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Manifestation anti-LGBT : une semaine sous tension

 La manifestation anti-LGBT, samedi dernier, a beaucoup occupé l’actualité cette semaine.

Des menaces de mort, des intimidations, l’annulation de la 13e Marche des Fiertés, des alertes à la bombe… Ces derniers jours ont été riches en événements qui ont mobilisé l’actualité. D’un côté, il y a les membres de la communauté homosexuelle qui «militent pour leurs droits de citoyens comme tous les autres Mauriciens». De l’autre, les membres d’un groupe d’opposants qui condamnent l’homosexualité. Et au centre, ceux qui prennent position pour l’un ou pour l’autre. Quoi qu’il en soit, la manifestation anti-LGBT à la Place d’Armes, à Port-Louis, a suscité de vives réactions, dans l’île comme ailleurs, dans les médias, sur la Toile, sur les sites étrangers, de citoyens lambda, de politiques ou d’organismes divers… Outre les avis différents sur ce qui s’est passé, les rumeurs et les interpellations dans le cadre du rassemblement illégal, il est, en ce moment, beaucoup question de la préservation de la démocratie, du respect des droits de tous les Mauriciens et de notre «vivre-ensemble». Réactions autour d’une semaine sous tension…

Appel au respect

 

Ils ont été nombreux, durant la semaine écoulée, à partager leur avis sur les événements de samedi dernier. Politique ou pas, pour ou contre, beaucoup ont donné leur analyse sur la manifestation anti-LGBT et sur le rassemblement de la communauté homosexuelle au Caudan.

 

Parmi les prises de position, celle de l’évêque Mgr Piat qui affirme, entre autres, dans un communiqué que «dans un État de droit, chacun a le devoir de respecter les droits des autres, même s’il ne partage pas le même point de vue qu’eux». Alors que le Conseil des religions, dans un long communiqué, estime notamment que «nous n’avons donc d’autre choix que de permettre à chacun de s’épanouir comme citoyen, au nom de sa foi religieuse ou de sa conviction humaniste, mais dans le strict respect de l’esprit du dialogue interreligieux et l’Interculturalité».

 

Notons d’autres initiatives comme la page Facebook Une île Maurice pour tous qui a été mise sur pied. «Suite aux malheureux événements qui ont secoué l’île Maurice et la communauté LBGTQ+, il est important que nous soyons unis pour que de telles injustices ne se reproduisent plus. Ce groupe cible tous ceux et celles qui se sentent concernés par la préservation du respect des droits humains», peut-on lire sur la page.

 

Des jeunes et des anonymes de plusieurs horizons ont aussi commenté l’affaire sur leur page personnelle. Parmi, Jamil Kureemun, 32 ans, qui a voulu apporter une réflexion sur le sujet. Invité à nous parler de son initiative, il nous a fait la déclaration suivante : «En tant que Mauricien, je trouve que les événements récents sont graves pour notre petit paradis, tant au niveau local qu’international.» Il ajoute : «Tout individu, toute communauté, peut avoir son point de vue et s’exprimer librement, sans pour autant que cela nuise à l’autre et endommage la société dans laquelle nous vivons. Qu’on soit pour ou contre le mouvement LGBT, chacun doit respecter son prochain. Des propos blasphématoires et le fanatisme religieux n’ont pas leur place dans notre pays. Nous devons tous avancer main dans la main et continuer à bâtir notre île avec intelligence et humilité. Aux différentes autorités aussi de garantir la paix et l’harmonie sociale !»

 

Pauline Verner du Collectif Arc-en-Ciel : «Que chaque voix puisse être entendue dans le respect de tout un chacun»

 

«Ce qui est arrivé samedi n’est pas quelque chose qu’on souhaitait. Il y a eu tout ce déferlement de haine qui a précédé l’événement de samedi mais aussi la manifestation à la Place d’Armes. Mais on a aussi vu l’élan de solidarité que ces malheureux événements ont déclenché. Les messages de soutien continuent d’affluer, du monde entier et venant de toutes les communautés. C’est incroyable ! Ce qui s’est passé, ce n’est pas ce qu’on aurait voulu voir pour notre île et pour le vivre-ensemble qui qualifie généralement les Mauriciens. On comprend qu’il y ait des oppositions mais on aurait aimé que cela se fasse de façon pacifique et que chaque voix puisse être entendue dans le respect de tout un chacun.

