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Suraj Cheetamun condamné à 22 ans de prison pour avoir violé et tué une octogénaire | Anita, la fille de la victime : «Ce n’est rien comparé à ce qu’il a fait»

Anita digère très mal la sentence infligée au meurtrier de sa mère.

Elle s’est battue très fort pour se remettre debout après l’agression mortelle de sa mère de 80 ans, en 2013. Quatre ans plus tard, Anita est anéantie à nouveau. Le «bourreau» de Chandrama a été condamné à 22 ans de prison. Pour la fille de la victime et ses autres proches, c’est loin d’être suffisant. Elle nous dit pourquoi.

Son cœur n’arrête pas de saigner depuis quatre ans. La tristesse et la rancœur font partie intégrante de la vie d’Anita Bullywon, 64 ans, et rongent son âme petit à petit. Et depuis quelques jours, ces sentiments sont décuplés par un jugement qu’elle trouve injuste. Elle a le sentiment que l’homme qui a violé et tué sa mère Chandrama n’a pas obtenu la punition qu’il mériterait. Suraj Cheetamun a été condamné en cour d’assises, le mercredi 13 décembre, à 22 ans de prison pour cet acte atroce commis le 22 avril 2013. La victime avait 80 ans alors que son agresseur en avait 25 ans.

 

«22 ans, c’est rien comparé à ce qu’il a fait. Il est jeune. Il va sortir de prison très vite pour reprendre sa vie. Alors que la nôtre est gâchée pour toujours», lance Anita, des larmes de chagrin et de rage coulant sans cesse sur son visage. Sa révolte n’a pas de limites. «Cet homme s’est comporté comme un barbare. Il doit brûler en enfer pour ce qu’il a fait subir à ma mère. Ce qu’il a fait est impardonnable. Ma mère avait l’âge de sa grand-mère. Comment a-t-il pu s’acharner de cette façon sur une personne de cet âge, à qui on doit respect et protection ?» s’insurge la sexagénaire.

 

Ce drame a eu des conséquences terribles sur sa vie, dit-elle. «Je suis devenue dépressive depuis la mort atroce de ma mère. Je suis en thérapie depuis 2014. Et là, je vais devoir consulter mon psychologue. Mon niveau de stress est au plus haut depuis que j’ai pris connaissance du verdict», confie Anita qui n’en finit pas de maudire Suraj Cheetamun pour ce qu’il a fait subir à sa mère ce 22 avril 2013.

 

Elle s’en souvient comme si c’était hier. Le jour le plus noir de son existence. C’était un lundi. Ce jour-là, Anita, qui vit avec sa mère à Camp-Fouquereaux, sort de chez elle vers 12h15. Direction un centre à Cinq-Arpents pour sa séance de prière du Ramayana. Peu après, à 14 heures, un appel vient bouleverser son existence à jamais. Quelqu’un au bout du fil lui apprend qu’il y a un problème chez elle.

 

Sur le coup, Anita croit que sa mère a fait un accident en se rendant à la boutique. Elle s’accroche à cette idée. Mais lorsqu’elle débarque chez elle et se retrouve en face d’une foule de personnes regroupée autour de Suraj et le rouant de coups, elle craint le pire. Elle apprend, dans la même foulée, que le jeune homme a sauvagement agressé sa mère et que cette dernière a déjà été conduite à l’hôpital. L’octogénaire ne survivra pas à ses blessures.

 

«C’est révoltant»

 

Anita repense avec douleur à sa mère sur son lit de mort : «Elle était méconnaissable. Elle a été victime d’une violence inouïe. Ce monstre a continué à s’acharner sur elle malgré ses supplications et ses pleurs. Li ti kas lizie mo mama, pil so latet ek miray pou pa rekonet li. Et aujourd’hui, il n’écope que de 22 ans de prison. Notre famille ne peut l’accepter. Cela nous fait souffrir encore plus. Tous mes proches m’appellent depuis mercredi pour me dire à quel point c’est révoltant.»

 

Suraj Cheetamun, de son côté, était passé aux aveux après son arrestation. Il a expliqué aux enquêteurs s’être acharné sur Chandrama Bullywon pour lui infliger une correction. Cette dernière, dit-il, l’avait réprimandé plus tôt car il avait refusé de lui donner des pamplemousses. Par la suite, il a décidé de se venger.

