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Keshava Appadoo, fauché mortellement à 27 ans | Tanuja : «C’est horrible de perdre un second fils tragiquement»

Ravin et Tanuja Appadoo ont perdu un premier fils Kusha en 2014.

Elle n’avait pas encore fait le deuil d’un premier enfant, Kusha, emporté il y a presque quatre ans par une tumeur. Aujourd’hui, elle vient de perdre un deuxième enfant, Keshava, 27 ans, mortellement fauché par une voiture. Témoignage d’une maman dévastée…

Sa douleur est palpable. Assise sur sa terrasse, à L’Espérance, Piton, vêtue d’une robe noire, Tanuja Appadoo dégage une incroyable tristesse. Mais elle ne pleure pas et ne pleurera pas durant tout le temps que durera notre rencontre. Elle raconte la tragédie de sa vie avec la dignité et la profondeur d’une personne qui n’a que trop connu la souffrance. Cette maman vient de perdre un deuxième fils en l’espace d’un peu moins de quatre ans.

 

Son aîné Keshava Appadoo, 27 ans, est décédé dans des circonstances tragiques, vers 5h15, le dimanche 3 décembre 2017. La moto qu’il conduisait a été heurtée par une Jaguar à la hauteur de la rue Forbach, à Cottage. Il est mort sur le coup, alors que son passager, Natraj Bhojraz, 37 ans, a été blessé. Le conducteur de la voiture, Veer Luchoomun, a été testé positif à l’alcotest et inculpé provisoirement d’homicide involontaire (voir hors-texte).

 

Pour Tanuja, son époux Ravin, et leur benjamin Javish, le monde s’est écroulé une deuxième fois. La famille ne s’était pas encore relevé de la mort du cadet, qu’un nouveau drame vient les anéantir de nouveau. «Kusha est décédé en février 2014, à 20 ans, des suites d’une tumeur. Il a lutté contre la maladie durant des années. Même si c’était très dur, je m’attendais à ce qu’il me quitte un jour. Mais pour Keshava, c’est différent car je ne m’y attendais pas du tout. Lorsque son corps a franchi le seuil de notre maison pour les obsèques, je me suis dit que cela ne pouvait pas être mon fils. Il était méconnaissable. Je ne l’avais pas laissé comme ça la veille», confie cette maman, accablée par la douleur. Elle poursuit, en  essayant de ne pas craquer : «Après le décès de son frère, Keshava avait promis d’être là pour que le benjamin de la famille, Jayish, ne manque jamais de rien. Aujourd’hui, mon plus jeune fils se retrouve seul.»

 

Submergée par le chagrin, Tanuja évoque cette relation sans égale qu’elle avait avec Kishana. «C’était mon aîné ; mon premier  enfant. La sensation d’être mère, je l’ai ressentie pour la première fois avec lui. Maintenant qu’il n’est plus là, c’est comme si on m’avait arraché une partie de moi. Il me consultait pour chaque chose. Que ce soit pour me dire ce qu’il voulait pour le dîner ou pour les vêtements qu’il devait porter. Nous étions une famille vraiment soudée. C’était un fils à  maman, un enfant gâté.»

 

Le choc

 

Et là, alors que les fêtes  approchent à grands pas et que cette famille s’apprêtait à vivre, avec plus ou moins de gaieté, malgré l’absence douloureuse de Kusha, ces moments où les foyers vibrent d’une joyeuse énergie, la tragédie est venue frapper à leur porte en ce premier dimanche de décembre. La veille, Tanuja et Ravin Appadoo, les parents de la victime, s’étaient rendus à un mariage. C’était la dernière fois qu’ils voyaient leur fils vivant.

 

Keshava, de son côté, avait prévu de sortir passer cette soirée du samedi avec ses amis. «Je m’attendais à ce qu’il rentre sain et sauf, le lendemain matin, comme à chaque fois qu’il sortait», souligne sa mère.

 

Mais le lendemain matin, elle a appris que son fils avait été victime d’un accident de la route. «On ne m’avait pas encore annoncé son décès. J’ai fait le tour des hôpitaux pour savoir ce qui s’était passé. On m’a laissé tourner en rond. Ce n’est que quand je suis rentrée à la maison et que j’ai vu que mes proches avaient commencé à monter une tente que j’ai compris ce qui s’était passé. Vous imaginez le choc pour une maman d’apprendre la mort de son fils de cette façon!»

 

«Pourquoi lui ?» n’arrête pas de se demander Tanuja depuis la fin aussi brutale que tragique de son aîné. Il était jeune, ambitieux, avait autant de projets pour son avenir que ses parents en avaient pour lui. Mais surtout, il était en pleine forme et débordait d’énergie. Keshava gagnait sa vie en travaillant comme soudeur avec son oncle. Il comptait notamment officialiser sa relation avec sa petite amie et la présenter à ses proches dans les semaines à venir. Ses parents, quant à eux, souhaitaient mettre leur maison à son nom pour qu’il ne manque de rien à l’avenir. Autant de beaux projets qui ne verront pas le jour maintenant que le jeune homme est parti.

 

La famille craint un «cover-up»

 

Bouleversés, les Appadoo le sont complètement. Mais c’est aussi la rage qui prend le dessus lorsqu’ils repensent aux circonstances dans lesquelles Keshava a trouvé la mort. S’ils ne disent rien à l’encontre du conducteur Veer Luchoomun, connu pour être le frère de la Private Parliamentary Secretary Sandhya Bhoygah et le neveu de la ministre Leela Devi Dookun-Luchoomun, ils ne cachent pas leur colère envers des policiers chargés de cette enquête. Ils craignent une tentative de cover-up de leur part. Vinod Appadoo, l’oncle de Keshava, s’était rendu sur les lieux du drame, dimanche après-midi. Et selon lui, il y aurait eu des manquements quant à la manière dont le road marking a été fait.

