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Six mois dans un «welfare center» : La longue attente des réfugiés de la pluie

Stephina Maleca, Louis Ulric Maleco et Sarojeenee Palaniyandi.

Ils sont dans ce centre depuis six mois. Et attendent que les autorités veuillent bien consentir à leur demande.

Les matelas sont entreposés dans un coin. Ici, les molletons et les couvertures. Sur les armoires, des sacs remplis d’effets personnels. Sous le portrait officiel de Pravind Jugnauth, un coin komision avec deksi et karay. Bienvenue dans le Social Welfare Center de Bambous, là où, en cette fin de matinée, on compte les heures qui restent avant que les enfants ne rentrent de l’école, que ceux qui travaillent reviennent à la «maison». On attend le moment de se partager les deux plaques de cuisson pour tout ce monde, de s’organiser pour que chacun puisse préparer son dîner (c’est un des grands problèmes de la vie en communauté, on le comprend très vite). Et on écoute le vent fort qui caresse les baies vitrées fermées et plonge la grande salle dans le froid. Les bruits de l'extérieur sont étouffés et sans les rires de la petite Angel, un silence assourdissant régnerait dans ce lieu de vie…

 

Elle fait tournoyer une petite boule qui s’allume. Court dans tous les sens et se roule sur un matelas. Angel a 1 an et des poussières. Avec sa famille, elle a débarqué dans ce centre alors qu’elle n’avait que quelques mois, le 17 février. C’est le jour où les pluies torrentielles ont envahi les maisons des habitants de Cité La Ferme, mettant leur vie en danger et forçant les pompiers à venir secourir leurs enfants. À l’époque, Angel n’avait pas de dents, ne parlait pas et ne gigotait pas sur le sol. Elle a grandi dans cet univers qui ne devrait pas être le sien. Ici, les 18 personnes (dont sept enfants âgés d’un à 15 ans) réfugiées sont désormais sa famille. La petite va de bras en bras et éclaire la journée de tout le monde.

 

«Trop petit»

 

Dont celle du tonton Louis Ulric Maleco, celui qui parle, celui qui explique. Il raconte qu’ils avaient déjà «gagn later», que le contrat était signé mais un litige entre l’État et une compagnie privée a fait capoter l’exercice. C’était il y a quelques années. «Nous voulons simplement notre terre», lance celui qui raconte avoir déjà payé environ Rs 1 800. Aujourd’hui, si le terrain est, vraisemblablement, acquis, il y aurait des difficultés concernant le plan de la maison. «Ce qu’on nous propose est trop petit : de ti lasam, ce n’est pas possible. Nous acceptons de construire la maison dan nou gou. De faire des sacrifices. Nous n’allons pas retourner en arrière, nous allons construire en dur», explique notre interlocuteur, grand-père de 48 ans qui travaille dans le nettoyage.

 

Cela fait des mois que le «bras de fer» avec les autorités continue. Et ces familles qui logent dans le centre de refuge ne partiront qu’à condition d’avoir obtenu gain de cause. Malgré le froid qui, en ce moment, s’agrippe au corps la nuit, à travers le matelas posé à même le sol. Ils ne lâcheront rien. D’ailleurs, on s’habitue à tout, visiblement. Même à la promiscuité, au temps qui passe, infertile, inutile. «C’est difficile. Kan ou ena ou lakaz, se enn lot zafer», lance Lovis Ulric.

 

Il se prend presque à regretter sa maison en tôle. Mais il n’est plus possible d’y vivre. Pourtant, il y a 25 ans, au moment où ce petit coin de Bambous accueille ses premiers habitants, cet endroit semblait être la solution. Parmi les premiers arrivés, Sarojeenee Palaniyandi, 60 ans. Elle est alors locataire, maman de cinq enfants. Construire son petit bout là semble être la solution. Cela permet quand même d’économiser un loyer. Mais pas les problèmes. Les pluies sont synonymes de stress. Les gouttelettes qui s’écrasent sur les toits en tôle, une mélodie de tristesse. Jusqu’à cette journée de février où les choses sont allées trop loin.

