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Éboueur et fier de l’être

Ils garantissent propreté et hygiène dans les quatre coins du pays. Souvent dans l’ombre, les éboueurs ont néanmoins un rôle important dans notre société. Un métier difficile et qui demande beaucoup de courage.

7heures. Un brin de pluie, un petit vent de fraîcheur et la rosée du matin. Alors que les rayons du soleil ont du mal à percer le ciel gris, Cassis s’éveille doucement. Dans les rues, les plus matinaux prennent le chemin du travail et quelques voitures font le va-et-vient, allant vers la capitale ou en venant. C’est à cette heure que le travail bat son plein pour l’équipe d’éboueurs de la municipalité de Port-Louis, basée dans cette localité. Vêtus de leur combinaison, munis de leurs gants et de leurs bottes, ils sont une petite dizaine à s’infiltrer dans chaque ruelle, chaque impasse pour vider les poubelles des habitants, balayer les rues, nettoyer les drains et arracher les mauvaises herbes. Leur mission ? Collecter les ordures. Mais leur travail va bien au-delà de ça. L’éboueur est un maillon important de notre société car il contribue au bien-être de la population mais aussi à la préservation de l’environnement en laissant villes et villages propres. 

 

Pourtant, dans la conscience collective, le métier de ramasseur d’ordures est souvent mal considéré. S’il fallait, par exemple, le situer dans un classement, il se retrouverait certainement dans les dernières places. Il n’y a pas de sot métier mais il y a une réalité qui ne ment pas. La majorité, si ce n’est la totalité, de ceux qui font ce travail ont quitté les bancs de l’école très jeunes et n’ont pu, à cause de leur manque de qualifications, espérer mieux. Obtenir un job dans le gouvernement, peu importe lequel, était pour beaucoup d’entre eux la seule priorité. Donc, bien souvent devenir éboueur n’était pas un choix mais une obligation. Même s’il existe des exceptions.

 

Le regard des autres a souvent pesé lourd sur les épaules de Kevin Leveille, 25 ans. Cela fait huit mois qu’il nettoie les rues de Cassis. Au début, dit-il, il se cachait du regard et des commentaires des autres. «Lorsque des amis passaient dans le bus et que moi, je balayais le chemin, je me cachais pour qu’ils ne me voient pas. J’avais honte de faire ce travail.» Musicien dans le groupe d’Alain Ramanisum, il aurait préféré vivre de son art mais c’est, dit-il, peine perdue. Alors, pour gagner sa vie suite au décès de sa mère, il s’est décidé à trouver un travail fixe. Si, au départ, ramasser les ordures des autres était pour lui un monde totalement inconnu, le jeune homme a, au fil des mois, appris à connaître son métier et à faire avec. 

 

Chaque jour, il est debout avant l’aube et prend son service avant que la ville ne se réveille. Avec ses collègues, il vide les poubelles et ramène toutes les ordures en bordure de la route principale. Il les chargera ensuite à bord du camion lorsque celui passera un peu plus tard. Entouré de ses collègues qui ont beaucoup plus d’expérience que lui, Kevin a, petit à petit, oublié ce sentiment de honte qui lui collait à la peau. Il est même content d’avoir un travail qui lui apporte la sécurité et lui permet de vivre en parallèle sa plus grande passion : la musique. 

 

«Saleté, saleté»

 

Il faut dire que l’amour avec lequel Deven Gobardhun, 52 ans, s’exprime lorsqu’il s’agit de parler de son travail est presque contagieux. Contrairement aux autres, ce père de famille a toujours voulu devenir éboueur. «Saleté, saleté», crie-t-il pour annoncer sa venue lorsqu’il passe dans les ruelles. «Quand j’étais petit, je les regardais passer. Je voulais moi aussi prendre un balai et nettoyer le chemin. Je voulais travailler dans ce camion», confie celui qui est devenu éboueur il y a une quinzaine d’années. Entre-temps, la pluie s’est intensifiée mais cela ne semble nullement déranger Deven qui reste concentré.  

 

S’il a toujours eu le sens du travail bien fait et qu’il a depuis le départ été fier de son travail d’éboueur, il ne cache pas que ce n’est pas toujours évident. Malgré les gants de protection, tripoter dans les poubelles des autres, dit-il, n’est pas une partie de plaisir. Il y a d’abord cette forte odeur nauséabonde, les déchets qui deviennent pourriture, les couches et les serviettes hygiéniques sales que les gens jettent, dit-il, n’importe comment. Il y a aussi les chiens et les chats morts qui sont laissés en état de décomposition dans les poubelles. «Les gens jettent tout et n’importe comment. En période de fin d’année, c’est pire. Frigos, télés, meubles et autres sont mis de côté comme si de rien n’était. Les gens pensent que vous êtes obligés de les ramasser parce que vous n’êtes qu’un ramasseur d’ordures.» 

 

Si, selon lui, les Mauriciens doivent faire plus d’efforts pour garder leur environnement propre, certains doivent aussi changer leur attitude envers ceux qui enlèvent leurs saletés. «Certains vous regardent de haut et pensent que, parce que vous ramassez leurs ordures, vous êtes aussi de la saleté, sans se rendre compte que c’est grâce à nous que leur endroit n’est pas un dépotoir. Vous leur dites bonjour et ils ne vous répondent pas comme si vous n’existiez pas.» Heureusement, poursuit Deven, les gens bienveillants et gentils sont tout aussi nombreux et certains n’hésitent pas à faire un brin de causette. 

 

Balai à la main, Marian Sivalingum s’attèle au nettoyage de la route principale après avoir vidé toutes les poubelles de la rue qu’il est chargé de nettoyer. Ses sacs ont été empilés non loin et tous attendent que le camion arrive pour le charger. Lui aussi connaît bien la réalité du terrain. Éboueur depuis 1977, il est aujourd’hui âgé de 63 ans et ne compte pas prendre sa retraite tout de suite. «C’est un travail hardet si vous êtes de nature délicate, ce sera difficile mais on s’y fait vite.»

 

Pour autant, il n’a jamais eu honte. «Quand vous travaillez de manière honnête pour prendre soin de votre famille, il n’y a pas de honte à avoir.» Ce qui a fait pencher la balance pour lui, comme pour beaucoup, c’est la sécurité qu’on a en tant qu’employé du gouvernement. «Les horaires sont aussi intéressants. Vous commencez tôt mais à 11 heures, vous avez fini et vous avez votre journée.» Cependant, avoue-t-il, prendre soin de sa famille et élever ses enfants avec un salaire d’éboueur a souvent été compliqué, surtout lorsque les enfants étaient petits. Il lui a fallu faire beaucoup de sacrifices et prendre un autre job après ses heures de travail pour pouvoir joindre les deux bouts, une vérité pour beaucoup d’éboueurs. 

 

Heureusement, ce métier offre aussi des possibilités d’évolution. Lindsay Cooshna en est la preuve. Avant, il accumulait les petits jobs mais la perspective de devenir fonctionnaire l’a convaincu de postuler comme éboueur. «Pour la sécurité», dit-il. Après des années de service, il a été promu superviseur de la section 2 de Port-Louis. Depuis 12 ans, Lindsay Cooshna gère une équipe et doit s’assurer du bon fonctionnement du service de ramassage d’ordures dans sa section. L’amour pour son métier, dit-il, n’a fait que grandir au fil des années.