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À Vandermeersch : Instantanés d’une promenade

Yolen Capiron et Edline François

La légère brise fait parler les arbres. Des symphonies végétales qui prennent au cœur et caressent l'âme. Des mélodies empreintes de nostalgie, à écouter dans la douceur de l'ombre offerte par ces géants verts en un début de soirée étouffant. C'est là, à la promenade Roland Armand, que nous croisons des joggeurs, des promeneurs, des amoureux de la nature, en ce mercredi 14 février, aux alentours de 18 heures. Cet espace vert est en voie de disparition dans le cadre de la concrétisation du projet Metro Express. Et, s’ils sont nombreux à se mobiliser (voir hors-texte) pour sauvegarder cet espace de verdure – ainsi que le jardin Bijoux qui se trouve non loin –, la vie continue, tant que les beaux arbres sont là……

Du train au métro. Ses cheveux blancs attrapent les derniers rayons de soleil. Et forment un halo réconfortant. D'ailleurs, son sourire accompagne sa personnalité qu'on imagine lumineuse. Petits pas à petits pas, Yolen Capiron fait son footing du début de soirée à l'aide de sa canne et grâce au coup de pouce d'Edline François. C'est son rendez-vous quotidien : «Ça me permet de me dégourdir les jambes et ça m'aide à marcher, ce qui est de plus en plus difficile.» À bientôt 90 ans, elle parle avec tendresse de cette allée de verdure à laquelle elle s'est habituée : «C'est bien ici, tout le monde peut prendre l'air.» Pourtant, avant, raconte-t-elle, il y avait le chemin de fer là. Et pas beaucoup de maisons. Elle a connu cette époque où les trains passaient ici, puis le désordre qui a suivi l'arrêt de l'utilisation de ce moyen de transport à Maurice et, enfin, la création de la promenade. Sous ses yeux, les arbres ont grandi, ont pris racine et se sont enchaînés à l'histoire de cette route et de ses habitants : «J'espère que ce sera comme ça ici. Du chaos, on aura de belles choses. Je préfère penser positif.» Néanmoins, sans son bout de verdure, elle ne sait pas encore comment se passeront ses après-midi…

 

Une balade «ant kamarad». Des secrets partagés, des histoires contées. Quoi de mieux que la protection des branches lourdes pour se raconter et raconter sa vie. Et surtout pour profiter encore un peu d'un instant de verdure qui va s'effacer. Mehreen Dowlut, qui habite à Beau-Bassin, a invité son amie Nushreen Gowsee, qui vient de Pamplemousses, à découvrir son petit coin vert avant qu'il ne soit trop tard. «C'est la première fois qu'elle vient. Et aussi, du coup, la dernière», raconte Mehreen. La jeune femme va prendre des photos, immortaliser les images de ce paradis vert et avoir une pensée émue pour cet endroit qui lui a permis de «perdre du poids».

 

Moment de fraîcheur. Il revient de chez le médecin avec son fils. Et Imran Eydatoula ne peut pas s'empêcher d'emprunter cet espace de fraîcheur qu'il connaît bien. Jardinier, il travaille dans «de lakour» qui ne se trouvent pas très loin de là et s'offre souvent des moments de fraîcheur entre deux baz travay, assis sur un banc : «Mais ils ont retiré tous les bancs. C'est tellement triste. Pa kone kot pu ale aster.» Andrew René est aussi de cet avis. Lui, qui aime perdre des heures en communion avec la nature, regrettera la bouffée d'oxygène qu'il s'offre sur cette allée.

 

Au nom de notre fils. Petite marche en amoureux pour Tina et Nicolas Payendee. Prendre l'air le jour de la Saint-Valentin, c'est une bonne façon de célébrer l'amour ! Ces habitants de Vandermeersch empruntent la promenade au quotidien. «On passe toujours par là, pour aller au supermarché, pour se balader, ou pour faire du jogging», confie Nicolas. D’ailleurs, avec leur fils de 8 ans, c’est un moment précieux que de se retrouver à trois pour faire du sport : «On n'a pas besoin de s'inquiéter de la circulation et des bicyclettes, qui sont interdites ici. Notre fils est en sécurité et on peut courir tranquille.» Alors, la fin annoncée de ces instants en famille «fer leker fer mal».