 

«Nous ne montrons du doigt aucun politicien ni aucune connexion politique dans cette affaire, que ce soit clair. C’est la manière de faire de la police qui nous pose problème. Le sergent s’étant rendu sur place n’avait fait que le marquage de trois roues sur l’asphalte, alors qu’il n’en manquait aucune au véhicule. Nous ne voulons pas que la police fasse croire que c’est parce que la voiture a perdu une roue que l’accident s’est produit. Lorsque nous nous sommes adressés au sergent ayant fait le road marking, il nous a dit dans un premier temps, qu’il n’y avait que trois roues, avant de changer de version. Nous lançons un appel au commissaire de police pour qu’il fasse en sorte que l’enquête soit orientée comme il faut», lance Vinod Appadoo.

 

Les proches de Keshava se sont d’ailleurs rendus au poste de police pour consigner une Precautionary Measure et ont retenu les services de Me Deepak Rutnah pour les assister juridiquement. Sollicitée, une source policière nous assure que,«même si seulement deux ou trois roues sont tracées, sur le plan qui sera présenté en cour figureront les quatre roues. Dans le cas de l’accident de Keshava, la roue avant du côté gauche du véhicule n’avait pas pu être marquée parce que le coolant du radiateur s’était éparpillée sur l’asphalte».

 

Le conducteur Veer Luchoomun donne sa version des faits

 

Il nie toute tentative d’entraver l’enquête policière concernant cet accident. C’était à sa sortie du tribunal de Pamplemousses, le lundi 4 décembre où Veer Luchoomun a été inculpé provisoirement pour homicide involontaire, et a payé une caution de Rs 12 000 pour retrouver la liberté conditionnelle. Il a aussi déclaré être «désolé», et, a présenté ses «sincères sympathies à la famille».

 

Après l’accident, il avait été admis dans une clinique, arguant qu’il ne se sentait pas bien. Selon la police, l’alcotest réalisé sur lui a révélé qu’il avait 63 microgrammes d’alcool dans le sang, alors que la limite autorisée est de 23 microgrammes. Le patron de la maison de jeux Baron Games, situé à Rivière-du-Rempart, a participé à une reconstitution des faits, le vendredi 8 décembre, sur les lieux de l’accident. Il était accompagné des officiers du poste de police de Piton et de son homme de loi, Me Steven Sauhoboa. Il a déclaré aux enquêteurs qu’il n’avait pas vu la moto, car Keshava ne portait pas de gilet et qu’il s’est rendu compte qu’il avait heurté quelque chose uniquement lorsque l’airbag s’était déclenché. Il aurait alors arrêté son véhicule quelques mètres plus loin avant de réaliser qu’il avait heurté une moto. Une explication qui ne convainc pas la famille de Keshava qui estime qu’à 05h15, il faisait déjà jour.

 

Période festive : la police renforce les contrôles

 

Durant la période des fêtes, environ 400 officiers de police supplémentaires seront déployés sur nos routes pour veiller à ce que les usagers de la route ne commettent pas d’infraction. Ainsi, la Traffic Branch Unit travaillera de concert avec l’Emergency Response Service, le Divisional Support Unit, la Special Mobile Force et la Special Support Unit pour assurer la sécurité du public. Suspension du permis ou cellule de dégrisement : les usagers de la route risquent gros s’ils sont pris dans les filets de la police lors de ses multiples crackdown operations. Le taux d’alcoolémie autorisé pour le conducteur est de 50 mg d’alcool par 100 ml de sang ou 23 microgrammes d’alcool par 100 ml d’air expiré ou 67 mg d’alcool par 100 ml d’urine. C’est soit l’équivalent d’une petite «tote»  de boisson forte (rhum, whisky ou cognac), ou 3/4 d’une bouteille de bière (1 1/2 en chopine ou 1 1/2 en canette) ou un verre de vin. Toutefois, il est vivement déconseillé aux conducteurs de prendre le volant, même s’ils n’ont consommé que très peu d’alcool. D’autres facteurs comme – le poids l’état de santé, le sexe, la fatigue, et, le fait qu’il soit un buveur régulier ou pas – peuvent avoir une influence sur les vigilances et sur les résultats des tests.

 

Statistiques : 2017, la plus meurtrière de ces cinq dernières années

 

L’hécatombe se poursuit sur nos routes malgré les nombreuses initiatives prises par le ministère des Infrastructures publiques, les services de police et les médias pour sensibiliser le public. Alors qu’au cours de l’année 2016, 144 personnes avaient perdu la vie dans des accidents, ce chiffre a été largement dépassé cette année avec 152 victimes à déplorer au 8 décembre, soit avant même que 2017 n’arrive à son terme. Ce qui fait de cette année la plus meurtrière des cinq précedentes. Les victimes les plus vulnérables sont les motocyclistes, avec 51 personnes tuées. Il en était de même l’an dernier à pareille époque, avec 53 motocyclistes tués. Ils sont suivis de près par les piétons, avec 47 morts au 8 décembre 2017. Alors que l’année dernière, à la même date, 40 piétons avaient perdu la vie sur nos routes. D’après le rapport de la Police Road Safety Unit (PRSU), le plus grand nombre d’accidents survient entre 18 heures et minuit, la plupart durant les week-ends.