 

À l’époque, le jeune homme de 25 ans vivait chez son oncle à Camp-Fouquereaux. Les deux hommes avaient pris quelques verres ensemble ce jour-là. Sur le chemin du retour, Suraj s’est dirigé vers le domicile de Chandrama et s’est introduit chez elle en passant à travers une fenêtre. Dans sa déposition, le jeune homme explique que Chandrama a hurlé en le voyant. Il lui a alors asséné plusieurs coups violents au visage pour l’empêcher de crier. L’octogénaire s’est écroulée sur le sol. Suraj l’a, par la suite, traînée de force dans sa chambre à coucher. Chandrama, elle, n’arrêtait pas de crier, de se débattre et d’implorer sa clémence.

 

C’est alors que Suraj a abusé d’elle sexuellement. Ensuite, il a continué à torturer l’octogénaire. Puis, il tenté de prendre la fuite lorsqu’il a entendu les cris d’un voisin qui était accouru après avoir entendu les derniers hurlements de Chandrama. Suraj est sorti par une porte donnant sur une petite ruelle, laissant sa victime dans une mare de sang. Mais il a très vite été rattrapé par le voisin en question avant d’être lynché par d’autres résidents de la localité.

 

Circonstances horribles

 

À l’ouverture de son procès en cour d’assises, cet habitant de Rivière-des-Anguilles a plaidé coupable. Il était défendu par l’avocat Deepak Rutnah. La poursuite était, elle, représentée par  Mes Rajkumar Baungally, Pravin Harrah et Rubesh Dawoodarry. L’homme a présenté ses excuses à la famille de la victime. Il a dit regretter ce qui s’est passé et en être très triste. Il a également affirmé qu’il n’était pas conscient de ses actes au moment des faits. Selon la police, il avait 182 mg d’alcool dans le corps au moment de son arrestation. Suraj a imploré la clémence de la cour arguant qu’il voulait se reconstruire un meilleur avenir auprès de sa famille.

 

Dans son verdict, le juge Prithiviraj Fekna est toutefois revenu sur les circonstances horribles entourant le décès de Chandrama et a imposé à son agresseur 22 ans de prison. Mais pour les proches de la victime, cette sentence est loin d’être satisfaisante. Au lieu de calmer leur douleur, elle ne fait que la raviver, clame Anita.

 

Pour sa famille et elle, Chandrama n’a pas obtenu justice. Chandrama, si aimante, si généreuse avec son entourage, comme la décrit Anita qui vit désormais avec sa sœur et ses neveux. Chandrama qui jouissait d’une très bonne santé malgré son âge et semblait bien partie pour vivre encore bien des années auprès des siens. «Li ti trouv kler pli byen ki mwa mo dir ou», dit Anita avec un petit rire où perce une profonde douleur. Cette douleur qui est sa compagne et celle de sa famille depuis ce 22 avril 2013.

 


 

Suresh, le père du condamné : «Nous sommes choqués»

 

Le père de Suraj Cheetamun ne mâche pas ses mots. Le verdict condamnant son fils à 22 ans de prison pour viol et agression mortelle lui reste en travers de la gorge. «Nous trouvons cela injuste et exagéré. Comment quelqu’un qui a pleinement collaboré avec la police et qui a plaidé coupable a pu obtenir une peine aussi lourde ? Nous sommes sous le choc. Il a également présenté des excuses à la famille de la victime. Il a cru qu’il allait écoper de 8 ans de prison», déclare Suresh Cheetamun.

 

Suresh assure que son fils lui a dit à maintes reprises qu’il n’avait pas commis cet acte horrible et qu’il ne comprend pas comment il a pu plaider coupable dans cette affaire. Me Deepak Rutnah, avocat de Suraj Cheetamun, avance, pour sa part, que plusieurs éléments importants n’ont pas été pris en considération dans cette affaire. «Il est encore trop tôt pour les divulguer. Nous avons encore quelques jours pour décider de la marche à suivre. Je ne peux rien vous dire de plus pour le moment.»

 

Suraj Cheetamun n’a jamais eu la réputation d’être un enfant de chœur. Dans son village, il est connu pour collectionner les frasques dont des délits de vol et de voyeurisme. Son père Suresh souligne qu’il a pris de mauvaises habitudes et est devenu violent à l’adolescence en raison de son penchant pour la bouteille.