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20 ans de Friends in Hope : La nouvelle vie de Julianno Quatre-Bornes, schizophrène

Julianno Quatre-Bornes sourit désormais à la vie.

Alors que l’association qui s’occupe des personnes atteintes de maladies mentales célèbre ses 20 ans d’existence, un de ses bénéficiaires témoigne du changement qui s’est opéré dans sa vie grâce à l’aide et au soutien qu’il y a reçus.

Il y a dans ses yeux comme une petite lueur, une gentille espièglerie qui laisse deviner l’homme qu’il est. Dans la grande salle de Friends in Hope à Beau-Bassin, centre qui vient en aide, soutient et accompagne les personnes atteintes de maladies mentales et leurs familles, Julianno Quatre-Bornes prépare le 20e anniversaire de l’association, entouré de ses amis bénéficiaires. Son frère Manuel est aussi présent avec ses instruments de musique pour préparer un numéro qui sera présenté le mardi 5 septembre à l’occasion d’un grand déjeuner d’anniversaire. Parmi ses amis, l’homme de 44 ans tape des mains et des pieds sur la musique entraînante de la ravann, même s’il avoue que le séga n’est pas sa tasse de thé. «Moi, j’aime le hard rock, le métal. J’écoute Metallica, Nirvana, Pink Floyd mais aussi des chanteurs plus modernes comme Katy Perry, Taylor Swift et Ed Sheeran», lance-t-il avec enthousiasme, montrant avec fierté son bracelet de rockeur. 

 

Tantôt d’humeur taquine et joviale, tantôt calme, Julianno Quatre-Bornes n’a pas toujours pleinement conscience du monde qui l’entoure. Par contre, il sait qui il est et d’où il vient. Cette association, il la fréquente depuis 13 ans. Avec elle et les autres personnes qui, comme lui, souffrent de troubles mentaux, il a appris à connaître et à comprendre ce dont il est atteint et qui a transformé sa vie il y a une quinzaine d’années. C’est en noir et gris qu’il voyait la vie. Petit à petit, celui qui travaillait alors dans le vernissage de bois a commencé à se faire du mouron sans raison, à être constamment anxieux, à avoir du mal à dormir, à ne plus vouloir se lever de son lit le matin et à se renfermer sur lui-même. «Je ne me sentais pas bien dans ma peau, j’en avais marre de la vie. Je n’avais pas le moral. J’étais toujours inquiet sans vraiment savoir pourquoi.» 

 

Après consultation médicale, le diagnostic finit par tomber. Julianno Quatre-Bornes souffre de schizophrénie, un trouble psychiatrique qui affecte le comportement, la pensée, les sentiments ainsi que les émotions de la personne affectée. Un bilan qu’il a eu du mal à accepter. «Pour moi, je suis dépressif mais pas schizophrène. Je n’entends pas des voix mais c’est vrai que j’entends des bruits. Par exemple, j’entends du bruit dans la maison, j’entends mon frère qui se lève et qui va se brosser les dents mais quand je regarde, il n’y a rien.» Peu à peu, il s’isole. Sous l’effet des médicaments et des antidépresseurs, il perd la notion de ce qui l’entoure. 

 

Pris en charge par Friends in Hope en 2004, il bénéficie alors de soins et de programmes thérapeutiques qui incluent exercices, ateliers de thérapie individuelle ou de groupe. L’objectif ? Favoriser le travail de la mémoire, la cognition, la concentration et le sens de l’autonomie. Julianno y découvre le jardinage – sa passion –, le théâtre et le chant. «À chaque fête, c’est moi qui fait l’animation. J’aime beaucoup chanter, faire le show et faire rire les autres.» 

 

Aujourd’hui, Julianno se dit totalement conscient du chemin parcouru. Même s’il a tendance à ressentir les symptômes de la maladie lorsqu’il ne prend pas son traitement médical, il dit mener désormais une vie normale. Pour cause ! Lorsqu’il ne vient pas chez Friends in Hope pour son suivi, Julianno travaille comme jardinier deux fois par semaine chez deux particuliers et a été embauché pour nettoyer les tombes des anciens gouverneurs au cimetière de Réduit. Une activité qui lui permet, outre sa pension, de mener sa vie de façon indépendante. Il a retrouvé le moral mais aussi la joie de vivre. 

