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Diksha Beeharry : «Il ne faut pas seulement dire que le harcèlement de rue existe, il faut aussi le condamner»

C’est le combat d’un groupe de jeunes femmes contre le harcèlement de rue. Réunies au sein de l’association Mafubo Mauritius, elles initient une campagne qui commence le 25 novembre. Elles invitent les jeunes femmes à venir raconter leurs mauvaises expériences. Parole à Diksha Beeharry, présidente fondatrice de cette association.

Pouvez-vous nous parler de votre engagement ? 

 

Depuis mon adolescence, j’ai compris qu’il existe une inégalité flagrante entre les gens en général mais surtout entre les riches et les pauvres. Cette inégalité résulte principalement du manque d’opportunités et/ou d’une accessibilité limitée aux opportunités pour les gens qui vivent dans la pauvreté. J’ai également pris conscience du fait que beaucoup plus de femmes sont dans cette situation de précarité pour plusieurs raisons : la société impose un fardeau plus lourd aux femmes ; elles sont moins habilitées à acquérir une autonomisation financière. Elles sont aussi souvent victimes de violence liée au genre et ont moins l’occasion de décider de leur sort. 

 

Quelle est l’idée derrière la création de Mafubo Mauritius ?

 

L’idée est de créer une association féminine pour les femmes, avec des jeunes femmes dynamiques. Mafubo est un mot qui provient de la culture rwandaise et qui, en gros, signifie «une femme ayant beaucoup de compassion envers une autre femme». Mafubo désigne une amie en qui on se confie sans filet et sans retenue. La vision et la mission de la Fédération Mafubo Internationale m’apparaissaient tout à fait adaptées aux besoins des femmes dans la société mauricienne. J’ai alors décidé de fonder Mafubo à Maurice pour venir en aide aux femmes et aux filles qui sont dans le besoin, et devenir une Mafubo pour la femme mauricienne. Comme on le dit souvent, «quand on rêve seul, cela reste un rêve, mais lorsque l’on rêve ensemble, c’est le début de la réalité»

 

C’est ainsi que j’ai commencé à parler de ce rêve et que j’ai eu la chance et le privilège d’avoir le soutien inlassable d’un groupe de filles dynamiques, toutes avec des personnalités différentes mais qui ont la même conviction et la même passion d’œuvrer pour ce rêve et pour le faire devenir une réalité dans le pays. Mafubo Mauritius a été fondée en mai 2016. Aujourd’hui, nous sommes huit sur le board. C’est un groupe dynamique et chacun apporte sa pierre à l’édifice. 

 

Pouvez-vous nous parler de votre expérience en Afrique du Sud ?

 

En 2015, j’accomplissais en Afrique du Sud, à Cape Town, un stage de volontariat au Women’s Legal Centre (WLC). Il s’agit d’une ONG qui fournit des conseils juridiques gratuitement aux femmes. Durant mon passage en Afrique du Sud, j’ai eu le plaisir de rencontrer Monique Mujawamariya, la fondatrice de la Fédération Mafubo Internationale, à l’occasion d’un dîner de levée de fonds pour cette association. J’ai été tout de suite inspirée par sa passion et sa conviction à défendre les intérêts de la femme africaine.

 

Des organisations qui militent pour la femme, il y en a beaucoup. Quel est votre petit truc en plus ?

 

Il y a déjà beaucoup de travail qui se fait. De nombreuses associations font un très bon travail en ce qu’il s’agit des droits de la femme et de l’égalité. Comme pour tout le monde, on s’attaque au même problème. Mais on essaie de venir de l’avant avec des petites choses pour faire évoluer les mentalités. 

 

C’est-à-dire ?

 

Par exemple, on commence bientôt une campagne contre le harcèlement de rue. C’est un problème que connaissent beaucoup de femmes à Maurice. On commence donc la campagne en ligne le 25 novembre. On invite ainsi les femmes à venir, à travers des témoignages, nous raconter leurs mauvaises expériences. 

 

Pourquoi une telle campagne ?

 

Nous avons été plusieurs, au sein de l’association, à avoir été victimes de ces personnes qui nous interpellent dans la rue quand on marche ou quand on est au volant. Cela peut être des interpellations qui mettent mal à l’aise dans les rues, dans les endroits publics, dans les autobus. On siffle, on nous demande notre numéro de téléphone. On ressent aussi ces regards qui vous déshabillent et qui sont normalisés. Et c’est quelque chose de constant et cela affecte beaucoup de femmes à Maurice au quotidien. 

 

C’est dérangeant parce que cela nuit à  notre autonomisation, notre sécurité ou encore notre liberté de circuler, de marcher. J’ai plusieurs amies qui voyagent en autobus et qui se sentent mal à l’aise lorsqu’elles sont victimes de ces agissements. Il y a toujours des regards, des commentaires. On pense aussi que cette façon de faire par certains hommes peut déboucher sur la violence. Ils croient que tout est permis et n’ont ainsi pas peur de franchir certaines limites. Ce harcèlement joue sur la psychologie des femmes qui ne se sentent pas en liberté dans notre société. 

 

Comment la campagne va-t-elle se faire ? 

 

On va commencer sur Facebook, le 25 novembre. Il faudra suivre la page Mafubo Mauritius. Cela va cadrer avec la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. On va recueillir des témoignages et les publier par la suite. Le but est d’ouvrir les yeux des femmes dans le même sillage que la vague #metoo ou #balancetonporc. Au fil du temps, le harcèlement de rue a été tellement normalisé que certaines personnes ne réalisent pas que ce n’est absolument pas normal, qu’il ne faut pas le tolérer et qu’il faut surtout stopper et condamner cela. 

 

Dans un second temps, on voudrait s’engager dans une campagne de proximité et aller dans plusieurs régions pour conscientiser plus de femmes et de personnes en général. Cela peut mener à une réflexion qui peut déboucher sur un projet de loi contre cette pratique. En France, par exemple, il y a actuellement une discussion pour arriver à une loi contre le harcèlement de rue. 

 

Bio express

 

Diksha Beeharry, 26 ans, est une défenseuse des droits de l’homme et a été nommée meilleure déléguée à la conférence Model United Nations. Barrister-at-Law au Royaume-Uni, cette avocate a fait du bénévolat en tant que chercheuse juridique au Women’s Legal Centre, une ONG en Afrique du Sud qui offre des conseils juridiques gratuits aux femmes. En 2015, Diksha a fondé Mafubo Mauritius, une filiale locale de la Fédération Mafubo Internationale. Elle agit en tant que présidente. Diksha fait partie de ceux qui ont participé au Mandela Washington Fellowship de cette année.