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Mouvement d’unité des partis trop tôt : Pour que des mères retrouvent le sourire

Ragini et Ram Sunassee essaient de survivre à la disparition de leur fils Dinesh.

Prendre par la main des mamans qui sont en souffrance et qui ont perdu tout goût à la vie, c’est la mission du Mouvement d’unité des partis trop tôt. Cette association, qui regroupe plusieurs mamans ayant perdu leur/s enfant/s, organise aujourd’hui une grande messe à Trou-d’Eau-Douce.

Assise dans son salon, Ragini Sunnasee a les yeux rivés sur les photos de son fils. Il y en a partout. Sur tous les murs, toutes les étagères. On y voit Dinesh souriant sur les portraits, un peu plus sérieux sur la photo de la remise des diplômes, heureux à une fête entre collègues. Des photos et des souvenirs, c’est tout ce qui reste à Ragini de ce fils qu’elle aime tant. Le 22 mars 2016, alors que Dinesh, 26 ans, est en vacances à La Réunion, il perd la vie, noyé, alors qu’il était parti faire une petite baignade avec ses amis. De ce jour et de ceux qui ont suivi cette tragédie, Ragini n’a plus vraiment de souvenirs.

 

Meurtrie au plus profond de sa chair, Ragini ne parle plus, ne sort plus, ne sourit plus. La douleur est si forte qu’elle finit par la rendre malade et lui faire perdre la tête. «Je ne voyais plus l’importance de continuer à vivre. Je ne voulais plus voir mon mari, mon autre fils. Je ne voulais plus de ma maison.» Doris Dhurmeea, une voisine et une amie de longue date, voit alors cette femme qui, auparavant, ne vivait que pour ses enfants, se transformer en loque, perdant tout goût et toute envie de continuer à vivre.

 

C’est pour venir en aide à son amie qu’elle décide de réunir quelques mamans qui ont connu la même épreuve. «Elle était tellement anéantie qu’elle n’était plus elle-même. Je me suis dit que le fait de parler et d’avoir le conseil d’autres mamans qui vivaient la même chose pouvait l’aider à aller mieux et à remonter la pente.» Elle crée ainsi le Mouvement d’unité des partis trop tôt afin de regrouper les mamans pour qu’elles puissent s’entraider et avancer ensemble. Ragini, contre toute attente, y a trouvé du réconfort. «Elles sont devenues ma famille. Parler de mon histoire, écouter la leur, pleurer ensemble, raconter nos enfants, c’est comme une thérapie qui nous fait du bien.»

 

La première rencontre a lieu six mois après la disparition de Dinesh. C’est la première fois que Ragini met un pied en dehors de sa maison dans laquelle elle s’est enfermée depuis la mort de son fils. Elle y rencontre d’autres mamans qui, sans qu’elle ne dise un mot, comprennent tout de suite le mal qui la ronge et qui mettent immédiatement les mots justes sur sa blessure. À chaque rencontre, elle fait un pas de plus. Bien sûr, Ragini, comme de nombreuses autres mamans, n’est pas guérie. L’incompréhension, l’injustice et la colère sont des sentiments qui l’animent encore. Elle en veut à la vie, à Dieu, de lui avoir ôté la plus belle chose qui lui ait été offerte.

 

Aucun mot n’est assez fort, ne rend suffisamment justice à ce qu’elle peut ressentir, à sa douleur, à sa détresse. En tant que mère, on n’imagine pas une seconde devoir, un jour, enterrer son enfant. On le désire, on le porte en soi pendant des mois, on lui donne la vie, on l’aime, on le chérit, on le protège, on le grandit. On vit pour lui car il devient la chose la plus précieuse au monde, cette fameuse prunelle, cet enfant pour qui on pourrait déplacer toutes les montagnes. Alors, devoir faire face à sa mort n’est pas naturel. Cela ne s’inscrit pas dans le cours normal des choses, de la vie, tout simplement. 776 jours se sont écoulés depuis la mort de Dinesh et pas un seul sans qu’elle ne pense à lui. «Je lui parle tous les jours. Pour moi, il est toujours là.»

 

Douloureuse réalité

 

Accepter le départ de son enfant et faire face à cette douloureuse réalité, c’est difficile voire impossible pour certaines personnes. Et lorsqu’on perd l’être cher dans des circonstances atroces et traumatisantes, les sentiments sont décuplés. C’est pour aider sa fille Mirella à s’en sortir que Claudette Perrine s’est décidée à venir chercher de l’aide auprès du Mouvement d’unité des partis trop tôt. Sa petite-fille, Eleana Eduarda Gentil, 11 ans, est morte assassinée après avoir été victime de violence sexuelle en avril 2015. Un crime crapuleux qui avait choqué et bouleversé toute l’île Maurice et qui a détruit et traumatisé la famille de la petite, qui a été incapable de se relever depuis ce terrible drame.

 

«C’est un véritable cauchemar. On y pense tous les jours. Seule la vérité pourrait nous aider à faire notre deuil. Le fait de savoir que le coupable de ce crime court toujours est horrible», lance la grand-mère. Plus que sa petite-fille, Eduarda était, dit-elle, une véritable lumière dans sa vie. Venir partager avec ces autres mamans lui permet de se ressourcer et de puiser toute sa force pour ensuite soutenir sa fille et l’aider à remonter la pente. «Depuis ce qui s’est passé, elle n’est plus elle-même. Elle n’arrive pas à accepter. Elle ne veut pas en parler.» En attendant que le coupable paie, Claudette continue d’avoir la foi pour que sa fille et sa petite-fille puissent toutes les deux trouver la paix.

