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Un an au poste de Premier ministre : Au coeur de la circonscription de Pravind Jugnauth

Pravind Jugnauth ne manque pas une occasion de se rendre au nº8.

Le 23 janvier 2017, le chef du gouvernement a pris les rênes du pays. Un an plus tard, comment se portent les électeurs du n° 8 ?

La pluie s’est arrêtée. Derrière les nuages, le soleil envoie luminosité et promesse de beau temps, en ce mercredi 24 janvier (jour de l’alerte de pluies torrentielles). Dans la circonscription n° 8, le temps est au sun depuis les législatives de 2014. Moka/Quartier-Militaire compte trois députés. L’un d’entre eux est ministre des Finances et  Premier ministre depuis un an et des poussières. Le 23 janvier 2017, l’actuel chef du gouvernement «succédait» à son père après des mois de rumeurs et de tergiversations. Dans un climat plutôt instable. Il y avait un avis de forte tempête autour de ce que l’opposition qualifiait de «deal papa-piti».

 

Douze mois plus tard, la houle s’est calmée (ou presque). Cette semaine, le Premier ministre a fait un discours rempli d’optimisme concernant la question du logement et s’est retrouvé sur Facebook (les responsables ont été arrêtés, puis relâchés). Pour marquer cet anniversaire, reportage dans cette circonscription où Pravind Jugnauth a été élu à chaque fois qu’il a brigué les suffrages (l’élection partielle de 2009 et les élections générales de 2010 et 2014). Pour la première halte, direction Moka. Là où les rues sont désertes en ce début de matinée ennuagée. Mais nous croisons Mervin Murday, un habitant de la localité depuis toujours (il a 53 ans) et qui opère dans la construction. Bottes aux pieds, il vaque à ses occupations. Les violentes averses qui se sont abattues sur l’île pendant la nuit et la matinée n’ont pas relevé son niveau d’optimisme (contrairement à celui du réservoir).

 

Avoir un Premier ministre comme député de sa circonscription  «ça ne sert à rien». «Pena okenn progre», dit-il. Son fils, qui a les «papiers» nécessaires, a tenté de «vinn gard» mais sans succès : «Vous n’imaginez pas la quantité de chômeurs qu’il y a dans la région.» Néanmoins, selon certains habitants, de nombreux jeunes trouveraient un emploi assez facilement en ce moment. Mervin ne se prononce pas. Autre phénomène de basse pression ? Les drains inexistants ou bouchés : «Pa pe fer nanye.»

 

«Ki sann-la sa ?»

 

À la recherche d’un peu plus de soleil,  direction Saint-Pierre. Sur la route, nous croisons une Quincaillerie Lepep. Et une Bibi Fatemah Bakaraly adorable. À  83 ans, courbée sur son balai, elle nettoie le trottoir de feuilles jaunes qui se sont accumulées après les récentes averses. Quand on lui parle de Pravind Jugnauth, elle répond : «Ki sann-la sa ?» Une petite précision s’impose : «Ou Premie minis sa madam.» Et elle se recentre : «Mo kone. Mo kontan al vote.» La vie à Saint-Pierre avec un député qui est également chef du gouvernement, ça donne quoi ? La réponse est comme un rayon de joie :  «Lavi korek isi.» Un peu plus loin, Kishore, qui ne veut pas s’appesantir sur la question, lance un : «Pa kone.» C’est pour une réponse identique, ou presque, qu’opte Yousuf : «Mo pa pou koz zafer politik.» Rajen crache, lui, un lapidaire : «Li okip zis so bann dimounn.»

 

À Petit-Verger, petite halte dans la boutique de Manoj et Kiran Hossanny. Et là, pour le Premier ministre, le soleil brille de mille feux. Shine bright like a… Pravind Jugnauth. «Li extra bien travay. On ne peut pas dire le contraire», confie Manoj. Que ce soit au niveau de la circonscription ou au niveau du pays, le Premier ministre serait au top : «Ceux qui disent le contraire sont de mauvaise foi. On est derrière lui !» Projet de Metro controversé, scandales et petits soucis avec son équipe ne sont rien face à son incroyable aura. D’ailleurs, un développement important (parmi d’autres : le n° 8 en connaîtrait actuellement beaucoup) est prévu à quelques mètres de chez eux : un complexe social où toutes sortes d’activités seront organisées. Une première pour la région : «Nous attendions ça avec impatience.»

