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Mélanie Vigier de Latour-Bérenger (psychosociologue) : «Nous sommes confrontés à plusieurs situations où des mineurs sont impliqués dans des agressions sexuelles»

Le monde observe, le dimanche 19 novembre, la Journée mondiale de la prévention des abus sexuels sur les enfants, et le lundi 20 novembre est la Journée internationale des droits de l’enfant. Pendant deux jours nos enfants seront au cœur des débats. La parole à Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, psychosociologue et membre du Kolektif Drwa Zenfant Morisien, qui nous donne son avis d’experte sur la réalité des jeunes Mauriciens. 

Le Kolektif Drwa Zenfant Morisien (KDZM) organise une formation avec le Dr Samuel Lemitre, pour une meilleure prise en charge des mineurs, auteurs d’abus sexuels. Pourquoi une telle initiative ?

 

Sur le terrain, nous sommes confrontés à plusieurs situations, où des mineurs sont impliqués dans des agressions sexuelles commises sur mineurs. Dans le cadre de la Journée internationale des droits de l’enfant, le 20 novembre, et au vu des récentes agressions sexuelles commises par des mineurs, relatées dans la presse, sans citer celles non signalées, le Kolektif Drwa Zanfan Morisien (KDZM) a initié cette formation en partenariat avec la Fondation Joseph Lagesse et le groupe Veranda Resorts. Cette formation sur la prise en charge des mineurs, auteurs de violence sexuelle, sera assurée par Dr Samuel Lemitre, docteur en psychologie, psychothérapeute et président de EIDO, Centre de soin des traumatismes et des violences à Paris. Il a travaillé pendant plus de 15 ans auprès des mineurs auteurs et victimes d’agressions sexuelles et a créé, à Paris, un centre de soin spécialisé dans le traitement des traumatismes et des violences familiales. Il a aussi travaillé dans le service du Dr Roland Coutanceau, psychiatre expert spécialisé dans l’approche en criminologie clinique. Roland Coutanceau a notamment contribué à la mise en place, en France, du suivi socio-judiciaire des délinquants sexuels et à l’opérationnalisation clinique des obligations de soins pour les pédocriminels, sous-main de justice. Cette obligation de suivi socio-judiciaire, de surveillance et d’assistance, fonctionne depuis 1998, en France, pour tous les auteurs d’agressions sexuelles.

 

Comment cette formation pourra-t-elle aider ? 

 

Le Dr Lemitre a développé à La Réunion un partenariat avec plusieurs institutions et services de soin : Cellule d’urgence médico-psychologique, Centre ressource pour les professionnels intervenant auprès des auteurs d’agression sexuelle, services associatifs et universitaires. Il intervient notamment dans le cadre du Diplôme universitaire de psychotraumatologie de l’Université de La Réunion. Il vient pour assurer trois jours de formation : deux jours aux membres d’ONG, du secteur éducatif et officiers impliqués dans la protection de l’enfance. Puis une journée aux professionnels de la santé mentale : psychologues, counsellors et thérapeutes. Cette formation permettra de mieux comprendre cette problématique et d’outiller les professionnels impliqués dans la protection de l’enfance pour améliorer la prise en charge de ces mineurs, auteurs de violence sexuelle. étape très importante car une bonne prise en charge des mineurs, auteurs de violences sexuelles, diminue les risques de récidive et augmente la protection d’éventuelles victimes.

 

 

Quelle est l’importance de la Journée internationale des droits de l’enfant ?

 

Cette journée de commémoration est importante car elle attire notre attention sur la question des droits de l’enfant. Mais elle ne devrait pas être célébrée juste pendant une journée dans l’année car les principes fondamentaux, les 54 articles de la Convention à peine mentionnés, seraient aussi vite oubliés. L’enfant est trop précieux ! Il est en construction et représente, à Maurice, environ ¼ de notre population. C’est eux qui seront responsables de diriger notre pays dans quelques années.

 

Où se situe Maurice par rapport aux droits des enfants ?

