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Ananda Devi : «On oublie trop vite les images des migrants…»

Une plume concernée. Le dernier ouvrage de l’auteure mauricienne, le recueil de poèmes Ceux du large, qui traite du sujet des réfugiés, est enfin disponible dans nos librairies. Sinon, Ananda Devi a bien voulu répondre à nos questions.

Qu’est-ce qui vous a amenée à écrire ce recueil ?  

 

Est-il encore possible aujourd’hui d’ignorer la tragédie qui a lieu sous nos yeux à chaque instant ? Est-il encore possible de dire que nous ne sommes pas concernés ? Ces frontières qui se figent, ces murs qui s’érigent, ces esprits qui se ferment contre l’autre, ce refus d’admettre que l’histoire qui a conduit à tant de flux migratoires est notre histoire à tous, ce sont là les raisons qui m’ont amenée à écrire sur les migrants. Notre passé à nous est aussi lié à de telles migrations avec nos ancêtres qui ont aussi traversé l’océan. 

 

Pourquoi de la poésie et pas un roman ou des nouvelles, par exemple ?

 

Je n’ai pas réfléchi à cela avant d’écrire. J’écris tel que cela me vient et parfois il s’agit de romans, parfois de nouvelles, parfois (moins souvent) de poésie. Je ne m’assieds pas devant mon ordinateur en me disant que je vais écrire de la poésie. En général, il s’agit d’une fulgurance, d’une nécessité. Tous les recueils de poésie que j’ai écrits (il y en a eu trois de publiés, mais j’en ai écrit d’autres) me sont parvenus en une seule longue suite. 

 

Et pourquoi en trois langues ?

 

Après avoir écrit ces poèmes en français, je me suis rendue aux États-Unis en septembre 2016 pour une tournée avec la publication de mon roman Eve de ses décombres en anglais. C’était en pleine campagne électorale américaine avec Trump qui parlait déjà de murs à bâtir et de fichage de musulmans. Je ne m’imaginais pas alors qu’il avait une chance d’être élu, mais j’ai eu envie de lire ces poèmes en public afin d’exprimer ce que je ressentais. J’ai donc commencé à les traduire en anglais. Une fois ce travail commencé, j’ai eu envie de le poursuivre. Les ayant écrits en français et en anglais, je me suis dit qu’il me fallait les partager de la manière la plus large possible et la décision de les réécrire en créole a été prise très naturellement. 

 

Quel a été votre premier contact avec le triste sort des réfugiés ?

 

Ce n’est pas une tragédie nouvelle. Elle a lieu depuis longtemps, mais il semble que le processus s’accélère. Les images sont frappantes, mais j’ai le sentiment qu’on oublie trop vite, ou alors que chacun s’immunise contre trop de violence en engourdissant les émotions que l’on peut ressentir. En Suisse, des associations de bénévoles travaillent pour aider les réfugiés à s’intégrer. J’ai une amie qui s’investit beaucoup dans cette action et c’est à travers elle que les réalités individuelles me sont apparues. 

 

Pensez-vous qu’un ouvrage comme le vôtre peut contribuer à changer leur condition ?

 

Non, je ne le crois pas. J’ai ressenti le besoin d’en parler, certes, mais ce qui peut vraiment aider, c’est le travail de ces bénévoles – très nombreux – qui s’engagent pour les soutenir. Je pense que les médias ne présentent qu’un aspect de cette problématique, et créent une psychose en ne disséminant que les informations les plus anxiogènes. La grande majorité des réfugiés ne cherchent qu’à s’intégrer et à se rendre utiles (…) C’est à nous de croire en eux.

 

La littérature et la poésie sont-elles des armes ou des moyens pour aider ces gens ?

 

La littérature peut offrir un autre point de vue, une autre voix que celle des politiques et des médias. Elle est un espace de réflexion, de partage, où les dérives identitaires n’ont pas lieu d’être. Dans un monde qui va très vite, où on ne prend pas le temps de réfléchir, où le tapage virtuel a assourdi la vérité, l’art reste le seul vrai lieu où l’on peut retrouver l’humain et le comprendre.

 

Votre prochain roman sort au début de l’année prochaine. De quoi parlera-t-il ?

 

Il s’agit de l’histoire d’une adolescente obèse. Je n’en dirai pas plus pour l’instant !