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Sam Poongavanon : La nouvelle vie d’un ex-condamné à mort

Son épouse Tanjona l’épaule dans ses nouveaux projets.

Après sept années passées en tant qu’administrateur d’établissement en Afrique du Sud, l’ex-condamné à mort donne une nouvelle dimension à sa vie en revenant s’installer dans son île natale avec son épouse. Journaliste de formation, il anime aujourd’hui des conférences sur le développement personnel. Auteur de Condamné Amour, publié en 2003, il travaille actuellement sur un autre livre et milite pour la réhabilitation en milieu carcéral…

Comme un livre ouvert… on peut deviner son état d’esprit lorsqu’on voit son grand sourire. Heureux ? «Apaisé», souligne-t-il. Car un peu comme les livres plein d’intrigues, de suspenses et de rebondissements, sa vie, comme il aime lui-même le dire, s’apparente à un bouquin riche en histoires. Il y a eu les périodes sombres, les moments tragiques, les périodes de doute et aussi le désespoir… Mais il y a aussi eu des instants de bonheur. Comme ceux qu’il a choisi de venir écrire ici, dans son île natale, dans son village à l’Escalier.  Après sept ans passés à vivre «de belles aventures» en Afrique du Sud, il a décidé de venir donner une nouvelle dimension à son existence et d’écrire d’autres chapitres au livre de sa vie. 

 

Car à 62 ans, Sam Poongavanon, ex-enseignant, celui dont le nom est associé à un triste drame, «Le crime de Gros-Billot»,  est de retour au pays pour y rester. «Enfin !» lâche l’ex-condamné à mort, qui a été libéré le mardi 27 mars 2007. S’il a pris cette décision, c’est parce que, dit-il, c’est le moment :«La première chose que j’ai faite une fois dans l’île, c’est de me jeter dans les bras de ma mère Almel. Elle a toujours été un soutien pour moi. Si elle n’avait pas été là, ainsi que toute ma famille, je me serais effondré. Quand on est condamné à mort, on a besoin de savoir qu’on compte pour sa famille. C’est essentiel pour le support moral et mental… Quand je suis sorti, je n’avais plus de boulot, j’avais été lâché par beaucoup de mes amis et les membres de ma famille. Je n’avais que Rs 800. Si je n’avais pas eu mon entourage sur qui compter, mon retour à la vie normale aurait pu être difficile.» Si c’est pour ses proches, notamment pour sa mère, qui fêtera bientôt ses 83 ans, que Sam Poongavanon a choisi de revenir vivre dans son île natale, il ne cache pas que c’est aussi pour lui, pour son équilibre personnel, qu’il a pris cette décision : «Oui, j’ai eu droit à un nouveau départ dans la vie et j’en savoure aujourd’hui chaque minute avec gourmandise.»

 

Guidé par cette envie de toujours avancer, il veut aujourd’hui, précise-t-il, «aider et partager» ; se servir de son passé de prisonnier ayant connu le couloir de la mort pour parler de l’importance de la réinsertion en milieu carcéral. Puisque pour lui, son pays ne va pas très bien : «Mon île a bien changé. J’ai vécu pendant sept années en Afrique du Sud et, comme tout le monde le sait, l’insécurité y est un gros problème. Ce qui m’interpelle, c’est que je me suis rendu compte qu’il y a presque le même problème ici, dans mon île. Je ne suis pas là pour donner des leçons à qui que ce soit. J’observe, je vois et je constate. Et ce que je vois est triste : le taux de criminalité m’interpelle mais aussi le type de crimes commis. Ils sont atroces, choquants. »

 

Il le sait. Il aurait pu s’écrouler, sombrer, ne pas se relever. Personne, souligne-t-il, ne revient indemne de ce cauchemar où rôdait la mort : «J’ai passé cinq ans dans le couloir de la mort. Dans une cellule si minuscule où je n’avais vue que sur des murs. Je n’avais que 30 minutes le matin et 30 minutes l’après-midi pour voir le soleil. Pour le reste du temps, il y avait encore et encore ces murs. J’ai choisi de regarder au-delà de ces murs.» 

 

«J’ai choisi la vie»

 

Si au moment de sa libération, il y a 10 ans, les journaux disaient que pour lui «la vie recommençait à 52 ans», Sam Poongavanon aime à dire que sa vie a recommencé bien avant, quand il a compris qu’il devait croire en lui : «J’ai eu un sursaut un jour. J’avais deux choix : la mort et la vie. Et moi, j’ai choisi la vie.» C’est ainsi que ce curieux de tout, assoiffé de connaissances, décide de se tourner vers des études en journalisme. Il s’est «donné, accroché» pendant deux ans. «C’était des cours par correspondance avec une institution de France. À l’époque, il n’y avait pas encore d’Internet et je devais envoyer les devoirs et autres soumissions via la poste.» De cet épisode de sa vie, il s’arrête sur les soutiens qu’il a eus. Il cite là les «welfare officers» ou encore Finlay Salesse, alors rédacteur en chef de 5-Plus dimanche. «Il a publié mon premier texte. C’était un portrait.» Fort de son histoire, de son vécu, Sam Poongavanon n’a jamais cessé de crier haut et fort que la réhabilitation en prison est possible. «Je suis l’exemple même que la prison n’arrête pas la vie.» 

