• Keshava Appadoo, fauché mortellement à 27 ans | Tanuja : «C’est horrible de perdre un second fils tragiquement»
  • Salaire minimum : Les syndicats applaudissent le gouvernement
  • Lorianne Nadal : Une International Beauty Queen
  • #POURCEUXQUIRESTENT | Carenne Mikale-Legrand : Au nom de son frère Christian
  • Ajegee Vythilingum : «Ma belle histoire d’amitié avec Johnny Halliday»
  • Fukrey Returns : Quatre idiots face à une femme bandit
  • Le Musée des Merveilles : Destins croisés
  • Coco : le guitar hero morbide
  • Nouvelle force ou épiphénomène ?
  • COSAFA U-20 Challenge Cup : Jason Ferré désigné capitaine

Grève de la faim des «cleaners» : Le combat de ces femmes en quête de dignité

Face aux revendications des femmes cleaners, le gouvernement campe sur ses positions et refuse d’accéder à leur requête. Alors que les négociations n’ont rien donné, la mobilisation, malgré la désillusion, s’intensifie au jardin de la Compagnie, où se tient la grève de la faim.

Dans leurs yeux, la tristesse, le désespoir, la colère. Claudette Gaffoor, Dharmantee Boodram, Mireille Sandarum, Aartee Nawoor et Sangeeta Devi Samonokho sont allongées, le regard perdu et fatigué. Après six jours à ne rien manger, leur corps, épuisé, ne répond plus. Depuis le lundi 16 octobre, ces femmes cleaners dans des écoles primaires et secondaires, qui dénoncent depuis 2014 un salaire dérisoire de Rs 1 500 par mois, ont entamé une grève de la faim au jardin de la Compagnie, réclamant un meilleur traitement au niveau de leur rémunération et de leurs conditions de travail. 

 

À leurs côtés, les syndicalistes Jane Raggoo et Reaz Chuttoo de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), qui les accompagnent dans ce mouvement de grève, sont tout aussi affaiblis. Se lancer dans une grève de la faim, souligne Jane Raggoo, demande du courage et beaucoup de sacrifices, mais la souffrance de ces dames est une cause juste. Autour : de  nombreux syndicalistes venus les soutenir et plusieurs autres femmes faisant partie de ces 333 Cleaners qui réclament une meilleure considération de la part du gouvernement. Tout ce qu’elles demandent, c’est que la décision prise dans la réunion du 28 août, en présence des représentants des différents ministères, de régulariser la situation de toutes les femmes cleaners avec un salaire de Rs 8 500, soit respectée. «Arrêtez de vous sauver devant votre responsabilité. Respectez votre engagement !»

 

Cette grève, disent-elles, elles auraient préféré l’éviter mais face au manque de considération et d’écoute de la part des autorités, c’était pour elles le seul recours. Un choix difficile mais nécessaire. À travers cette action de protestation, elles espéraient un heureux dénouement qui mettrait fin à leur calvaire. Un espoir qui s’est toutefois évanoui le vendredi 20 octobre après la réunion entre les représentants du ministère du Travail et le comité de soutien aux grévistes. 

 

Une rencontre qui n’a rien donné et qui, au lieu d’apaiser leurs souffrances, a suscité désillusion et révolte. À bout de force, elles s’accrochent malgré tout à  l’espoir que leur voix soit enfin entendue. Mais à vrai dire, la déception a pris le dessus. «Nous attendions une bonne nouvelle mais ils nous ont une fois de plus ignorées. La ministre est incapable de comprendre notre souffrance. Nous avons quitté nos familles pour venir mener ce combat. Nous devons le gagner», confie Dharmantee Boodram, 47 ans et cleaner dans une école de Rivière-du-Rempart depuis sept ans. 

 

«Paie dérisoire»

 

Claudette Gaffoor, 56 ans et mère de deux enfants, a, elle, du mal à cacher sa colère. Quatre ans, confie-t-elle, qu’elle et ses amies mènent, avec l’aide de la CTSP, un combat incessant pour que leur salaire soit revu. Si cette cleaner d’une école de Port-Louis s’attendait à une victoire à l’issue de cette réunion, elle a vite déchanté. «Leela Devi Dookun n’a pas l’amour d’une femme en elle. Pas une fois, elle n’est venue nous voir. Ni elle, ni son Premier ministre. Ce n’est pas un gouvernement mais une bande de vipères»,s’insurge-t-elle. Quant aux critiques qui disent que ces femmes perçoivent plus que Rs 1 500, Claudette Gaffoor les balaie d’un revers de la main. «Vous croyez vraiment que si nous touchions Rs 10 000par mois, nous serions là ? Allez vérifier nos fiches de paie et nos comptes bancaires.» 

 

À cette accusation, Reeaz Chuttoo a une explication. «C’est quand elles cumulent le travail de deux cleanersqu’elles touchent Rs 3 000. Quoi qu’il en soit, est-ce que c’est acceptable de gagner une paie aussi dérisoire ?» C’est pour dénoncer cette injustice, dit-il, que la CTSP a décidé d’accompagner depuis 2014 ces femmes cleaners qui ne demandent qu’à pouvoir vivre décemment. Près d’une semaine après le début de la grève, le syndicaliste se dit fort moralement malgré l’épuisement physique qu’il ressent. «Nous demandons un minimum de dialogue et de respect. Au lieu de ça, ils courent voir le dernier avion d’Air Mauritius. Ce n’est pas possible qu’en 2017, des employés touchent un tel salaire sans contrat de travail, sans boni de fin d’année, sans compensation salariale. C’est un problème national.»