 

Pour un jogging à l'ombre. Il vient là, tous les jours, marche depuis Stanley, profite de la promenade, et puis rentre chez lui. Des kilomètres de bien-être et un moment de fraîcheur. Néanmoins, malgré la mort annoncée de ce bout de verdure, il se dit que ce n'est pas la fin de son monde : «Le gouvernement prévoit autre chose.» 

 

◗Alain Chung, joggeur en short vert fluo, a un bon rythme et dit penser positivement : «On trouvera un autre endroit pour courir. Il faut privilégier le développement.»

 

◗Fawzia, qui habite «juste à côté», a besoin de son bol d’air quotidien «depuis presque 30 ans» : «Ça ne coûte rien. Une paire de baskets suffit et ça fait tellement de bien. Avant, je me levais très tôt et je venais le matin à cause du travail.» Ce jardin urbain est, en plus, «pour tout le monde». Alors, sa disparition lui fait un pincement au cœur : «C'est vraiment dommage. Mes enfants ont grandi là, j'ai déstressé ici. Je ne sais pas où j'irai ; c'est la grande question. » Tous les travaux lancés sur la route de Vandermeersch l'inquiètent. Le bruit, la circulation, la poussière : autant de nouvelles données avec lesquelles il lui faudra compter désormais.

 

◗Zahreen Salamut vient de Rose-Hill et a 6,5 kilomètres de marche par jour au compteur. De la musique dans les oreilles, elle avance au tempo des battements de son cœur. Ici, elle croise les mêmes visages tous les après-midi, reconnaît les habitués mais ne les connaît pas. Une solitude entourée qui lui convient bien : «On oublie tout ici.» Et, aujourd’hui, elle est triste que ce bout de bonheur n'existera plus : «Malheureusement, on ne peut rien y faire.»

 

De passage. D’Ébène, où il travaille, à la maison, qui se trouve à Beau-Bassin, il y a des milliers de pas à faire. Et si, sur la route, on peut s'offrir un bol d'ombre et de fraîcheur, why not ? C'est le quotidien d'Alexandre Begue : «C'est plus frais grâce aux arbres.» Ce coin de verdure, qu'il connaît depuis toujours, fait partie de l'Histoire de sa vie : «J'ai de nombreux souvenirs d'enfance ici.» Et, s'imaginer ne plus profiter de son ombre est encore abstrait pour le jeune homme : «Je n'imagine pas Beau-Bassin sans ces arbres-là.»

 


 

Une rencontre et… l’impasse

 

Le sentiment des contestataires. Les membres de 270 Lavwa et du Kolektif Sov Promnad Roland Armand e Jardin Bijoux ne lâchent pas les armes. Ils continueront la mobilisation en vue de sauver les espaces verts des villes sœurs. Néanmoins, leur rencontre au Prime minister’s Office (PMO) n'a pas été positive : «L’équipe de Metro présente a refusé d’écouter nos propositions d’alternatives, et de regarder la simulation préparée, qui fait passer le métro sur la promenade, mais en causant le moins de dégâts possible aux arbres», a partagé le Kolektif à travers son porte-parole, Adi Teelock. Leur souhait qu'un EIA – Environment Impact Assessment – soit nécessaire, afin que le projet Metro Express puisse aller de l’avant, n’a pas non plus trouvé écho : «Ceux que nous avons rencontrés ont dit qu’un EIA est en préparation et serait disponible dans deux semaines. À une question, ils ont répondu que le rapport ne sera pas rendu public.» La proposition du gouvernement pour l'aménagement d'un nouvel espace vert (voir plus bas) ne les a pas convaincus.

 

La proposition du gouvernement. Il s’agit de «l'aménagement d'un parc sur une superficie de 9 arpents, entre Rose-Hill et Ébène. Seront plantés 2 000 arbres et palmiers, et 100 000 plantes arbustives et plantes vivaces tropicales, natives et endémiques de Maurice», peut-on lire dans le communiqué officiel émanant du PMO. Au programme : des connexions piétonnes, un parcours de santé, une aire de jeux pour les enfants et une opération de transplantation de certains arbres de Roland Armand.