 

L’enquête a débuté jeudi. J’ai donc fait ma déposition le même jour. On aurait préféré un positionnement politique public, rapide et fort parce qu’au-delà des droits des LGBT, c’est important de condamner la violence qui a pu avoir lieu. On souhaite que ce soit un événement isolé et que l’année prochaine, nous puissions recommencer pour que, si demain, un citoyen a envie de faire une marche, un événement pour quelque raison que ce soit, il puisse le faire dans le respect et une dynamique positive, sans un déferlement de haine et de terreur. Ce qui est arrivé a aussi démontré que l’homophobie existe et que, malheureusement, la communauté LGBT est toujours exclue de la société par différents moyens. Le collectif prône définitivement l’apaisement. On l’a répété plusieurs fois. On n’a jamais voulu attiser quoi que ce soit. On a toujours affirmé et réaffirmé qu’on n’était pour rien dans l’affaire de la photo qui a choqué et heurté. On se dissocie de ce post. On souhaite qu’il y ait une réelle prise de conscience de la part du gouvernement concernant les droits des LGBT pour que cela ne se reproduise plus et pour qu’on avance.»

 

Nissar Ramtoola, président de la Jummah Mosque : «L’harmonie et le respect mutuel doivent primer»

 

«Il est du devoir de tout un chacun de veiller à ce que l’harmonie et le respect mutuel priment en toutes circonstances dans notre pays arc-en-ciel. Chacun doit assumer ses responsabilités  à travers ses actions, paroles et écritures, et être à la hauteur de ses fonctions. Léguons un héritage digne de nous à la future génération. De par ma fonction, je rencontre régulièrement des touristes étrangers qui sont émerveillés par la beauté de l’île Maurice, avec sa diversité de religions et de cultures. Un mini-modèle des Nations unies qui peut servir de modèle au monde. Mes frères et sœurs de l’humanité, soyons fiers de cet éloge qui fait défaut ailleurs. Il est dit dans le Saint Quraan, chapitre 41 verset 34 : “La bonne et la mauvaise action ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par celui qui est meilleur et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux.” Vive l’île Maurice ! Qu’Allah nous guide sur le droit chemin et qu’il nous guide dans nos pensées, nos paroles, nos écritures et nos actions. Ameen !»

 

Inspecteur Shiva Coothen, responsable de la cellule de communication de la police : «La population n’a rien à craindre»

 

«La situation est tout à fait calme. La police a la situation bien en main. Elle a bien géré et de façon subtile. Il n’y a pas lieu de céder aux folles rumeurs infondées. Il faut rester lucide et calme. La population n’a rien à craindre et peut respirer. Il n’y a pas de souci en ce qui concerne la sécurité dans le pays et sur notre territoire.» 

 

L’avis des politiques

 

Évoquant la manifestation anti-LGBT, le député Zouberr Joomaye a réagi vendredi, au nom du gouvernement. «Le gouvernement tient à rappeler à la population que la République est avant tout un État de droit. Chaque Mauricien a le droit de vivre sa vie comme il l’entend. Le gouvernement tient à rappeler que chaque droit sera respecté. Le gouvernement veillera à ce que la loi soit respectée (…)» Sir Anerood Jugnauth, ministre mentor, a, lui, déclaré ceci : «Tout s’est bien passé finalement, j’en suis heureux.»

 

De son côté, Xavier-Luc Duval a, lundi dernier, pris position sur ce qui est arrivé. «Nous respectons tous les Mauriciens, peu importe leur situation», a-t-il écrit sur sa page Facebook ce lundi 4 juin. Le sujet a aussi été évoqué dans une conférence de presse hier, samedi 9 juin. Le PMSD dit ainsi respecter les droits de la communauté LGBT mais il respecte aussi l’opinion de tout un chacun, les politiciens y compris. Le leader de l’opposition a aussi volé au secours de Salim Abbas Mamode par rapport à sa présence à la manifestation anti-LGBT à la Place d’Armes samedi (voir texte plus loin).