 

Face à l’insupportable, à l’insoutenable, Danièle Maca a, elle, failli commettre l’irréparable. Parce que, dans ces moments-là, on perd toute raison de vivre, toute raison d’être, que cette douleur vous transperce le cœur. «Percy avait 20 ans. C’était le 26 décembre 1994, le lendemain de la fête de Noël. Il est sorti avec ses amis pour aller danser à Grand-Baie mais leur voiture a fait un accident à Pailles. La police nous a appelés à 22h30 pour nous informer de l’accident. En arrivant à l’hôpital, j’ai vu mon fils avant qu’il ne meurt dans mes bras.»

 

Aucun événement n’a plus la même importance, aucune fête n’est plus pareille et les rassemblements familiaux lui semblent vides. «J’ai cru perdre la tête. On ne peut pas tenir le coup. On ne comprend plus rien. Vous perdez le sommeil. Vous n’avez plus envie de voir ni de parler à qui que ce soit.» Il y a aussi ce sentiment d’impuissance et de culpabilité. «On se demande ce qu’on a bien pu faire pour mériter ça. Pourquoi moi ? Pourquoi mon enfant ? Aurais-je pu mieux le protéger ?»

 

Retrouver la foi en Dieu et l’envie de vivre a été un long chemin pour Danièle Maca. «J’étais tellement en colère. Je ne voulais plus entendre parler de Dieu. Je ne pouvais plus parler de Percy. Ça me faisait trop mal. J’avais caché toutes ses photos pour ne plus voir son visage. Et puis, un jour, j’ai eu un déclic en entendant le père Grégoire parler du sacrifice d’Abraham.»

 

Depuis 23 ans, Danièle a ainsi appris à vivre avec l’absence de son fils et cet immense vide qu’il a laissé derrière lui. «Il faut la foi, du temps et de la patience pour pouvoir surmonter une telle épreuve. Ça prend du temps mais la douleur finit par s’estomper. Partager son expérience avec les autres aide beaucoup aussi.» C’est ce qui l’a poussée à rejoindre le mouvement initié par Doris Dhurmeea. «On n’oublie jamais ce qu’on a perdu. On apprend à survivre, à continuer, parce que la vie continue malgré tout pour nous et pour le reste de notre famille qui compte sur nous.» Perdre son enfant, dit-elle, est l’une des pires épreuves de la vie, une épreuve qu’on ne souhaite même pas à son pire ennemi. Toutefois, si on ne s’en remet jamais vraiment, on peut apprendre à vivre avec la douleur, à survivre à l’absence de cette partie de soi, à mettre un pied après l’autre chaque jour parce que la vie continue malgré tout.

 


 

Une messe pour rendre hommage à leurs enfants

 

Aujourd’hui est un jour important pour les mamans du Mouvement d’unité des partis trop tôt. Elles se réuniront pour rendre hommage à ces êtres chers qu’elles ont perdus. L’association organise aujourd’hui une grande messe à Trou-d’Eau-Douce, à 10 heures, au Notre Dame du Bon Secours. Un rendez-vous annuel pour ces mamans qui n’ont qu’une hâte : honorer la mémoire de leur/s enfant/s.

 

L’histoire du Mouvement d’unité des partis trop tôt a commencé il y a un peu plus de deux ans. Face à la douleur de son amie, Doris Dhurmeea a été incapable de rester les bras croisés. C’est le fait de voir Ragini dans un état déplorable après la mort de son fils Dinesh qui l’a poussée à créer le Mouvement d’unité des partis trop tôt. Si au départ, l’initiative se focalisait sur Ragini et avait pour mission d’apporter à cette mère du réconfort, elle a vite pris une autre tournure.

 

Depuis deux ans, Doris Dhurmeea réunit donc les mamans ayant perdu un enfant pour qu’elles puissent partager leurs histoires, s’entraider et avancer ensemble. L’association regroupe aujourd’hui une vingtaine de mamans ayant toutes perdu des enfants dans des circonstances différentes : maladie, accident, suicide, noyade ou autre. Souvent, elles se réunissent pour parler de leur histoire et partager leurs expériences mais aussi pour faire différentes activités afin de reprendre goût à la vie. «Nous avons plusieurs projets, dont celui d’aller à Rodrigues et d’écrire un livre dans lequel on retrouvera tous les témoignages de nos mamans», souligne Doris Dhurmeea.

 

Au fil des mois, d’autres mamans se joignent au groupe et, motivée, Doris Dhurmeea décide d’aller un peu plus loin dans son engagement avec la mise sur pied officielle de l’association. «L’objectif est d’aider ces mamans à aller mieux, à retrouver le sourire, à leur donner ce petit coup de pouce pour qu’elles fassent leur deuil et avancent dans la vie. Nous voulons aussi conscientiser les jeunes pour qu’ils soient plus prudents et comprennent quelle peine, quel vide, ils risquent de laisser derrière», explique Doris Dhurmeea. Ensemble, elles invitent toutes les mamans qui, comme elles, vivent la même épreuve, à venir les rejoindre.