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Les tropiques de Nathacha Appanah

Les Chagos, la chanteuse Adèle, la jeunesse, tout y passe. L’auteure mauricienne, qui a reçu de nombreux prix littéraires pour son fameux Tropique de la violence (une incursion dans la jeunesse délaissée et violente de Mayotte), a passé un peu de temps dans l’île, le temps d’une conférence le jeudi 29 juin à l’Institut français de Maurice (IFM), d’une rencontre avec des élèves du QEC le vendredi 30 juin et d’un atelier avec des jeunes le samedi 1er juillet, toujours à l’IFM. Celle qui nous a aussi offert les très acclamés Le Dernier Frère, Les Rochers de Poudre d’Or, Blue Bay Palace et La noce d’Anna a papoté un peu avec nous.

Tropique de la violence a encore reçu un prix récemment : le prestigieux Prix Anna de Noailles (en plus du Premier Prix Femina des Lycéens en 2016, du Prix France Télévisions en 2017, du Prix Jean Amila-Meckert en 2017, entre autres). Vous n’avez pas envie de passer à autre chose après tout ça ?

 

Non, je n’en ai pas marre du tout (rires). Je dois dire que c’est assez exceptionnel qu’un livre ait une durée de vie aussi longue. Certaines choses ont un succès qui s’apparente à un feu de paille mais celle-ci dure dans le temps, le livre trouve toujours des lecteurs. Et non, je n’ai pas envie de passer à autre chose, au contraire, je trouve que c’est un vrai cadeau.

 

Justement, qu’en est-il de votre prochain roman ?

 

On va dire que j’ai un projet, une vague petite idée, mais j’ai pas mal d’autres choses en route. J’ai une traduction à terminer car entre deux livres, j’aime bien faire une traduction. C’est toujours un travail sur la langue, sur l’imaginaire, mais c’est différent. C’est une autre façon d’appréhender la fiction. Puis, j’ai été très sollicitée depuis septembre avec la sortie de Tropique de la violence, je suis allée dans des festivals, j’ai voyagé. Tout ça prend du temps et l’écriture a besoin de silence, de calme, en tout cas en ce qui me concerne.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre «vague petite idée» ?

 

Oh, c’est juste une vague idée, je ne sais même pas si cela va se concrétiser (sourire).

 

Qu’est-ce qui change pour un écrivain quand il reçoit autant de prix ?

 

C’est clair que ça donne un encouragement et une motivation. Et le dernier prix, celui d’Anna de Noailles, de l’Académie française, m’a beaucoup surpris.

 

Et vous, qu’est-ce que ça a changé pour vous ?

 

Dans ma vie, non, il n’y a pas eu de grands changements. Il y a eu une reconnaissance de mes pairs, des critiques, du public mais je n’oublie pas que ces choses-là passent. Ce ne sont pas des choses inscrites dans le marbre, qui sont dans la durée. Il faut être content de cela oui, mais ne pas se méprendre sur ce qu’est un prix littéraire. Ce n’est pas une fin en soi.

 

Votre conférence du jeudi 29 juin s’intitulait «Écrire pour dire le monde». Et vous, vous écrivez pour quoi ?

J’écris pour raconter des histoires. Des histoires qui peuvent être plus ou moins ancrées dans une actualité ou des histoires plus personnelles. En fait, c’est ça qui me plaît beaucoup : me dire que je peux raconter une histoire simple, sur une personne comme avec La noce d’Anna, ou raconter une histoire reliée à une actualité et/ou un pays. Mais pour moi, le travail est le même, sur les personnages, sur les voix…

 

Vous rencontrez beaucoup de jeunes lors de votre passage, à l’IFM pour l’Atelier d’écriture et avec les élèves du QEC, notamment. Pensez-vous que, par les temps qui courent, la littérature peut sauver la jeunesse ?

 

C’est un peu grand de dire ça. Ce n’est pas que ça qui va sauver la jeunesse. Mais c’est vrai que les livres, la lecture, la fiction, peuvent leur donner à voir ce qu’ils n’ont pas devant eux, et parfois même faire comprendre une situation personnelle. Parfois, on vit quelque chose et on lit un livre qui raconte la même chose. On a alors l’impression de mieux appréhender une situation qu’on n’arrivait pas à comprendre.

 

L’Assemblée générale des Nations Unies a voté une résolution pour rechercher l’avis de la Cour Internationale de Justice sur la souveraineté de la République de Maurice sur les Chagos. Qu’en pensez-vous, vous qui avez justement écrit sur les îles ?

 

C’est très bien mais ce n’est pas la fin. Il y a encore beaucoup de travail. Et c’est dans ce sens que j’aime beaucoup ce que fait Shenaz Patel. Même après son livre, elle continue à parler du sujet. Il faut continuer à se battre.

 

Et que faites-vous après votre passage chez nous ?

 

Je repars en France et je vais terminer la traduction française du livre Genie and Paul, de l’écrivaine d’origine mauricienne Natasha Soobramanien.

 

Portrait (à peu près) chinois…

 

Un livre que vous haïssez ?

Haïr… C’est un grand mot non ? (Elle réfléchit) En fait, je n’en ai pas. On va aller sur un livre que je trouve difficile, qui me tombe des mains et que j’essaie de finir. Hummm, Belle du Seigneur d’Albert Cohen.

 

Le film que vous avez vu récemment et que vous avez détesté ?

J’étais allé voir Aladin avec Kev Adams avec ma fille de 8 ans (rires). Elle m’a dit «mais c’est quoi ça ?».   

 

Un album d’artiste à nous conseiller ?

25 d’Adèle. J’ai tout aimé, la musique, les mots, la voix. Ses chansons peuvent s’écouter mais aussi se lire. C’est tellement bon.

 

Une chose que vous aimeriez changer en vous ?

Je me trouve trop sensible parfois. J’aimerais être plus endurcie.

 

Un objet qui ne vous quitte jamais ?

Mon alliance ! (rires) Et aussi un petit carnet où je prends des notes.

 

La personnalité avec qui vous aimeriez être coincée dans un ascenseur ?

Très intéressant ! Avec Adèle. Je serais en admiration totale devant elle. Ou encore avec l’écrivaine Annie Hernaux, que j’aime beaucoup. Non, le mieux, ce serait nous trois dans un ascenseur, ç’aurait été trop bien (rires).