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Mervin Aza et Paramasiven Samynaden : D’anciens champions contraints de dire adieu à leur passion

Il suffit souvent de quelques secondes d’inattention pour que toute une vie bascule. C’est le drame qu’ont vécu ces deux sportifs qui ont porté haut le quadricolore dans diverses compétitions. Mais au moment où leur carrière prenait l’ascenseur, celle-ci s’est brusquement arrêtée suite à un accident de la route. Ces anciens champions ont accepté de témoigner dans le cadre de la campagne #pourceuxquirestent, afin de sensibiliser le public aux conséquences d’un accident sur «ceux qui restent». Témoignages.

15 juillet 2006. Une date que l’ancien champion de boxe Mervin Aza ne pourra jamais effacer de samémoire. Ce jour-là, sa carrière s’est arrêtée subitement à cause d’un accident de la route. Si le jeune homme de 36 ans a été amputé de la jambe droite, les séquelles ne sont pas seulement physiques. Il y a aussi le regret, celui de ne plus pouvoir boxer. «Si je n’avais pas été victime de cet accident, je suis sûr que je serais allé beaucoup plus loin dans ma carrière», confie-t-il lorsque nous le rencontrons à son domicile, à Stanley, Rose-Hill. 

 

Ses combats, il ne les mène plus sur le ring mais dans sa vie de tous les jours. Car le fait de devoir se fixer une prothèse à cette jambe qui l’a autrefois aidé à remporter des médailles, trophées et autres titres, lui brise un peu plus le cœur au fur et à mesure que le temps passe. Ainsi que les souvenirs de cette époque où tout réussissait au pugiliste qui avait fait de sa passion son gagne-pain. 

 

Meilleur sportif de Beau-Bassin/Rose-Hill en 2002, médaillé d’or aux Jeux des îles de l’océan Indien à Maurice en 2003, médaillé de bronze aux Championnats d’Afrique au Maroc en 2004… Mervin Aza était promis à un bel avenir. Il avait même entamé une carrière professionnelle en France en 2005. Mais ses efforts et sacrifices sont tombés à l’eau le jour où sa moto est entrée en collision avec un van à hauteur de l’église Notre Dame de Lourdes. Conduit d’urgence à l’hôpital Victoria, à Candos, le verdict ne tarde pas à tomber : les blessures subies sont telles qu’il doit être amputé d’une jambe. «Je pensais que tout cela n’était qu’un cauchemar. Je n’imaginais pas que ma blessure était aussi grave.» 

 

Onze années se sont écoulées depuis. S’il admet être aujourd’hui un homme comblé – Mervin Aza est papa d’une petite fille de 10 ans –, il lui est difficile d’oublier ce passé où il brillait sur la scène sportive. Mais il n’en oublie pas pour autant l’avenir. C’est pourquoi il lance un appel au gouvernement afin de l’aider à trouver un emploi pour subvenir aux besoins de sa famille. «J’ai frappé à plusieurs portes depuis que je porte une prothèse et beaucoup de promesses d’emploi m’ont été faites. Mais personne n’est revenu vers moi. J’ai bien souvent baissé les bras. Une fois que vous n’êtes plus physiquement apte à faire la fierté de votre pays, on vous oublie.» 

 

Ce sentiment d’abandon, Paramasiven Samynaden l’éprouve aussi. Le 27 août 2015, la moto qu’il conduisait à Rivière-du-Rempart a été percutée par un camion. S’il a évité l’amputation de peu après son accident, il a tout de même subi une opération suite à laquelle il a perdu, en partie, l’usage de son pied gauche. Résultat, cet ancien coureur de fond se déplace aujourd’hui avec des béquilles. «Une greffe m’a donné la possibilité de ne pas perdre le pied gauche mais je ne peux plus poser le talon par terre. J’ai dû me faire à l’idée que je dois abandonner les courses. J’éprouve toujours des douleurs mais je tente tant bien que mal de retrouver une vie normale», confie le jeune homme de 28 ans.

 

Paramasiven Samynaden a remporté deux médailles d’argent sur 1 500 m aux Jeux des îles de 2011 aux Seychelles et de 2015 à La Réunion. Le spécialiste des longs parcours distance compte aussi plusieurs titres nationaux sur 800 m,
1 500 m et 5 000 m. Après ses études, il a décroché un poste de professeur d’éducation physique à la SSS de Bambous. Mais cet emploi, il a bien failli le perdre après son opération. «J’ai eu de la chance d’avoir bénéficié du soutien de mes collègues afin de surmonter cette épreuve.»

 

Plus qu’un passe temps

 

Aujourd’hui, Paramasiven Samynaden y travaille toujours, tout en gérant un club d’athlétisme au Gymkhana Club, à Vacoas, avec 40 élèves à sa charge. Mais pouvoir se retrouver sur une piste d’athlétisme et parcourir de longues distance lui manquent. Car cette discipline était plus que son passe-temps. «Courir me permettait d’oublier tous les soucis du quotidien», dit-il. Mais tout a changé suite à son accident. «Cela a été vraiment dur à vivre. Je suis reconnaissant de l’aide que m’a apporté Vivian Gungaram, secrétaire général du Comité olympique mauricien, afin de recueillir des fonds pour mon opération. Mais j’ai été choqué de voir que le ministère de la Jeunesse et des sports ne pouvait pas me venir en aide. Vous n’êtes apprécié que lorsque vous pouvez encore apporter quelque chose au ministère mais une fois votre carrière terminée, vous êtes vite oublié», se désole-t-il. 

 

Aujourd’hui, Mervin Aza et lui ne sont pas sous le feu des projecteurs pour leur performance sur le plan sportif mais pour le combat. Celui qu’ils mènent au nom de «ceux qui restent». Ceux qui subissent les séquelles physiques ou émotionnelles d’un accident de la route.