 

C’est pour cela qu’il n’arrête pas depuis de faire un plaidoyer pour la réhabilitation des prisonniers : «Si un prisonnier purge sa peine, s’il accepte son passé et choisit de prendre un nouveau chemin, il faut le lui permettre.» Pour lui, il est grand temps de définir tout un programme de réhabilitation. «Je ne prétends pas tout connaître ou venir tout chambouler. J’ai des idées et je voudrais bien les partager. Qui mieux qu’une personne qui a vécu dans ce système peut donner des idées ? Selon moi, les ‘‘prisons officers’’devraient suivre une formation pour devenir des ‘‘rehabilitation officers’’. Le but, c’est qu’ils accompagnent les détenus durant tout le temps que dure leur condamnation. Pour moi, l’objectif principal d’une peine de prison, c’est que la société puisse par la suite récupérer le détenu une fois que ce dernier a fini de purger sa peine. C’est l’essence même de la réhabilitation, qui va de pair avec la réinsertion.» 

 

Pour l’ex-condamné à mort, il s’agit de croire en soi, de confronter son passé et de prendre son destin en main. «Comme j’aime l’écriture et que je suis convaincu que ce métier est fait pour moi, j’ai décidé d’aller au bout du chemin que j’avais choisi d’emprunter. Je ne suis pas un héros, encore moins un fanatique. Je suis juste quelqu’un qui a connu le couloir de la mort, qui a choisi de prendre un chemin spirituel et qui veut aujourd’hui partager tout ce qu’il a vécu.» C’est après sa sortie de prison, en juin 2007, qu’il fonde Liberté Plus, un mensuel qui se veut spirituel et dans lequel il assure tous les postes ou presque : «J’étais rédacteur, correcteur… Bref, j’étais galvanisé car j’étais passionné.» Mais il ne cache pas avoir vite déchanté. «Comme j’étais diplômé et rédacteur en chef, j’ai voulu, comme tous les journalistes de l’île, être régularisé. J’ai alors fait une demande pour avoir une carte de presse mais on m’a fait comprendre que je n’étais pas éligible à cause de mon casier judiciaire.»

 

Il rencontre l'amour

 

La nouvelle est alors, pour lui, difficile à digérer. «J’ai connu la prison, j’ai connu le couloir de la mort, j’ai été libéré. J’ai choisi de reprendre un nouveau départ et de me donner les moyens d’y arriver mais ils ont choisi de ne pas m’aider.» S’il persévère malgré tout, Sam, à la suite d’une «belle rencontre», allait donner quelque temps plus tard une nouvelle dimension à sa vie. «Pour les besoins d’un article, je devais interviewer une personne de passage à Maurice. Et ce jour-là, à mon grand étonnement, je me suis retrouvé à la place de la personne interviewée. C’est après m’avoir écouté que mon invité m’a proposé de postuler pour un emploi en Afrique du Sud.» Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, c’est durant la même période, en 2008, qu’il rencontre Tanjona, celle qui allait devenir son épouse une année plus tard. «Si j’avais tiré un trait sur toute possibilité de refaire ma vie, un heureux coup du destin devait la mettre sur mon chemin. Dès que je l’ai vue, j’ai su qu’elle était la bonne personne pour moi.» Depuis, ils filent le parfait amour, se complètent, partagent les mêmes centres d’intérêt et cheminent, bien évidemment, spirituellement ensemble.  

 

En 2010, Sam – qui donne régulièrement des conférences en leadership, en life coaching et en développement personnel – et son épouse Tanjona mettent le cap sur le pays de Nelson Mandela. «J’ai pris de l’emploi comme administrateur de la William Carey School of World Mission à Durban. Pour moi, il y a la main de Dieu derrière cette nouvelle porte qui s’ouvrait à moi.» L’amoureux de l’écriture a écrit Condamné Amour en 2003, Enfance Brisée et autres nouvelles en 2005 et travaille sur un autre livre : The redemption of an ex-condemned man. Ilest venu ouvrir une nouvelle porte dans ce pays où il a tout connu : les bons comme les mauvais moments qui n’ont fait que l’aider à devenir l’homme qu’il n’avait jamais imaginé un jour pouvoir devenir…

 


 

Un triangle amoureux, un mort, une condamnation… 

 

Tout commence par une histoire d’amour. En 1984, Ponsamy Poongavanon, dit Sam, a la trentaine. Enseignant au secondaire, il s’occupe aussi d’une station-service à Terre-Rouge. Il sort à peine d’un divorce et sa fille Saradha a été confiée à son ex-épouse. Il tombe amoureux d’une infirmière de 19 ans qui deviendra sa maîtresse. Cette dernière voit toutefois quelqu’un d’autre aussi, un vétérinaire, marié et père de famille. Le lundi 21 octobre 1985, aux petites heures du matin, un habitant de Gros-Billot découvre le corps du vétérinaire dans sa voiture. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre : la victime a été abattue d’un coup de balle à la tête. Au cours du même après-midi, la police procède à l’arrestation de Ponsamy Poongavanon. La femme, au centre du triangle amoureux, accuse aussi Sam d’être l’assassin. Celui-ci est condamné à mort le 27 mars 1987. Il passe cinq ans dans le couloir de la mort avant de voir, en 1992, sa peine commuée, suite à une grâce présidentielle, en 20 ans de prison sans rémission. Il sera libéré le mardi 27 mars 2007.