 

Quelques pas ont été faits, et cela est très positif mais d’immenses efforts restent à faire ! La violence envers les enfants est encore omniprésente dans les familles et les institutions : écoles, shelters, etc. La prise en charge des enfants victimes de violence psychologique, physique et sexuelle ; des enfants auteurs de violence, des enfants impliqués dans les abus de substance illicite et ayant des problèmes de santé tels que le diabète, des enfants handicapés physiques ou mentaux, doit être revue et améliorée. Des enfants exclus du système scolaire ou faisant face à de grandes lacunes sont encore très nombreux. Nous avons encore beaucoup de progrès à faire dans le respect des aspects suivants de la Convention des droits de l’enfant : donner la parole aux enfants, les impliquer dans les décisions les concernant, leur donner le droit à l’expression et à l’apprentissage dans leur langue maternelle, le droit de participer aux activités sportives et artistiques, un système d’adoption se basant sur la Convention de La Haye … Un respect réel de ces droits à travers ces aspects sont requis ! La prise de conscience et les efforts à faire sont encore considérables.

 

On est donc sur la bonne voie ?  

 

Ratifier la Convention a, certes, été un pas important pour Maurice mais cela ne suffit pas. Il faut la vivre ! Rien que dans le budget, quelle place a eu l’enfant de la République de Maurice, cette année ? Et combien le font ressortir ? Trop peu nombreux sont ceux qui se soucient réellement des enfants de la République.

 

Ces derniers temps, il y a eu des cas d’agression sexuelle commis par des enfants. Quel est votre avis de psychosociologue sur le sujet ?

 

Une agression sexuelle sur quatre sur mineur est commise par un mineur, selon le rapport de l’Association mémoire traumatique et victimologie, avec le soutien de l’Unicef France, publié, en mars 2015. Ce chiffre s’approcherait plutôt de 1/3 selon Dr Lemitre, en 2016. Ces chiffres sont une indication mais l’ampleur de la problématique des violences sexuelles est sous-estimée. De multiples cas ne sont pas signalés par tabou, par peur (de ne pas être cru, de briser la famille, des menaces faites par l’auteur ou la famille, etc.), par honte, pression sociale, protection de l’auteur des agressions, déni, méconnaissance, sensation d’être pris au piège, etc. Les chiffres des cas signalés ne reflètent pas la réalité car on est dans l’under reporting. Par contre, que le nombre de signalements augmente est une avancée positive car tout acte sexuel commis sur un enfant est de l’ordre du délit et du crime. Et ces actes sont de moins en moins acceptés et de plus en plus dénoncés.

 

Comment opère le Kolektif Drwa Zanfan Morisien ?

 

Le KDZM a pour vision «Une société qui vit le respect des droits de l’enfant». Pour mission : «Un collectif d’ONG et de citoyens engagés qui mobilise la société au respect de la Convention universelle des droits de l’enfant par la conscientisation, la formation et le plaidoyer.» Et ses valeurs : Persistance, Engagement, Intégrité, Respect, Indépendance.

Des activités de plaidoyer, des recommandations à diverses instances de protection de l’enfance, des formations proposées aux membres et autres ONG ainsi que des formations pour mieux sensibiliser et outiller la population mauricienne, etc., sont des activités menées par le KDZM et ses membres. Avec le soutien de plusieurs précieux partenaires.

 

Zoom

 

Le KDZM est constitué d’institutions, d’ONG et de membres individuels : ANFEN, Autisme Maurice, Caritas, Chrysalide, CUT, l’équipe de Discipline de Psychologie de l’ICJM,  Kinouété, TIPA, T1 Diam’s. Membres individuels : Martine Lassémillante, Marie-Laure Ziss-Phokeer, Isabelle David-Philippe et Mélanie Vigier de Latour-Bérenger.

 

Deux journées internationales et des activités

 

Dans le cadre de la Journée mondiale pour prévention des abus envers les enfants qui est observée aujourd’hui et la Journée Internationale des droits de l’enfant le 20 novembre, l’Ombudsperson pour les enfants Rita Venkatasamy a établi un programme d’activités. Elle sera à l’écoute de 22 enfants victimes d’abus sexuels et les recevra à déjeuner dans un hôtel. Le lendemain, elle adressera une lettre de sensibilisation aux organismes publics et privés. Une excursion, le même jour dans le bus de l’amitié est aussi prévue. L’objectif de cette activité est de permettre aux participants de mieux connaître les droits de l’enfant tout en se baladant dans le bus de l’amitié.