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Will Fly : L’éducation, bouclier contre la pauvreté

Marie-Anne Lagane (à l’extrême gauche) compte sur ses bénévoles pour donner  le meilleur aux enfants.

Il y a dix ans naissait, dans la cour de l’église Saint Augustin à Rivière-Noire, Will Fly, une association qui soutient et accompagne les enfants issus des poches de pauvreté des environs à travers l’éducation. L’objectif : les équiper pour l’avenir.

Du haut de ses 15 ans, Julianna est bien consciente du monde qui l’entoure. Malgré son jeune âge, elle sait d’où elle vient et où elle va. «Je veux devenir avocate.» Voilà son rêve pour elle, pour sa famille, pour sa maman et pour son endroit. Née dans une famille très modeste de Rivière-Noire, elle a toujours vécu dans des conditions compliquées. Avec son frère et sa sœur, ils sont trois à vivre avec leur mère Franchine Favori depuis la séparation de leurs parents. Tous dépendent du salaire de femme de ménage de la maman pour pouvoir vivre. Malgré les coups durs, il est rare que Julianna rate un jour d’école. D’ailleurs, dit-elle, sa maman a toujours insisté sur l’importance d’apprendre pour réussir là où elle, elle a échoué. 

 

C’est comme ça que l’adolescente a développé cette soif de connaissance. Et voir la fierté dans les yeux de sa mère lorsqu’elle lui ramène les meilleures notes la pousse à aller toujours et encore plus loin. Tous les jours après l’école, c’est dans la cour de l’église Saint-Augustin qu’elle va rejoindre le groupe d’accompagnement scolaire. Actuellement en Form V à la Quatre-Bornes SSS, elle y fait ses devoirs, révise et prépare ses examens, entourée de volontaires qui viennent donner un coup de main aux enfants de Will Fly, association qui a pour mission d’accompagner et de guider les enfants issus des poches de pauvreté de Rivière-Noire à travers l’éducation. 

 

Son frère et sa sœur ne sont jamais bien loin. Tout comme Franchine qui, après le travail, vient donner un coup de main à l’association en préparant le goûter pour les 135 bénéficiaires qu’elle accueille. La vie pour elle et ses enfants, confie-t-elle, est loin d’être facile, mais ils s’accrochent en espérant un meilleur lendemain. «Je n’ai jamais pu faire d’études. Je me suis arrêtée au CPE par manque de moyens. Aujourd’hui, tous les efforts que je fais, c’est pour mes enfants, pour qu’ils puissent étudier et devenir quelqu’un dans la vie.» Lorsqu’elle voit Julianna le nez plongé dans ses livres, l’espoir l’envahit. Franchine n’a qu’un rêve : voir ses enfants réussir. 

 

Et plus il y a des Julianna, plus le pari est gagné, déclare Marie-Anne Lagane, cofondatrice et responsable de cette ONG. Lorsque Will Fly voit le jour il y a dix ans, l’objectif est de donner aux enfants issus des milieux vulnérables de la localité une chance de s’en sortir à travers l’éducation. «Lorsqu’ils sont arrivés, ils n’étaient pas des élèves mais des petits adultes avec des soucis de grands. Ils ne s’inquiétaient pas de l’école, mais de l’endroit où ils allaient dormir, de ce qu’ils allaient pouvoir manger, de la violence dans laquelle ils peuvent vivre», confie Marie-Anne Lagane. À l’époque, le constat est effrayant. La majorité de ces enfants ne savent ni lire ni écrire, copient tout ce qui n’est pas bon pour eux et sont loin de se soucier de l’école. Chez Will Fly, confie Marie-Anne Lagane, la liberté d’être est primordiale. «Nous les acceptons comme ils sont avec leurs qualités, leurs faiblesses, leurs blessures.»

 

La première chose à faire était donc de leur apprendre à redevenir des enfants avec des soucis d’enfants et à les transformer en «une éponge qui absorbe tout ce qui est bon pour eux», souligne Marie-Anne Lagane. Car, dit-elle, ce n’est pas le potentiel qui manque. «Il a fallu les poser, les remettre dans leurs souliers d’enfants, les libérer petit à petit. Souvent, un enfant peut travailler super bien, mais il est incapable de se concentrer en raison de ce qui se passe chez lui.» 

 

Développer leur potentiel

 

Dans ces cas-là, les faire évoluer dans un environnement sain et propice à leur développement, leur redonner confiance et assurance pour qu’ils puissent croire en eux et développer au mieux leur potentiel sont essentiels. Mais au-delà du volet académique, pilier de l’association, la notion de faire d’eux des adultes responsables de demain est tout aussi importante, souligne la responsable de l’ONG. «Nous voulons leur apprendre à s’en sortir par eux-mêmes bien sûr, à travers l’éducation, mais aussi à travers la résilience et l’humilité.»

 

C’est justement cet accompagnement qu’offre Will Fly. Pour mieux soutenir les petits et les adolescents, Marie-Anne Lagane s’est entourée de plusieurs volontaires qui, plusieurs fois par semaine, viennent leur donner un coup de main. Parmi eux, Shivani Rajkomar, chargée de cours à l’université, et sa cousine Sadhvi Bunjun, jeune médecin. Si les deux jeunes femmes ont découvert l’association par hasard, leur engagement s’est fait tout naturellement. 

 

«Quand nous avons vu les enfants, nous avons immédiatement été touchées et nous nous sommes dit qu’à notre niveau nous pouvions aider des enfants qui, contrairement à d’autres, ne sont pas si privilégiés»,confie Shivani. Cette dernière, spécialisée dans la littérature postcoloniale, entend bien partager les fondamentaux de sa langue favorite : l’anglais. Et il faut dire que la réaction des enfants a été surprenante : «Ils sont tellement enthousiastes. Ils veulent apprendre, ils ont cette soif de connaissance. Ces enfants ont besoin de modèles, de confiance, d’accompagnement, d’amour.»

 

Marie-Claude et Marinette, deux autres bénévoles, s’occupent des plus petits. Avec eux, elles revoient la base. «Bien qu’ils soient en cinquième ou sixième, beaucoup ne savent pas écrire. Il faut donc tout recommencer à zéro», lance l’une d’entre elles. Activités et jeux ludiques sont là pour ça. Autant de choses qui épousent la philosophie de Will Fly :offrir ce qu’il y a de meilleur pour qu’ils aspirent à ce qu’il y a de mieux.