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Réinsertion sociale via l’agriculture : La formation de la dernière chance

Le jardin communautaire de Baie-du-Tombeau est une lueur d’espoir pour les bénéficiaires de ce projet.

Des hommes et des femmes se retrouvent au cœur d’un projet d’envergure dont l’objectif est de leur permettre d’allier bien-être social et bonne alimentation. Cette initiative, qui est à mettre au compte du jardin communautaire de Baie-du-Tombeau, cible des personnes vivant dans des situations précaires. Incursion dans ce monde verdoyant…

Il y croit toujours. Il se bat pour la concrétisation de ce projet depuis cinq ans. Lui, c’est Yannick François, l’un des membres de l’ONG Island Bio. «Je suis seul à m’occuper de ce jardin depuis cinq ans. Au départ, il était magnifique et rempli de légumes mais aujourd’hui, tout est à l’abandon. Je reste motivé car je crois à ce projet, surtout avec la formation que nous venons de recevoir. Mais pour l’heure, vu qu’il n’est pas aux normes pour être productif, nous peinons à joindre les deux bouts», confie ce père de famille.

 

Yannick, comme beaucoup d’habitants de Cité Longère, Baie-du-Tombeau, sont marginalisés, livrés à eux-mêmes, vivant dans la précarité et sans aucune ressource. C’est pourquoi le jardin communautaire, projet d’Island Bio, est pour eux une lueur d’espoir. Cultiver la terre pour en faire leur gagne-pain, c’est leur devise depuis peu.

 

Samedi 17 mars. Il est aux alentours de 10 heures quand nous empruntons une allée bordée d’arbres à côté du Dockers Village à Baie-du-Tombeau. Le soleil est au summum, l’humidité est étouffante et le ciel très dégagé invite à la détente à l’ombre, tout en appréciant une boisson glacée. Mais l’heure n’est pas au relâchement pour les quelques habitants de la localité présents.

 

Au loin, nous apercevons deux jeunes qui s’adonnent au défrichage du jardin. Un peu plus loin, à l’ombre d’un grand acacia, nous rejoignons les quelques personnes présentes pour la formation d’agroforesterie dispensée par l’Institut du Bon Pasteur, à l'initiative d'Island Bio. L’association a été aidée dans sa démarche par celle de Small Step Matters qui récolte des dons pour ensuite aider des personnes à réaliser des entreprises sociales afin de lutter contre la pauvreté. Michael Poole, formateur consultant pour le projet, fait une brève introduction sur ce mode d’opération, soutenu par Oormila Sahodree, assistante de formation de l’Institut du Bon Pasteur. «L’agroforesterie permet de créer un cadre où tout sera en harmonie et boostera automatiquement la production du jardin. Car si nous travaillons en accord avec la nature, nous en bénéficierons grandement», explique Oormila Sahodree à une assistance captivée.

 

Corinne Florimond, une des bénéficiaires du projet, souligne que c’est un nouveau pas vers un meilleur avenir. «Je connais ce jardin depuis sa création et il est lent au démarrage car nous n’avons pas suffisamment de ressources et de main-d’œuvre. Comme aujourd’hui, vous avez pu constater que la majorité des personnes ne sont pas présentes alors que cette formation a pour but de nous permettre de vraiment voler de nos propres ailes car nous pourrons travailler cette terre et vivre des fruits de notre labeur», confie-t-elle. Et à l’assistante de formation de poursuivre : «Une bonne notion d’agroforesterie contribuera à une diminution de la charge de travail et un captage d’eau plus efficace qui permettra aux plantes de produire comme il se doit», souligne Oormila.

 

Rendre le bio accessible

 

Après avoir fait le point avec les bénéficiaires, nous visitons le jardin pendant que Michael évalue la situation. «Notre but, ce n’est pas de procéder à un changement radical mais de faire l’éducation autour de l’agroforesterie, de la mettre en pratique pour que les bénéficiaires puissent constater l’évolution et, bien évidemment, tirer profit de ce projet», fait-il ressortir. Et ce n’est pas Yannick François qui dira le contraire ! «Je soutiens l’agriculture bio et cette formation est un plus pour que le 12th Star Market puisse reprendre son souffle et être florissant. Ce projet me permet d’allier ma passion à mon gagne-pain. Avant, nous n’avions pas les connaissances nécessaires et les équipements adéquats pour mener à bien ce projet. Du coup, le découragement a gagné du terrain auprès de certains collaborateurs», confie notre interlocuteur.

 

Pour ce bataillon de la première heure, il n’est pas question d’abandon. Il travaille sans cesse, il persévère ! «Je crois au projet depuis son lancement et je me battrai jusqu’au bout pour prouver que nous avons eu raison d’y croire et surtout de développer tout le potentiel de ce jardin et de notre savoir-faire. J’y passe une bonne partie de mes journées à faire le défrichage car c’est la seule manière pour moi d’avoir un revenu», relate Yannick François.

 

C’est dans cette optique que Small Step Matters, en collaboration avec la MCB, a voulu soutenir ce projet en remettant des équipements de jardin et un chèque de Rs 203 118 à l’ONG Island Bio au mois de février, afin de l’aider dans sa lutte pour la réinsertion sociale des plus démunis, comme pour ceux qui ont un casier judiciaire et qui peinent à retrouver un emploi ou encore pour les mères célibataires à la recherche d’un emploi leur permettant de gérer leur vie de famille et d’avoir un revenu.

 

Ce projet veut aussi mettre des produits bio à la portée des plus démunis. «Les jardins communautaires d’Island Bio ont pour but de rendre l’alimentation bio accessible à tous les Mauriciens, tout en aidant les familles défavorisées de Baie-du-Tombeau et d’autres régions de l’île à se prendre en charge, à être fières de leur savoir-faire et à contribuer au développement durable et écologique de notre île Maurice. Nous ne pouvons qu’être fiers de contribuer à ce projet qui va empower ces familles», fait ressortir un représentant de la plate-forme Small Step Matters.

 

Corinne Florimond abonde dans le même sens. «Je suis contente d’être l’une des femmes à participer à ce projet car je veux être autonome et avoir un revenu stable. Et je veux aussi faire de sorte que notre jardin puisse s’ouvrir au monde. Même si nous sommes conscients qu’aujourd’hui, ce n’est que le premier pas et que nous devons nous armer de courage et de patience pour que ce projet soit un succès. C’est pour cela qu’à l’exemple du coup de pouce de Small Step Matters, nous invitons d’autres sponsors à nous aider. Car 12th Star Market est le jardin de l’espoir pour nous.»