 

Ses larmes, Sangeeta Devi Samonokho a du mal à les retenir. Cleaner depuis huit ans dans une école à Tyack, elle pense à sa famille, à ses deux enfants qu’elle a laissés à la maison pour venir se battre pour un salaire acceptable. «Je suis tellement fatiguée. Je n’ai plus de courage.» Lundi, elle fêtera, confie-t-elle d’une voix à peine audible, ses 55 ans. Pourra-t-elle seulement célébrer cet anniversaire ? Sera-t-elle à la maison avec les siens d’ici là ? Sangeeta n’en sait rien. Elle qui attendait beaucoup de la réunion de vendredi est désespérée. «Je pensais vraiment que le gouvernement allait trouver une solution pour nous soulager. Je ne comprends pas ce qu’ils veulent faire avec nous. Ne sommes-nous pas des humains ? N’avons-nous pas des droits ?»

 

Ne pas lâcher et être solidaire… Jane Raggoo y croit dur comme fer. Même anéantie par la fatigue, la syndicaliste se force à ne pas désespérer au nom de ces femmes qui militent pour leurs droits. Autour d’elle, toute la mobilisation qui s’est organisée la pousse à ne pas baisser les bras. «Je suis contente de voir cette solidarité et cette unité. Alors que le gouvernement s’entête à agir de façon inhumaine.» Un reproche que ce gouvernement a souvent entendu dernièrement. 

 

Le gouvernement sourd aux revendications

 

Face à leur détresse, le gouvernement a décidé de camper sur sa position. Pour le Premier ministre, le gouvernement ne peut prendre sous sa responsabilité les cleaners qui travaillent pour des entreprises privées. C’est pourquoi il estime que cette grève de la faim ne mènera nulle part. Selon lui, ce sont les syndicalistes qui utilisent «ces pauvres employés» pour une action inutile. Étienne Sinatambou, porte-parole du gouvernement, est, lui, revenu à la charge en faisant une virulente sortie contre les grévistes. «C’est totalement faux de dire que les cleanersgagnent Rs 1 500. Certaines touchent Rs 10 000 par mois. Le gouvernement ne cèdera pas. Maintenant, il semblerait que tous ceux qui sont insatisfaits feront une grève de la faim.» 

 

Du côté du ministère de l’Éducation, il se murmure qu’on ne comprend pas pourquoi les critiques fusent de partout alors que le contentieux concerne le ministère du Travail avant tout. «Nous avons honoré notre engagement envers ceux qui étaient employés par la PTA mais ne pouvons pas le faire pour ceux qui travaillent pour les compagnies privées. Si la loi n’est pas respectée, c’est au ministère du Travail de step in», souligne une source.

 

Pourquoi elles se battent ? 

 

En 2014, 629 femmes qui travaillent comme cleaners dans des écoles font appel à la CTSP afin que leur salaire de Rs 1500 et leurs conditions de travail soient revus. En 2015, lors d’une rencontre avec Vishnu Lutchmeenaraidoo, alors ministre des Finances, l’assurance est donnée que celles touchant moins de Rs 2000 par mois percevront un salaire de Rs 8500, mais rien n’est fait. En août dernier, alors que les femmes cleaners s’apprêtent à se lancer dans une grève de la faim, une réunion en compagnie de divers représentants de ministères conclut à les employer comme General Workers avec un salaire de Rs 9000. Elle annule leur grève et attendent que cela se concrétise, en vain. 

 

299 femmes, qui nettoient les toilettes, de ces 629 finissent par être identifiées comme employées sous la Parent-Teacher Association (PTA) et le ministère décide d’augmenter leur salaire. Ainsi, 137 d’entre elles, qui avaient moins de 48 ans au moment de leur embauche, seront recrutées par le ministère de l’Éducation de façon permanente. Les 148 autres, qui ont plus de 48 ans, seront, elles, employées sur une base contractuelle. Les 14 cleaners restantes ayant plus de 65 ans bénéficieront par contre d’un gratuity équivalent à 15 jours par année de service. Par contre, les 333, qui s’occupent des cours, ne bénéficient pas du même traitement car le ministère estime qu’elles tombent sous la responsabilité des entreprises de nettoyage privées qui les emploient sous contrat. Une injustice selon les syndicats qui dénoncent un volte-face du gouvernement.   

 

La mobilisation des syndicats

 

Mobilisation et solidarité. La grève de la faim dans laquelle se sont lancés Jane Raggoo, Reaz Chuttoo et les autres femmes cleaners a rassemblé la classe syndicale. Au cours de ces derniers jours, les syndicalistes de tous bords se sont joints au comité de soutien aux grévistes afin d’apporter leur aide à la lutte. Alors que la réunion n’a rien donné, les syndicalistes ne comptent pas baisser les bras et ont donné rendez-vous aux Mauriciens pour une mobilisation aujourd’hui, dimanche 22 octobre, au Centre social Marie-Reine -de-la-Paix, à partir de 10 heures. 

 

Pour eux tous, il est impossible de rester les bras croisés. Si Atma Shanto a qualifié «cette grève de combat politique qui mérite une solution politique», Narendranath Gopee a, lui, lancé une mise en garde au gouvernement. «Ce qui se passe aura des conséquences sur les élections à venir.» Jack Bizlall espère, lui, voir le Premier ministre, les ministres des Finances, du Travail, de l’Education, de l’Intégration sociale et de l’Egalite du genre à une réunion sur le sort de ces femmes, ce lundi 23 octobre. À l’heure où nous mettions sous presse, la grève se poursuivait toujours à la lueur des bougies de ceux venus soutenir les grévistes.