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Kinsley David : «Ayant fait l’expérience de violences domestiques, j’arrive à mieux comprendre…»

Kinsley David : «Ayant fait l’expérience de violences domestiques, j’arrive à mieux comprendre…»

Coordinateur administratif de l’association Passerelle qui aide les femmes et enfants victimes de violences domestiques, cet ex-journaliste nous parle de son travail au sein de l’ONG et de son passé, ayant lui-même vécu dans l’enfer de la violence domestique.

Vous dites avoir connu la violence domestique. Pouvez-vous nous raconter cette période de votre vie ?

 

Cela fait 16 ans que cette page de ma vie a été tournée. J’évite d’en parler, histoire de ne pas rouvrir certaines plaies. Toutefois, je suis heureux d’avoir survécu à tant de violences physiques et émotionnelles venant d’une personne qui avait la responsabilité d’assurer ma sécurité. Au fait, j’ai passé les premières années de ma vie avec un père violent et très colérique. Il exprimait sa colère avec des coups, des insultes et des mots humiliants. Ma mère était la principale cible de cette colère qui n’avait bien souvent pas de raison d’être. Cependant, elle s’efforçait à sauver un mariage dont les fondements étaient rongés par la violence, l’humiliation et les insultes incessantes. Malgré les agissements de mon père, ma mère s’est donné corps et âme pour permettre à mon frère et moi d’avoir une enfance normale. Et puis, en 2001, la page a été tournée. 

 

En quoi cela a-t-il changé votre vie ?

 

Vivre avec un père violent n’est certes pas normal mais ce n’est pas une fatalité. Des solutions existent. Il suffit parfois de prendre du recul et d’avancer. Personne n’est maître de notre vie à part nous. Ma mère, mon frère et moi, nous avons bénéficié du soutien indéfectible de nos proches et parents. Je suis conscient que tel n’est malheureusement pas le cas de toutes les victimes de violences domestiques. Cependant, il est parfois nécessaire de ne pas se laisser dominer par les émotions et de faire des choix rationnels. Ma mère a pris la décision de mettre un terme à son mariage en toute légalité et c’est grâce à cela qu’elle est toujours en vie aujourd’hui car les disputes et les actes de violence impactaient considérablement sur sa santé. Donc, je peux dire que sa décision a changé sa vie et la nôtre. Pendant les années suivant le divorce, nous avons repris goût à la vie et je peux dire que nous sommes aujourd’hui tous les trois très épanouis. Bien sûr, grandir avec un père violent n’est pas sans séquelles. Il m’arrive de temps en temps de ressentir un vide au fond de moi mais je finis à chaque fois par me ressaisir et apprécier la vie telle qu’elle est aujourd’hui. Les actions de mon père ont façonné ma personnalité. En grandissant, j’ai appris qu’il faut toujours se préparer au pire, et ce, dans tous les aspects de la vie. Je n’encourage pas le pessimisme mais j’estime que si on se prépare au pire, on s’évite bien des déceptions. 

 

Parlez-nous de l’association Passerelle et du rôle de l’association dans votre vie ?

 

L’association Passerelle a été créée en 2015. Nous avons pour objectif d’aider les femmes et enfants victimes de violences domestiques ou sans domicile fixe. Nous leur offrons un hébergement temporaire, un encadrement et un soutien intensif afin de favoriser leur insertion sociale. Nous assurons la gestion d’un centre de refuge et nous offrons un toit aux femmes et à leurs enfants. Elles sont nourries et ont un endroit sécurisé où dormir en attendant de trouver une solution à leurs divers problèmes. Nous avons une équipe de volontaires qui encadre et accompagne ces femmes et leurs enfants. Nous les aidons à trouver un travail afin de se remettre sur pied, nous entamons des démarches pour que leurs enfants poursuivent leur scolarité et nous leur offrons également un encadrement psychologique et légal. Depuis la création de l’association, nous avons accueilli et aidé plusieurs dizaines de femmes victimes de violences domestiques. Toutefois, nous avons aussi plusieurs demandes d’hébergement de femmes sans domicile fixe (SDF). Pour répondre à ces demandes, nous allons lancer prochainement un abri pour elles. Nous voulons également collaborer avec d’autres associations pour atteindre nos objectifs. 

