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Dans le cocon de Sharmeen Choomka

Les sœurs Choomka ont toutes eu une scolarité différente des autres.

Elle vient tout juste de fêter ses 14 ans. Son Higher School Certificate en poche, l’adolescente espère bientôt commencer ses études tertiaires, afin de devenir avocate. En attendant, elle étudie la comptabilité, tout en menant, dit-elle, une vie d’ado comme les autres.

De prime abord, elle affiche une certaine timidité, a le regard presque fuyant, répond aux questions machinalement ou, du moins, sans grande conviction. En même temps, depuis que Sharmeen Choomka a réussi ses examens du Higher School Certificate (HSC), elle n’arrête pas de répondre aux mêmes questions. Il faut dire qu’une fille de 13 ans, qui prend part à de tels examens et qui réussit, ça ne court pas les rues. Depuis, elle surfe sur une vague de popularité. Dans son quartier, à Plaine-Verte, elle faisait déjà parler d’elle, pour avoir décroché son School Certificate  à 12 ans seulement.

 

Comme beaucoup d’adolescentes de son âge, elle est réservée et timide face aux étrangers. Cependant, avec les siens, c’est une autre histoire. «C’est une vraie pipelette», lance sa mère, pour la taquiner. Sharmeen, qui a fêté ses 14 ans, il y a quelques jours, a toujours voulu réussir et finir l’école en avance. C’est de cette façon que ses sœurs et elle ont grandi. C’est Abdool Ahmid, le père, qui a voulu ça. Tout a commencé avec Youshreen, l’aînée. Pourquoi attendre, quand on peut aller plus vite ? Voyant que ça marche, toutes les autres sœurs Choomka – Tawheen, Yasreen, Nawheen, Farheen et Nooreen – ont suivi le même schéma. Elles ont toutes sauté des classes et pris des leçons en avance pour pouvoir réussir cet exploit.

 

Sharmeen, elle, a fait une seule année de pré-primaire, avant d’entrer à l’école primaire ZamZam, où elle sautera la cinquième. Elle passera en Form I et II au collège JMD Atchia, avant de se rendre au City College pour sa Form V, et ensuite, au collège Labourdonnais pour son HSC. Qu’importe s’il a fallu changer d’école pour pouvoir atteindre son objectif. Au total, Sharmeen a zappé cinq classes, ce qui lui a permis de finir sa scolarité à 13 ans, au lieu de 18 ans. Pour y arriver, il a fallu énormément étudier, jongler entre l’école et les nombreuses leçons particulières.

 

Alors, cette réussite, malgré le fait qu’elle ne soit pas lauréate, lui procure, dit-elle, énormément de joie. Des sept sœurs Choomka, elle est celle qui, jusqu’ici, est allée le plus vite. «J’ai décroché un A en français, des B dans les autres matières et un C en General Paper. Je suis très contente. Tout de suite après les examens, j’ai commencé à prendre des cours d’ACCA. J’ai complété le niveau 1 et décroché mon premier certificat.» Devant une telle performance, ses parents, Abdool Ahmid et Nooresa, ne peuvent qu’être fiers. Après tout, c’est ce dont ils ont toujours rêvé. «Il y a eu beaucoup de travail et de sacrifices pour en arriver là. Les gens autour de nous sont étonnés et ont du mal à y croire», lance Abdool Ahmid, un commerçant.

 

Une enfance normale

 

Ces derniers jours, Sharmeen a eu droit aux réflexions de nombreuses personnes sur elle, sur son éducation et sa personnalité. Il y a d’abord eu l’étonnement et les félicitations, ensuite sont venus les questionnements sur son parcours et sa capacité à étudier. Des opinions qu’elle n’arrive pas toujours à comprendre. «Les gens disent que je n’ai pas eu une enfance normale, que je passe mon temps à étudier. Je ne vois pas où ils veulent en venir parce que moi, j’ai grandi comme les autres enfants. Je ne faisais pas qu’apprendre tout le temps.»

 

Face aux critiques, la famille Choomka reste imperturbable. «Elle sort, elle s’amuse. Elle va se promener avec ses sœurs. Elle revient d’ailleurs du cinéma. Elle fait de la natation, du karaté, du roller», explique son père. Comme beaucoup d’ados, explique Nooresa, sa mère, Sharmeen passe aussi du temps devant la télé et sur son téléphone portable. «Des fois, je dois même crier», lance-t-elle.

 

Toutefois, l’éducation a toujours eu une place primordiale dans sa vie. Abdool Ahmid, en bon patriarche, avait une vision. Celle de voir ses filles réussir dans leurs études, et devenir de grandes personnes dans le monde professionnel. «Tawheen a pris part à trois examens pratiquement en même temps : le HSC, l’ACCA et ses examens de droit. Elle n’était pas lauréate, mais avait été classée à l’époque», fait remarquer le père avec fierté. Outre le fait d’avoir été en avance sur leur scolarité, elles sont pratiquement toutes devenues avocates. Une autre exigence du père. Youshreen, Tawheen, Yasreen et Nawheen sont avocates. Farheen est policière mais étudie la loi pour, elle aussi, devenir avocate. Nooreen, elle, est comptable et a mis sur pied une école de comptabilité.

 

Pour ne pas déroger à la règle, Sharmeen souhaite évidemment devenir avocate. D’ailleurs, alors qu’elle poursuit son ACCA, elle compte prochainement se rendre à l’Université de Maurice pour débuter ses études tertiaires et ainsi devenir, très vite, avocate. «Nous attendons que les inscriptions soient ouvertes», souligne son père. Mais Sharmeen souhaite-t-elle vraiment devenir avocate ? «Oui», assure-t-elle. Pourquoi ? «Pour la justice», dit-elle. A-t-elle des rêves ? «Non, je n’y pense pas vraiment pour le moment.»

 

Selon le papa, il a fallu que la première sœur se lance pour que les autres suivent le pas. Malgré ses choix, elle n’a jamais senti qu’elle était différente des autres. Et ce n’est, dit-elle, pas près de changer.