 ans.

 

Linley Babet, 48 ans, lui, s’offre un instant pran ler sur un muret de la propriété de Mon- Trésor-Mon-Désert, là où il habite depuis toujours. Il ne travaille pas, touche une pension d’invalidité et vit avec ses frères. Bobby Hurreeram, il ne le connaît pas. La politique de toute façon, il suit de loin : «Mo bann frer explik mwa.» Lui sait uniquement que, parfois, ses journées sont longues, faute d’activités dans la région et que le développement se fait attendre. À Plaine-Magnien, Gaytree Hurree, 70 ans, a les mêmes préoccupations. Dans son chemin, l’eau monte et fait des ravages, et malgré les appels aux députés de la région, le problème n’est pas résolu : «Là, il faut attendre que les élections approchent pou resi gagn satisfaksion.» Bobby Hurreeram, Deputy Speaker ? «Si li ed nou, kitfwa mo ava konn li», répond-elle, avec un brin de malice.

 

Au marché de Mahébourg, Lalita Balgobin vend ses derniers ananas, avec so disel pima, qui font monter l’eau à la bouche, en ce début d’après-midi. Les fruits confits surnagent dans leur bain de vinaigre. Et notre interlocutrice évoque le député : «Oui, il vient au bureau CAB, tous les mercredis.» Mais qu’il soit Deputy Speaker, désormais, ne l’interpelle pas plus que ça : «Nous ne travaillons pas avec le gouvernement, ça ne nous apporte absolument rien. Ça ne change rien pour nous.» Elle le sait parce que ça fait longtemps qu’avec les autres marchands, elle demande plus de sécurité au marché : «On n’a même pas un policier. Ce n’est pas normal.» Elle raconte les problèmes du quotidien, l’insécurité, les vols, la peur et l’impression de n’être jamais écoutée. Son mari, Anand, qui vend «dipin kari», débarque à ce moment, interroge sur ce qui se passe et ose un : «Bobby Hurreeram, kisann-la sa ?»

 

La réponse est simple : le député du n°12 qui a fait ses débuts en tant que Deputy Speaker au Parlement. C’était sa toute première fois, cette semaine.

 


 

«Gagner le respect et la confiance de mes pairs de l’opposition»

 

Semaine d’émotions et de changement pour le nouveau Deputy Speaker : «Je suis fatigué mais ça va.» Il a répondu à nos questions, le samedi 4 août, avant de s’envoler pour une fonction du Parlement panafricain.

 

Alors, Deputy Speaker, ça dit quoi ?

 

C’est un changement de rôle ! Avant, le mien était beaucoup plus politique. Mais bon, je pense qu’il faut simplement comprendre ce rôle et l’assumer.

 

Et cette première semaine ?

 

Je me suis préparé. Je n’ai pas eu beaucoup de temps, donc je ne suis pas encore allé en profondeur. Mais honnêtement, je dirais que ce poste me donne l’occasion d’apprendre autre chose, d’avoir une vision différence sur le fonctionnement du Parlement. Comme en toute chose, je vais m’imposer une certaine discipline afin de m’améliorer. Je suis comme ça. Je vais bosser pour devenir meilleur et offrir le meilleur de moi-même à cette fonction. Ce poste constitutionnel est très important. Je veux aussi être à la hauteur de mon électorat, de mon Premier ministre qui m’a fait confiance. Je veux aussi gagner le respect et la confiance de mes pairs de l’opposition.

 

Le moment qui vous a le plus marqué ?

 

Je n’ai pas eu à chair pendant longtemps. Mais il y a eu l’expulsion de l’honorable Paul Bérenger. C’est malheureux mais, à un moment, je devais agir : ce n’était pas le mot en lui-même, c’était l’attitude, la volonté derrière son utilisation. On voulait blesser. Mais je pense qu’on aurait pu éviter cela avec un peu de bonne volonté des deux côtés.

 

Quel sera votre style ?

 

Je vais être équitable. Mon travail consiste à appliquer les standing orders, à faire respecter le décorum et la dignité de la chambre de part et d’autre. Mon rôle est d’être le gardien de la démocratie au sein du Parlement et de faire en sorte que les règles soient respectées par tout le monde.

 

Les premières critiques sont tombées : votre réaction ?

 

C’est de bonne guerre. Je ne leur en garde pas rigueur. Ça ne pouvait pas être autrement. J’espère qu’en me voyant à l’œuvre, ceux qui m’ont critiqué changeront d’avis. J’en profite pour demander leur collaboration. Pour que ça se passe au mieux au Parlement, c’est un team play. Chacun peut apporter sa pierre à l’édifice en respectant les règles.

 

Bonnes vacances ?

 

Parler de vacances, c’est injuste ! Nous avons passé un mois à siéger tous les jours, à gérer les questions, à préparer les réponses. Ce n’est qu’un répit de ce côté-là, le travail continue. Je dirais même que c’est maintenant que le travail commence. Il faut se concentrer sur l’application de tout ce qui a été dit au Parlement.

 

Son parcours

 

Ses débuts en politique ? Pas au MSM. Mais au MR de Rama Valayden. Néanmoins, Bobby Hurreeram a changé de bord en 2005 (une histoire de ticket non obtenu l’aurait déçu) et est, depuis, considéré, comme un proche de Pravind Jugnauth, un fidèle du MSM. Ses premières élections ? En 2010, à Beau-Bassin/Petite-Rivière pour l’alliance PTr-PMSD-MSM. Si son parti forme le prochain gouvernement, lui ne sort que sixième de ces législatives. En 2014, cependant, il sort en tête de liste à Mahébourg/Plaine-Magnien et devance même Mahen Jhugroo et Ritesh Ramful.

 

Le 31 juillet 2018, suite à la démission de Sanjeev Teeluckdharry du poste de Deputy Speaker, Bobby Hurreeram a été choisi par Pravind Jugnauth pour le remplacer. Avant ça, il avait été Deputy Chairman of Committees, PPS et Chief Whip. Son parcours est qualifié d’ascension fulgurante par de nombreux observateurs.

 

Un vote à bulletin secret. Face à lui, Ritesh Ramphul du PTr, le candidat proposé par l’opposition pour le poste de Deputy Speaker, n’a pas fait le poids (c’est normal : l’alliance ML-MSM est en majorité au Parlement).

 

Qui sera le prochain Whip de la majorité ? Pour l’instant, officiellement, personne n’a été encore désigné.

 

Paul Bérenger expulsé : le temps des critiques

 

What happened ?Le 31 juillet, Paul Bérenger a utilisé, au Parlement, le terme Honourable Pinocchio que Bobby Hurreeram a décrété unparliamentary. Refusant de s’excuser, le leader du MMM a été expulsé. Ce qui a provoqué un walk out de certains membres de l’opposition.

 

Le temps des critiques. Hier, samedi 4 août, lors de son point de presse hebdomadaire, Paul Bérenger devait qualifier Bobby Hurreeram en ces termes : «Un Deputy Speaker complètement nul.» Il a également dit son souhait d’apporter un nouveau souffle au Parlement : «Nous allons présenter un fin intellectuel qui sera impartial, se montrera fair-play et qui aura un sens de l’humour à la Vaghjee.» D’autres membres de l’opposition ne devaient pas être tendres envers le nouveau Deputy Speaker durant la semaine écoulée.