 

Quel est votre rôle au sein de l’ONG ? 

 

En tant que coordinateur administratif, j’ai la responsabilité de veiller à la bonne gestion du centre. Après avoir fait l’expérience de violences domestiques, j’arrive à mieux comprendre la situation de ces femmes qui n’ont nulle part où aller. Ma mère, mon frère et moi, nous avons eu la chance d’avoir autour de nous une famille et des proches aimants. Ce n’est malheureusement pas le cas de beaucoup de victimes de violences domestiques. Ma contribution à Passerelle est une façon d’exprimer ma reconnaissance pour la chance que nous avons eue. 

 

Quel regard jetez-vous sur les actes de violences de ces derniers jours : des agressions dans des couples qui se terminent en drame, le dernier cas datant de la semaine dernière ?

 

Les autorités se basent souvent sur des chiffres pour affirmer que la violence domestique est en baisse. J’estime qu’un seul cas de violence domestique est toujours un cas de trop. Il est grand temps de trouver des solutions concrètes. Chaque personne doit assumer ses responsabilités. Nous ne pouvons pas tout mettre sur le dos des autorités. Chacun doit apporter sa pierre à l’édifice afin de construire une société où il fait bon vivre pour tout le monde. Par ailleurs, ces deux années dans le social m’ont permis d’arriver à la conclusion que certaines personnes sont parfois dans des situations difficiles parce qu’elles ont fait le mauvais choix et se sont laissé guider par leurs émotions. Il est parfois très important de prendre du recul pour avancer et pour ce faire, il convient de savoir prendre les bonnes décisions. 

 

Pourquoi les faits divers de ce genre continuent à occuper l’actualité malgré les campagnes de sensibilisation ?

 

Les campagnes de sensibilisation ne sont pas des solutions miracles. Il convient également de ne pas se précipiter dans le mariage ou dans la vie de couple si on ne se sent pas prêt. Il faut aussi bien réfléchir avant de concevoir un enfant. Si on n’est pas sûr d’avoir les capacités ou les moyens pour s’en occuper, mieux vaut s’abstenir. Beaucoup de gens se lancent à l’aveugle dans la vie de couple et finissent par se heurter à un mur. Il faut éviter de brûler les étapes de la vie car cela engendre bien souvent des frustrations que certains finissent par exprimer à travers la violence. Les autorités, le gouvernement, les médias et les citoyens doivent travailler de concert pour trouver des solutions durables contre les violences domestiques. Il est aussi grand temps d’introduire des programmes d’encadrement pour les hommes violents. 

 

Bio express

 

Kinsley David est détenteur d’une licence en Lettres modernes : «Je suis l’attaché de presse d’une société immobilière. J’ai commencé ma carrière professionnelle dans le professorat et j’ai eu la chance de travailler pendant cinq ans en tant que journaliste dans l’une des principales boîtes de presse de l’île. Je suis passionné de lecture et d’écriture. Je travaille actuellement sur un projet d’écriture qui me tient à cœur.»

 

Ma semaine d’actu

 

Quelle actualité locale a retenu votre attention ces derniers temps ?

 

Les actualités sont marquées par plusieurs polémiques. Il est très difficile de dire laquelle a vraiment retenu mon attention. Toutefois, je peux dire que les nouvelles de ces derniers jours m’ont permis de prendre conscience de l’importance de bien réfléchir avant d’exprimer le fond de sa pensée. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus dire que seule l’écriture reste et que les paroles s’envolent. Bien au contraire, il est plus que jamais nécessaire d’apprendre à s’exprimer avec respect. Les propos haineux ne peuvent que nuire à l’harmonie de la société. 

 

Et sur le plan international ?

 

La commémoration du 11 septembre retient toujours mon attention. Il s’agit d’un événement qui nous rappelle que les humains peuvent être les auteurs de la pire des cruautés. 

 

Que lisez-vous actuellement et pourquoi ?

 

La Proscrite de Davina Ittoo. C’est un roman qui décrit avec la plus grande sincérité le parcours d’une femme violentée et abusée.