 

La peur

 

Où la peur les a forcées, sa famille et elle, à quitter leur maison et à ne plus y revenir. Marie Rolande Ravina, 57 ans, n’oubliera jamais cette journée. Elle a fui pour ses deux petits-enfants de 9 ans dont elle s’occupe : «C’était horrible. Bann pompie inn bizin sap mo bann tipti.»

 

Les heures dans le welfare center se passent ainsi. On raconte, on se souvient. On discute, on s’organise, on espère. On s’énerve : «Nous n’avons aucun allowance par temps de pluie parce que nous sommes déjà dans le centre.» On pleure aussi son ancienne maison, ses souvenirs perdus, sa vie partie avec l’eau : «Tou pe pouri laba, fer leker kase.» Marie Rolande explique, défend : «Nou ankor pe soufer. Ou krwar enn plezir ki nou la ?» Le gouvernement, explique-t-elle, leur doit bien un petit quelque chose : il est question de promesses électorales, de terrains donnés à d’autres et d’injustice. Une thématique de welfare center…

 

Nuits agitées

 

Un discours qui en rappelle d’autres : «Nou nepli kapav tini. Nou pe atann nou later.» Dans cette vie en communauté, la problématique de la préparation des repas occupe aussi les conversations : «Ce n’est pas facile. Nous mangeons parfois très tard et froid.»  Mais aussi les nuits agitées avec les allées et venues entre les matelas – ceux qui travaillent n’ont pas tous les mêmes horaires –, les réveils trop matinaux pour s’occuper des enfants, leur donner enn bouse manze. Mais il est aussi question d’entraide, de soutien, de liens familiaux : «Nou bizin koopere. Heureusement, nous venons du même quartier, on se connaît, nous sommes comme une famille.»

 

Désormais, une force nourrit les résidents du welfare center. L’espoir d’un ailleurs, d’un nouveau départ (comme celui qui serait offert aux réfugiés de Baie-du-Tombeau : voir hors-texte). Lindy Ravina, 27 ans, dont le mari est manev mason, n’attend que ça. La maman de deux enfants (de 8 et 11 ans) s’inquiète pour son aîné. Il est en Grade 6 et n’arrive plus à suivre en classe : «Nou latet fatige. Six mois, c’est long. Il est temps que les autorités nous entendent.»

 

Stephina Maleca, 18 ans, la maman d’Angel, a hâte d’avoir son coin et d’offrir un autre quotidien à sa petite poupée. Tout comme Marie Rose Buttié, 45 ans, qui rêve d’un autre environnement pour ses enfants, dont sa fille adolescente de 15 ans. Un monde sans matelas entreposés et affaires personnelles dans des sacs en plastique…

 


 

À Baie-du-Tombeau : manif et «bonne nouvelle»

 

Onze familles. Celles qui vivent, depuis le passage de Berguitta, dans le centre social de Saint-Malo. Et qui ont appris une «bonne nouvelle», cette semaine. C’est ce que nous apprend Douglas Baya, le porte-parole des réfugiés. Pour avoir droit à cette lueur au bout du tunnel, il a fallu se lancer dans une grève de la faim, il y a quelques mois, et organiser une marche devant les bureaux de la NHDC, cette semaine. Une rencontre avec le directeur de cette instance, une conversation, des questions et des éclaircissements plus tard lui permettent de dire : «C’est une bonne nouvelle. C’est très positif. Nos cas seront étudiés par le board et nous aurons une réponse bientôt. On nous a dit que ça prendra deux ou trois mois ; nous avons attendu six mois, nous pouvons attendre encore un peu.» Les familles n’en demandaient pas plus : simplement un traitement équitable et dans le respect de chacun. D’ailleurs, explique-t-il, tous ont fait un effort et ont pu faire un dépôt pour une maison : «Nous n’avons pu fournir les grosses sommes demandées mais nous avons fait notre maximum.» Et il n’y a pas d’exigence : «Nous ne faisons pas les difficiles. Qu’importe où on nous trouve une maison, on ira. Le souhait de tous les réfugiés, c’est met zot fami dan enn lakaz, c’est tout.»