 

Cette affaire a aussi été au cœur de la conférence de presse de Navin Ramgoolam, leader du PTr. Il s’est ainsi demandé si le gouvernement est derrière les tensions causées par la manifestation illégale de Javed Meetoo la semaine dernière ? Dans un post, le député travailliste Ezra Jhuboo a également parlé des récents incidents à la Place d’Armes : «À Maurice, nous prônons et vivons le ‘‘mauricianisme’’, et refusons toute forme d’obscurantisme. On peut ne pas être d’accord avec l’homosexualité mais notre opinion est secondaire. L’essentiel se résume à un droit fondamental, celui de pouvoir vivre librement, indépendamment de son orientation sexuelle. Nous sommes tous différents et souvent venons d’horizons divers.»

 

Le leader du MMM, Paul Bérenger, s’est aussi attardé sur la manifestation anti-gay dans sa conférence de presse. Il a stipulé que la loi garantit la liberté sexuelle de chaque individu.

 

Des répercussions à l’étranger

 

La manifestation anti-LGBT a été relayée sur plusieurs sites d’informations, à l’instar de France Info, BFMTV.com ou encore Euronews. Pour beaucoup, «ce qui s’est passé samedi dernier fait de la mauvaise pub» à notre île, surtout en ce qui concerne le respect des droits humains. La communauté LGBT, d’ici ou d’ailleurs, a aussi exprimé ses «incompréhensions face à ce qui arrivé et la façon dont c’est arrivé». Les derniers événements impacteraient aussi sur notre secteur touristique. En guise de solidarité, Vol974, un comparateur de vols en ligne réunionnais, bloque temporairement les réservations vers Maurice. Cela, pour «apporter son soutien aux militants pour la liberté».

 

Rassemblement illégal : «L’enquête suit son cours»

 

Si certains estiment que «les choses ont un peu tardé», la force policière a commencé une série d’interpellations suite au rassemblement illégal de samedi dernier. Jeudi, la Criminal Investigation Division a ainsi procédé à l’interpellation de Javed Meetoo, soupçonné d’être le meneur de la manifestation anti-LGBT. Il dit avoir été à la Place d’Armes uniquement pour prier. Vendredi, quatre autres personnes, Ally Abdool Rahman, Mohammad Zubeaid Kurmally, Aslam Thanaoulla et Ismaël Ibrahim Yousuf, également soupçonnés d’avoir pris part au rassemblement illégal, ont également été interrogés. Ils ont aussi déclaré qu’ils se trouvaient à cet endroit pour prier. «L’enquête suit son cours», confie une source policière.

 


 

Dylan Allagapen : «On ne peut ignorer les attentes du peuple»

 

Passionné de politique, membre de Rezistans ek Alternativ, le jeune homme jette un regard sur la gestion des récents événements par nos dirigeants.

 

Que pensez-vous de la gestion des événements par le gouvernement ?

 

Se mettre la tête dans le sable et attendre passer la tempête ? Le gouvernement a pris pour habitude d’éviter de prendre ses responsabilités. Que ce soit pour les revendications citoyennes ou les problématiques évidentes de notre société. Ça ne choque plus personne que ce gouvernement ait d’autres priorités, plutôt financières que sociétales.

 

Le numéro 2 du gouvernement qui affirme qu’une question de sécurité nationale n’est pas de son domaine, cela vous inspire quoi ?

 

Rien, on est habitué à ce genre de réponses. C’est dommage que ces personnes qui représentent la population au sein du Parlement prennent le peuple pour acquis. Leur facilité à esquiver les questions est déconcertante et insultante vis-à-vis des gens qui ont fait confiance à ce gouvernement.

 

Si vous étiez à la tête du gouvernement, qu’auriez-vous fait ?

