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Hausse du prix du pain ? | Les boulangers : pour un coup de… baguette

Ratna Neethooria n’a pas entendu parler de cette hausse.

L’association qui les représente demande une majoration du tarif. La raison ? Les prix des carburants ont pris l’ascenseur. Plongée dans le monde enfariné de ces professionnels.

Parfum de pain chaud. Estomac qui cherche diber ek so gato pima. Il est midi et des miettes, et ce n’est pas l’heure du repos pour – tous – les boulangers. À Rose-Belle, dans une petite fabrique de pain, ça carbure encore. Des dipin sortent du four, d’autres se dorent encore bien au chaud. Et après une matinée maussade, avec des crachats qui ont bien arrosé le Sud, la chaleur de la salle de cuisson fait un bien fou. À quelques pas de là, sur la route principale, dans une petite vitrine fermée, les miches de la Boulangerie Pain D’amour (how sweet !) sont vendues. Le patron, lui, est au four et au moulin. Et Youn Kong Ching Yan Win ne lâche pas le morceau (de pain ?). Les nuits sont longues. Les journées pas plus courtes : «Nous dormons parfois à peine trois heures.» Et le travail de boulanger, c’est comme une profession de foi. On doit tout lui donner (ou presque). 

 

Alors, le sympathique monsieur est pour une augmentation du prix du bread. Histoire de mettre un peu de beurre sur son toast, quoi ! Il y a quelques jours, l’Association des propriétaires de boulangeries a réclamé une hausse du tarif de leurs produits. La raison de ce mouvement ? La nouvelle hausse des prix des carburants, décidée par le Petroleum Pricing Committee. Pour l’instant, le ministre du Commerce, Ashit Gungah, a assuré que cette majoration n’aura pas lieu et il en a donné les raisons (voir hors-texte). Néanmoins, il s’est dit ouvert au dialogue : «Il se peut qu’il y ait des choses qu’on ne sait pas et vice versa.» Mais pas tous les employés de boulangerie sont au courant de cette demande de hausse. Parmi, Ratna Neethooria de la Pâtisserie et Boulangerie de Rose-Belle, qui fait la chef entre puits d’amour, feuilletés et autres gâteaux dits français en cette fin de matinée : «Klian pann dir nanye.» Elle n’est pas la seule. À Bambous et Vacoas, même son de cloche. 

 

«On ne dort plus»

 

Mais celui que toute la localité de Rose-Belle appelle Youn aurait bien quelques petites choses à dire au ministre. Pas grand-chose, bien sûr. Il est plutôt timide le boulanger, ancien pâtissier qui a repris le business de sa tante. Mais il a bien un ou deux petits points à éclaircir. D’abord, il rappellerait au ministre les longues heures de travail, l’entretien des machines, qui coûte cher – «Si une machine tombe en panne, on ne dort plus», explique-t-il –, les nouvelles technologies qu’il faut s’offrir, dont le prix n’a rien à voir avec celui d’un macatia coco, et le salaire des employés qu’il faut revoir à la hausse. Il lui parlerait aussi de ce prix du pain dérisoire : «Allez voir en France combien ça coûte !» En oubliant, un peu, qu’il n’est pas judicieux de comparer l’incomparable, non ? 

 

Plus loquace, un de ses zom l’est ; Jean-Pierre Yan, amoureux de la baguette, a le bagout facile. Il a le nez dans la farine depuis qu’il est tout petit. Et il le dit, sans détour : «Je suis un consommateur avant tout. Et je trouve que le prix du pain est dérisoire.» Il montre fièrement ses blessures de guerre : quelques brûlures au visage, qui témoignent de la dureté du métier. Raconte les anecdotes d’une vie qui n’est pas dipin diber : «Si on ne sert pas le pain à l’heure, on se fait insulter. Klian fer tapaz.» Se souvient de l’époque des fours qui roulaient au feu de bois. Enchaîne les arguments comme des petits pâtés pour une majoration : «Ce ne serait qu’une histoire de quelques sous mais ça ferait une sacrée différence pour nous.» Et estime que le prix du pain n’est «pas cher» : «Kuma dir pe donn kado.» Ah, l’énergique Jean-Pierre ! 

 

Une petite couche

 

À plusieurs kilomètres de là, le ton est plus posé. Plus féminin. Et le soleil brille. À la Boulangerie et Pâtisserie de Pamplemousses, c’est Patsy Jones qui est aux commandes. Si elle ne connaît pas le camarade Youn, elle avance les mêmes arguments. Et rajoute une petite couche : «Quand le prix de la levure a grimpé, nous n’avons rien dit.» Pour celle qui s’occupe, ce jour-là, de l’entreprise familiale (qui existe depuis les années 70), les dépenses des boulangers sont partis en… croissants. Mais le prix du pain, lui, n’a pas bougé (il y a eu une baisse de 10 sous après le discours budgétaire cette année). Et puis, il n’y a pas que les coûts des raw materials qu’il faut prendre en considération. Il y a l’humain aussi : «C’est un travail éreintant. Alors, il faut encourager, payer les salaires adéquats.» En prévision de la fête de l’Assomption, dit-elle, pour la préparation des fameux gâteaux Marie, il y a eu du pain sur la planche. Du travail à n’en plus finir : «C’est un travail difficile. D’ailleurs, on se demande si la prochaine génération sera d’accord de reprendre les rênes. Mais on préfère ne pas trop y penser.»

 

Question nouvelle génération, direction Palma, Quatre-Bornes. Derrière le comptoir de la Boulangerie La Ville des Fleurs, Seerooven Apavoo, 19 ans. Son père, le boulanger, est parti se reposer et lui s’occupe de la vente des baguettes. Une augmentation du prix du pain ? Il croit qu’elle est nécessaire. Pourquoi ? Comment ? Il ne saurait dire. Le paternel pourrait tout expliquer mais après avoir travaillé de 23 heures à 3 heures, il est parti se reposer. Ce sont ces horaires de folie qui inquiètent Seerooven : «C’est un métier d’avenir. Mais je ne sais pas si je vais m’y mettre. Je suis en mode réflexion.» Pour l’instant, il se plaît à servir, à partir de 9 heures, ses dipin maison, ses bananes, ses tartes, ses palmiers et… ses baguettes. 

 


 

Le ministre Ashit Gungah : «Ce n’est pas justifié»

 

Une majoration de 5 à 50 sous sur le prix du pain ? Absolument pas ! Le ministre du commerce, Ashit Gungah, est catégorique : le tarif de cet aliment de base pour les consommateurs ne bougera pas : «On ne peut lier l’augmentation des prix des carburants à celle du pain. Cette hausse serait injustifiée.» Surtout, rappelle-t-il, que, lors du dernier discours budgétaire, le prix de la farine a connu une baisse «importante». D’autres employés de son ministère avancent que les fours et autres appareils que les boulangers utilisent ne roulent plus au carburant. Avec les nouvelles technologies, c’est plutôt à l’électricité que carburent ces professionnels. Mais l’Association des propriétaires de boulangeries ne compte pas lâcher le morceau. Son comptable prépare actuellement des calculs pour les présenter au ministre.