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Et après ce rapport…

D’abord, mérite et courage politique. Reconnaissons-le. Le Premier ministre, au-delà d’être à la tête d’un gouvernement qui a eu l’audace de donner vie à une commission d’enquête sur la drogue, doit être salué pour avoir pris la décision de rendre ce rapport public. On aura beau dire que le gouvernement se tire une balle dans le pied avec ce document, il faut saluer la volonté du Premier ministre qui n’a trouvé aucun prétexte pour se défiler et ne pas le rendre public. Ce, bien qu’il sache que son gouvernement allait être profondément secoué, et bien qu’il ait dû se résoudre à demander à deux membres (deux de plus) de son équipe de soumettre leur démission. Reconnaissons aussi la bravoure de Paul Lam Shan Leen et de son équipe qui, tout au long des travaux, n’ont pas hésité à auditionner publiquement toutes les personnes susceptibles de donner des éclairages sur le trafic de drogue à Maurice. 

 

Dans un pays où tout est connexion politique, il faut saluer l’indépendance de cette commission et de ses vaillants responsables qui ne se sont pas laissés intimider par ceux convoqués, encore moins par les politiciens qu’ils ont jugé utile d’interroger. Peut-on oublier le passage de Sanjeev Teeluckdharry – forcé de rendre aujourd’hui son tablier de deputy speaker – qui, convoqué devant la commission, avait tenté d’obtenir des documents par voie judiciaire. Débarquant à la commission avec un panel d’avocats, en pleine séance, il devait perdre son sang-froid devant le juge Lam Shan Leen, affirmant que «this commission has been a mudslinging exercise». Un comportement inadmissible de la part d’un élu, dont l’attitude aurait déjà dû mettre la puce à l’oreille du Premier ministre sur le choix de certains des membres de son équipe. 

 

Mais, non seulement Pravind Jugnauth n’a pas fait grand cas de la grossièreté de Teeluckdharry, mais quelques mois plus tard, il n’hésite pas  à nommer Roubina Jadoo-Jaunbocus, l’autre membre de son gouvernement qui a eu un passage difficile devant la commission d’enquête après la révélation de ses visites non sollicitées en prison. Tout esprit sensé aurait écarté pareil profil d’un poste à haute responsabilité. Non pas parce que les reproches de la commission sont avérés, mais parce qu’il faut s’attendre à ce que nos élus soient au-dessus de tout soupçon ! Mais Pravind Jugnauth a ses raisons que la logique ignore. En nommant, contre toute attente, cette députée à un poste de ministre, il s’est auto-flagellé et cette bavure lui colle aujourd’hui à la peau comme un sparadrap dont il n’arrive pas à se débarrasser. D’autant que, fragilisé par une montagne de scandales, le voilà contraint et forcé de ménager les deux membres épinglés par la commission. 

 

Du coup, il leur demande de démissionner tout en s’assurant que ceux-là ne quittent pas leur poste de député, tant il craint une, voire deux éventuelles partielles. C’est dire à quel point il a été mal inspiré de donner une promotion à une députée dans le viseur de la commission Lam Shan Leen. Avec cette décision qui lui éclate aujourd’hui à la figure, il devient la cible d’attaques de tous les partis de l’opposition, ceux-là réclamant presque en chœur la démission de son gouvernement. À écouter toutes ces voix de l’opposition, qui gagneraient à ne pas faire de la démagogie sur cette affaire d’intérêt national, le trafic de drogue n’existerait que depuis la prise de pouvoir du gouvernement Lepep. Si ce n’était pas une question aussi sérieuse, on pourrait en rire ! Sauf que ce rapport est trop précieux pour qu’il devienne un instrument politique et démagogue. 

 

Ainsi, malgré le grand cyclone qui souffle sur l’alliance MSM-ML, c’est sa réaction face aux multiples et nécessaires recommandations du rapport (qui n’est qu’un premier pas, le rapport lui-même préconise une série d’enquêtes approfondies) qui sera déterminante ; c’est sa capacité à engager une vaste opération mains propres qui nous dira si les intentions du gouvernement sont sincères ; c’est sa volonté à faire un grand nettoyage à tous les niveaux – prisons (tous ces noms de gardes-chiourme qui figurent dans le rapport donnent le tournis), police (proposition de démanteler l’Adsu au profit d’autres organismes) –  qui laissera voir les réelles intentions du MSM. À moins de deux ans des prochaines législatives, Pravind Jugnauth aura-t-il le courage politique sur ce plan-là ?