 

Son activité favorite ? Se rendre chez ses cousins à Flacq pour y passer quelques jours, signe qu’il a repris goût à la vie. Aujourd’hui, son message est limpide. «Il ne faut pas se casser la tête avec ce que disent les autres. Ils trouveront toujours un commentaire à faire. L’important, c’est d’en parler et de venir trouver de l’aide.» Après avoir été au plus bas, Julianno Quatre-Bornes voit désormais la vie du bon côté, persuadé que la maladie mentale n’est pas une fatalité.

 


 

Kaviraj, atteint de troubles psychiatriques : D’adhérent à stagiaire 

 

Il a repris goût à la vie. Kaviraj, la cinquantaine, a aujourd’hui le sentiment d’avoir repris sa vie en main et d’être stable psychologiquement. «Je faisais beaucoup de colère et j’entendais des voix mais grâce aux thérapies, je vais mieux.» Pendant longtemps, dit-il, il s’est senti incompris, rejeté, délaissé par sa famille et la société, qui portaient sur lui un regard lourd de jugement. Longtemps, confie Kaviraj, il a été en colère contre une société qui ne l’acceptait pas comme il était et qui faisait tout pour le mettre de côté. 

 

Et puis, les choses ont commencé à changer petit à petit, à partir du moment où il a commencé les thérapies chez Friends in Hope où il est bénéficiaire depuis plus de huit ans. Comme une porte qui s’est ouverte sur quelque chose de meilleure, sa famille et lui ont appris à connaître et à comprendre sa maladie. Raison pour laquelle aujourd’hui, il encourage ceux qui, comme lui, souffrent d’une maladie mentale à sortir de l’ombre. «N’ayez pas peur. Ça va vous aider.» 

 

Récemment, il est passé d’adhérent chez Friends in Hope à stagiaire. Depuis quelques mois, Kaviraj fait partie de l’équipe qui s’occupe de la librairie solidaire que l’association a ouverte à Beau-Bassin. S’il passe toutes ses journées entouré de ses amis de Friends in Hope, le mercredi, c’est lui le responsable de la librairie.«Je m’occupe des clients. Je les accueille et les conseille sur les livres. Il y a des romans, des polars, des livres pour enfants à petits prix. Pour moi, c’est une occupation et une responsabilité. Je me sens utile», confie-t-il. En effet, cette responsabilité est lourde de sens. Elle démontre la confiance placée en eux et appelle à une certaine autonomie de la personne. Pour Kaviraj, la progression ne fait pas de doute.

 


 

Des festivités hautes en couleur  

 

20 ans de combat, de plaidoyer, d’accompagnement et de conscientisation. Pour marquer cet anniversaire, Friends in Hope a prévu plusieurs activités. Tout commencera avec un grand déjeuner d’anniversaire le mardi 5 septembre, lors duquel les bénéficiaires feront eux-mêmes le show. Danse, chant, sketch et imitation sont au programme. L’association compte aussi bientôt organiser une marche de solidarité dans le cadre de la Journée mondiale de la santé mentale ainsi qu’une levée de fonds pour pouvoir aller encore plus loin dans son engagement. 

 

Natacha Sawoky (2e à gauche), responsable de Friends in Hope, entourée de son équipe.

 

Forte de son expérience, l’équipe de Friends in Hope est plus que jamais convaincue qu’il est important de toujours parler de la maladie mentale afin que les gens cessent de cacher cette réalité. Bien qu’on soit en 2017, souligne Natacha Sawoky, responsable de l’association, les Mauriciens ont toujours tendance à associer la maladie mentale à la folie. «Malheureusement, il y a toujours autant de jugements alors que ces personnes et leurs familles ont besoin de soutien.» Pour briser le tabou, dit-elle, il faut donc en parler encore et encore.