• «L’entraide et la solidarité»
  • Jano Couacaud plonge dans le grand bleu
  • Foot en Afrique : Nos arbitres sur le front
  • AfriEDX, la start-up qui monte et gagne
  • VS Home : histoire d’amour et de maison
  • Moka’mwad : À la découverte d’un collectif citoyen
  • Sailendrasing Heeralaul meurt électrocuté lors d’une partie de pêche
  • Goûte à Tout : Une émission «siro disik»
  • Zwe nou lamizik veut «Kraze»
  • Jay Bhunjun Memorial Challenge Cup : AS Malherbes fait un malheur

Lafore Lespwar : L’art, rempart contre l’exclusion sociale

Une véritable pépinière. S’il fallait décrire Lafore Leswpar, c’est certainement le mot qui conviendrait le mieux à ce projet social qui a vu le jour il y a un an. Une pépinière de jeunes talents, d’envie, de motivation et surtout d’espoir.

Léo a 7 ans. Dans la vie, il n’a, dit-il, jamais été timide. C’est probablement pour cela qu’il incarne le premier rôle dans Mowgli dan lazeng, une pièce de théâtre que les Mauriciens pourront bientôt découvrir. De son personnage, Léo a appris qu’il faut être brave, faire preuve de courage et ne pas avoir peur. Il y a aussi Theas, 12 ans, sa grande sœur, qui sera Raksha, la mère adoptive de Mowgli. «Moi, j’ai toujours été timide. Là, il m’a fallu m’affirmer et revoir ma posture, moi qui ai souvent le dos courbé. J’ai appris qu’il faut se tenir bien droit, la tête haute et s’aimer comme on est.»

 

Azaya, 5 ans, jouera, elle, une petite louve alors que Laetitia, 16 ans, est l’une des danseuses de la troupe. Une passion qui a grandi de répétition en répétition. Une véritable opportunité, dit-elle, de monter pour la première fois sur scène et devant un public. Avant de participer à cette aventure, Léo, Theas, Azaya et Laetitia, comme presque tous leurs camarades, ne connaissaient rien au théâtre. Pourtant, ils monteront bientôt sur scène pour un spectacle qui s’annonce haut en couleur.

 

Enseigner le théâtre ainsi que d’autres formes d’art aux enfants est une idée de la Young Spirit Association, une jeune ONG qui a vu le jour dans la région de Pailles et des environs et dont l’objectif est de prendre par la main les jeunes issus de milieux vulnérables, de les encadrer et de les aider à se réaliser à travers l’éducation. Si leur action a commencé avec l’accompagnement scolaire et la création d’un groupe de scoutisme, les encadrants ont été vite émerveillés devant l’énorme potentiel des enfants et des jeunes auxquels ils ont affaire.

 

«Chaque année, on prépare un spectacle et cette année, nous avons décidé de raconter l’histoire de Mowgli. Ce qui devait être un petit spectacle pour les parents et les enfants est finalement devenu un grand spectacle son et lumière lorsque nous avons décidé de créer cette école», explique Diane Mourade, responsable de projet et directrice de Lafore Lespwar.

 

En effet, c’est le talent de ces enfants et de ces ados qui a poussé Jason Colimalay, président de la Young Spirit Association, Diane Mourade et leur équipe à imaginer et à mettre sur pied Lafore Lespwar, une école artistique totalement gratuite, qui a pour mission d’aider les jeunes à s’exprimer, à explorer leur talent et à découvrir leur plein potentiel tout en les éloignant de la rue et de ses dangers. Si la Young Spirit Association se concentrait d’abord sur les enfants issus de milieux vulnérables, pour Lafore Lespwar, qui accueille 65 enfants entre 2 et 18 ans, elle a décidé d’ouvrir l’école à tout le monde pour que tous puissent évoluer ensemble. Si l’école n’existe pas encore physiquement, elle se réunit tout de même chaque samedi pour des cours et des ateliers de chant, de danse, de musique, entre autres.

 

Cela fait plusieurs semaines que Lafore Lespwar travaille à l’élaboration de Mowgli dan lazeng, un spectacle qui se jouera les 3, 4 et 5 août au Komiko Comedy Art Club, situé au Bagatelle Home & Leisure (voir hors-texte). Celui-ci raconte la fameuse histoire de cet enfant élevé par des loups après avoir été égaré dans la jungle par ses parents après une attaque de tigre. Sauf que l’histoire, explique Diane Mourade, a été quelque peu réadaptée à la réalité mauricienne et à celle des enfants qui y participent. «L’histoire se déroule à Maurice et commence dans un mariage. Il y a des danses, de la musique. Tout est en créole. On y a incorporé des thèmes comme la violence et la drogue, véritables fléaux qui gangrènent notre société et dont nos jeunes ont pleinement conscience», explique Kathy Offman, une maman qui s’est impliquée dans le spectacle. 