 

Personnellement, je ne crois pas en la concentration de pouvoir en une personne à la tête de l’État. Si je faisais partie d’un gouvernement, celui-ci aurait sans doute privilégié la communication et le dialogue avec le public. Quand il s’agit de tensions sociales, on ne peut ignorer les attentes du peuple et clamer haut et fort «business as usual». Encore moins envoyer des députés faire une conférence de presse à la va-vite (NdlR : le point de presse animé par Zouberr Joomaye, Bobby Hurreeram et Joe Lesjongard, le vendredi 8 juin) ! On ne peut pas non plus rester dans son bureau et attendre que les tensions s’apaisent, peu importe les craintes des Mauriciens et de la communauté internationale.

 


 

Propos de Salim Abbas Mamode : quelque chose ne tourne pas rond au PMSD

 

Ça ne caquette pas en harmonie, en ce moment. Dans la basse-cour bleue, quelques bruits discordants se font entendre depuis que Salim Abbas Mamode s’est exprimé dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le samedi 2 juin. Mais certains Bleus voient rouge. Et ne se contentent pas de l’explication de leur leader et du principal concerné. Xavier-Luc Duval a tenté de clarifier la situation en ces termes : «Il m’a expliqué qu’à aucun moment, il n’a pris part à la manifestation.» Le député PMSD a également expliqué qu’il se rendait à la poste et qu’il a croisé des journalistes qui l’ont interrogé sur des propos blasphématoires sur Allah : «Ma réaction reflète ma colère vis-à-vis de ces propos (…) Je travaille pour tous les Mauriciens, sans distinction.» Il n’était pas question de la communauté LGBT. Xavier-Luc Duval l’a une nouvelle fois assuré, lors de son point de presse hebdomadaire, le samedi 9 juin. Et a voulu rassurer : «Si je pensais que Salim ou n’importe qui au parti est communal, je n’aurais pas hésité à l’expulser.»

 

Néanmoins, les propos ont choqué – «Mo avek bann mizilman. Mo mizilman avan tou», dit Salim Abbas Mamode dans la vidéo – et nombreux sont ceux qui, sur les radios privées et/ou les réseaux, ont demandé la démission du député. Yannick Cornet, membre du PMSD, explique, lui, la réaction de son collègue de parti : «Si on est en train de blasphémer votre religion, quelle serait votre réaction ? De nombreux Mauriciens n’auraient pas fait mieux. Il faut comprendre. Il est temps que la population mauricienne se pose les bonnes questions et arrête de penser avec les émotions.» Néanmoins, son choix de défendre n’est pas celui de tous les Joes. Mélanie fait partie de ceux qui s’offusquent des propos de Salim Abbas Mamode et de l’explication de Xavier-Luc Duval : «Au nom de quoi doit-on accepter ce qui s’est passé ? Pour avoir plus de votes ? Pour ne pas froisser une communauté ? Je croyais que le PMSD était un parti d’avenir !» Elle n’est pas seule dans son cas, explique-t-elle.

 

Des camps s’affrontent donc au sein de ce parti qui a le blues. Mais certains appellent à l’apaisement. Parmi, Stenio : «D’accord, en tant que député, il a mal formulé sa pensée, il n’aurait pas dû dire ça comme ça. Mais bon, c’est arrivé et ce n’est pas le plus important.» Pour lui, ce qui est essentiel actuellement, c’est de regarder la situation avec d’autres yeux. Et il demande à ce que soit rendue publique la question qui a été posée à Salim Abbas Mamode et que la vidéo dans son intégralité soit publiée : «Est-ce qu’il n’y a pas de la manipulation pour que certains donnent l’impression d’être des protecteurs des musulmans ?»

 

Il sait qu’il y a des voix qui s’élèvent : «Pour le moment, tout est chaud. Ceux qui ne veulent pas croire en la vérité ne le feront pas. Il faudra attendre que ça se calme, afin de pouvoir expliquer, discuter. Mais la vérité, nous l’avons dite.» Cependant, il est persuadé que l’harmonie sera vite retrouvée.

 

Textes : Christophe Karghoo et Yvonne Stephen-Lavictoire