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Safe Haven : La maison de la seconde chance

La directrice de Gender Links (Mauritius) se dit bénie de pouvoir mener une telle mission.

«Tout arrive pour une raison.» Anushka Virahsawmy en est convaincue. Gender Links a récemment ouvert une Halfway Home pour les jeunes filles rejetées par leur famille après leur passage dans les shelters et les centres de réhabilitation. Une maison où l’amour et la compréhension sont rois.

Parce qu’elles n’ont jamais su ce que voulait dire vivre dans un foyer. Parce qu’elles n’ont jamais eu de vie de famille. Parce qu’elles n’ont jamais été entourées de leurs proches. Parce qu’elles n’ont pas grandi dans un environnement d’amour, de paix et de sécurité. C’est pour ces raisons et bien plus encore que Gender Links a récemment ouvert Safe Haven, une Halfway Home destinée aux anciennes résidentes des shelters, du Rehabilitation Youth Center (RYC) ou encore du Correctional Youth Center (CYC), qui, à leur sortie, n’ont nulle part où aller. Comme un cocon qui protège et qui garde à l’abri des dangers, un endroit où on écoute, où on comprend et où on ne juge pas, cette maison, située au cœur d’un village de l’Ouest, a pour mission d’accueillir ces jeunes qui ont été, au cours de leur vie, blessées, maltraitées, abandonnées. Les accueillir non seulement pour leur offrir un toit mais aussi pour leur donner de l’amour, du soutien et un encadrement adéquat afin de préparer leur entrée dans le monde adulte et dans la société. 

 

Tout a commencé en février au terme d’une recherche initiée par Gender Links (Mauritius) sur la violence – une femme sur quatre est une victime contre un homme sur dix – et sur son impact sur la famille. «C’est un cercle vicieux fait de violence, de pauvreté, de drogue et d’autres fléaux, qui se répercute sur tous les membres de la famille et qui cause des dégâts énormes», souligne Anushka Virahsawmy, Country Manager de Gender Links (Mauritius). Forte de cette étude, l’équipe lance plusieurs projets dans différentes localités et arrive à toucher plus de 300 personnes, sauf que le constat est préoccupant. «Ces femmes nous disaient qu’elles avaient toujours connu la violence, qu’elles avaient grandi dans des foyers loin de leur famille, que leurs enfants eux-mêmes y étaient. Ça revenait beaucoup et ça a fait tilt dans notre tête. On a compris que le problème était grave et que ça avait fini par emmener un autre style de violence qui est d’abandonner son enfant dans un shelterou dans un autre centre parce qu’on n’arrive pas à s’en occuper.» 

 

Face à ce constat, Anushka Virahsawmy décide de ne pas rester les bras croisés. Avec Sheistah Bundhoo, Programme Officer, elle se met au travail. Il y a d’abord les shelters et le RYC, entre autres, qui ne peuvent pas garder les enfants après 18 ans. Une fois dehors, ces derniers n’ont nulle part où aller. Ils se retrouvent alors à la rue car leur famille ne veut plus entendre parler d’eux. Pour elle et son équipe, c’est le déclic. «Que faire avec eux après ? C’est l’âge où ils grandissent, où ils ont besoin de ce guide, de l’amour qu’ils n’ont jamais eu, où ils ont besoin d’être remis sur le droit chemin parce que durant toute leur vie, ils n’ont connu que le chaos», se demande Anushka Virahsawmy. 

 

Alors, pour venir en aide aux filles qui quittent les shelters et ne pas les laisser livrées à elles-mêmes, Gender Links imagine Safe Haven, une maison qui accueille ces jeunes pour une période d’un an maximum. Un temps de transition pendant lequel tout est mis en œuvre pour leur permettre de mieux intégrer la société après leur passage au Safe Haven. «Le besoin est là et nous avions l’espace, la volonté aussi. Je crois fermement qu’il n’y a pas de coïncidence et que toute chose arrive pour une raison. C’est une seconde chance que nous leur offrons.»

 

Faire bouger les choses

 

C’est donc plein d’espoir et d’envie de faire bouger les choses que Safe Haven, qui peut recueillir jusqu’à 10 bénéficiaires, a accueilli récemment sa première résidente. La maison, grande et ouverte sur une cour qui abritera bientôt un jardin, est agencée de manière à mettre à l’aise les pensionnaires. Le lounge est propice aux longues discussions et à la lecture. La cuisine et la salle à manger, tout en open space, facilitent des moments de partage et de bonheur. Avec la présence de deux coordinatrices 24h/24, les résidentes ne seront jamais seules. Mais plus important, tout est mis en œuvre pour qu’elles se sentent comme à la maison. «Nous serons toujours là pour nous assurer qu’elles ne manquent de rien. En ce moment, je vis sur place. On mange ensemble. Nous partageons des moments ensemble. Nous ferons tout pour qu’elles se sentent comme dans une famille ici, chose qu’elles n’ont pas connue avant.» 

 

D’ici quelques semaines, six nouvelles résidentes viendront rejoindre la famille du Safe Haven qui sera presqu’au complet. Outre le fait de leur offrir un endroit où dormir et où évoluer, l’équipe de Safe Haven travaillera sur la préparation de la sortie des résidentes et de leur vie hors de la maison. «Nous allons leur apprendre à vivre en famille, leur donner cet amour dont elles ont tant besoin. Nous allons travailler sur leur confiance en elles, sur leur objectif dans la vie, sur leur potentiel et leurs talents. Nous allons faire toutes les démarches pour leur carte d’identité, l’ouverture d’un compte bancaire et tout ce dont elles auront besoin. Nous allons leur apprendre à gérer un budget.» Elles bénéficieront de plusieurs formations allant de l’alphabétisation aux cours de coiffure et de cuisine afin de les armer pour leur sortie. «Nous allons contacter des entreprises pour qu’elles puissent bénéficier de stages», ajoute-t-elle. 

 

Pour mettre cette maison sur pied aussi rapidement, souligne Anushka Virahsawmy, Gender Links a pu compter sur le soutien de nombreuses entreprises et sur la générosité de plusieurs Mauriciens. «C’est une générosité extraordinaire. Pour les lits, les meubles, le linge de maison.» Une générosité qui continue, souligne-t-elle, pour soutenir l’action de Safe Haven, d’où son appel à l’aide. «Nous avons besoin du soutien des Mauriciens dans cette cause juste. Si vous souhaitez nous aider, appelez-nous au 5934 5787. Notre compte à la State Bank est aussi disponible. Le nom : Gender Links et le numéro : 62030100120406.» Car ces jeunes filles, dit-elle, ont non seulement besoin de cette maison mais aussi de l’encadrement et de l’amour qu’elles y recevront.