 

Les enfants sont encadrés par de véritables professionnels, dont Menwar, qui leur a donné des cours et les accompagnera aux percussions, et Pascal Pierre, responsable des enregistrements de voix et de la création de l’univers sonore, entre autres. Tous ont intégré des petits groupes qui touchent à toutes les variantes du spectacle sous la houlette de professionnels, notamment Patrice Offman pour le décor, Wesley Duval pour la mise en scène, Daniella Bastien pour la rédaction du script en kreol morisyen et Cécile Gonzales d’Omada Dance Company pour les chorégraphies. «Chaque enfant a du potentiel, que ce soit pour la danse, le chant, la confection des costumes, la peinture, le décor ou la logistique. Il n’y à qu’à les voir pour comprendre à quel point ça leur fait du bien. Ça a une bonne influence sur leur personnalité mais aussi sur leur comportement.»

 

Cette activité artistique leur apprend la discipline, à être à l’écoute et attentif aux autres. Il faut aussi apprendre à respecter les règles. Ce sont des notions importantes de la vie qui rejaillissent sur eux immédiatement et qui amènent un changement positif. «Ils ont davantage confiance en eux dans ce monde qui, pensaient-ils dans un passé pas si lointain, n’était pas fait pour eux. Ils sont beaucoup plus épanouis, car ils sont conscients de leurs capacités, bien que certains soient en situation de handicap ou en difficulté scolaire. Lafore Lespwar, c’est une école de la vie aussi. Elle aide au développement éducatif et à l’intégration sociale des enfants, ainsi qu’au développement de leur personnalité par le jeu théâtral», lance Diane Mourade.

 

En se lançant dans ce projet, le défi était de démontrer à ces enfants leur potentiel et leur valeur, tout en leur ouvrant de nouveaux horizons. Aujourd’hui, tout ce que souhaitent les encadrants de la Young Spirit Association, c’est de prouver qu’ils ont eu raison d’y croire.

 


 

Aidez-les à réaliser leur rêve 

 

Vous l’avez compris, Lafore Lespwar n’a pour le moment aucune adresse. Une fois par semaine, les enfants et les encadrants se rencontrent dans un centre pour mener à bien leurs activités. Motivés, ils ne se démontent pas malgré les difficultés. Sans grands moyens financiers par manque de sponsors, les encadrants de Lafore Lespwar se débrouillent comme ils peuvent. L’objectif, explique Jason Colimalay, est d’aider les enfants et les jeunes à maximiser leurs potentiels académiques, notamment ceux ayant besoin de suivi éducatif plus soutenu. «Ces actions contribuent ainsi à construire des cercles familiaux et communautaires plus solides. Nous mettons en place des activités qui renforcent l’estime de soi et la confiance en soi, deux aspects phares du développement personnel des enfants. Nous sommes convaincus que l’éducation est la seule armure, sinon la seule arme que les jeunes ont pour se protéger des fléaux et maux de notre société.»

 

Raconter l’histoire de Mowgli dans une pièce de théâtre, explique Jason Colimalay, n'est pas le choix du hasard. «La jungle fait écho à notre société qui regorge de toutes les facettes de la vie, les plus belles comme les plus sombres. Les facettes qui nous font grandir, qui nous mènent sur le chemin du meilleur de nous-mêmes. Mais dans cette jungle il faut avoir le courage de s’y aventurer, pour un enfant déjà privé de nombreux droits, de se dire : “Oui je peux ! Oui j’y ai droit !” ».

 

Ce spectacle qui devait déjà avoir lieu l’année dernière a dû être renvoyé faute de financement. Les encadrants espèrent que le même scénario ne se répétera pas. Ils lancent donc un appel à l’aide afin de permettre à ces enfants de vivre leur rêve. «Nous avons lancé plusieurs appels à sponsors. Nous avons besoin d’aide pour les équipements, les costumes et tout ce qui entoure la réalisation du spectacle», explique Diane Mourade. En attendant les 3, 4 et 5 août (les billets seront en vente à Rs 250 pour les enfants et Rs 300 pour les adultes), les jeunes de Lafore Lespwar continuent de travailler et de répéter pour offrir aux Mauriciens le plus beau des spectacles.

 

S’ils souhaitent que tout soit parfait, ils savent aussi que l’enjeu est important. Car derrière le projet du spectacle Mowgli dan lazeng se trouve un autre gros projet qui est celui de l’ouverture de l’école artistique. En effet, les recettes du spectacle serviront entièrement à trouver, enfin, un emplacement pour l’école artistique d’où l’appel de solidarité et de générosité que les encadrants lancent aux Mauriciens. «Nous lançons l’invitation à tous les Mauriciens afin qu’ils viennent voir notre spectacle et nous soutenir pour que nous puissions réaliser ce grand projet et ouvrir l’école. Ces enfants ont besoin de vous», souligne Diane Mourade. Pour les aider, vous pouvez faire un don sur le compte de la Young Spirit Association à la MCB. Le numéro est le suivant : 000445884479.