 

Manoj Hossanny raconte également la belle dose d’humanité de son Premier ministre. Suite aux récentes pluies, la présence des trois députés de la région – Pravind Jugnauth, Leela Devi Dookun et Yogida Sawmynaden – en soutien aux personnes en difficultés est saluée : «Ils ont bien aidé. Et notre Premier ministre est souvent dans la région.»

 

Depuis son accession au poste de Premier ministre, le chef du gouvernement revient régulièrement dans sa circonscription : inauguration par-ci, déjeuner avec des personnes âgées par-là. Toutes les raisons sont bonnes pour entretenir le lien. Il devrait peut-être se  rendre à Dagotière. Là où plusieurs familles vivent un vrai calvaire depuis le 1er janvier (et à chaque fois qu’il pleut). Un canal d’évacuation d’eau serait sorti de son «lit» pour envahir maisons et jardins (voir hors-texte).

 

Alors, pour Madhuri Moharaz, Kalyanee Gokhool et Swastee Powakel, avoir trois  députés, dont deux ministres et un  Premier ministre, ça ne sert pas à grand-chose. «Kan pou pran vot, lerla li pou vini», déplore Madhuri. Les deux autres femmes sont sur la même longueur  d’onde et oscillent entre colère et  abattement. «Ki trin (NdlR : elle désigne le projet Metro Express) pou ena, kan nou viv kumsa ?» lance Kalyanee.

 

À Quartier-Militaire, Patricia Marie est loin des préoccupations. Elle déguste un chana puri en discutant avec une copine, nouvelle habitante de la localité. Celle qui s’occupe d’enfants – c’est son job – se dit satisfaite du travail abattu par Pravind Jugnauth dans la région et dans le pays. Quand on lui demande d’être plus précise, c’est un peu plus compliqué. Il n’y a pas vraiment de développement, confie-t-elle.

 

Et pour les emplois, «bizin ena papie». Néanmoins, elle apprécie les visites régulières du Premier ministre dans la circonscription et son aide aux démunis pendant ces dernières semaines d’intempéries : «Linn deplase, linn vini.» Il est presque midi et sur les différents arrêts d’autobus, les fonctionnaires attendent les transports en commun pour rejoindre leurs emplois respectifs (l’alerte de pluies torrentielles a été levée).

 

À Saint-Julien-D’Hotman, le bus stop est bondé. Pour rejoindre Camp-Thorel, notre dernière étape, nous traversons des petits villages où pullulent des petits commerces et de grandes étendues verdoyantes. Dans ce petit village de l’Est, l’homme que nous croisons revient de la boutique. Il ne veut pas dire son nom pour ne pas «gagn problem», parle du school lane et son problème : des feuilles de badamiers qui rendent l’asphalte glissante. Et s’étonne que les autorités ne fassent rien – il souhaite qu’elles fassent couper ces arbres – pour la sécurité des enfants et de leur famille : «Pourtant, nous avons un Premier ministre et une ministre de l’Éducation ici.»

 

Et il n’est pas tendre envers le gouvernement et le Premier ministre : «Pravind Jugnauth n’a pas été élu comme Premier ministre. Il n’est pas légitime. En plus, son gouvernement ne fait rien de bon. Il n’y a que de la revanche politique. Et c’est toujours la même chose : zot travay pou zot bann.» Une averse de mécontentement même si la pluie s’est arrêtée.

 


 

Dagotière : un cauchemar d’eau

 

 

Elle met des bottes pour circuler dans sa maison. Depuis plusieurs semaines, Kalyanee Gokhool voit l’eau monter et descendre chez elle. À la moindre averse, une angoisse lui étreint la poitrine : «Kan ena lapli ou siklonn, pa fouti dormi.» Le canal d’évacuation qui passe non loin de son petit coin a débordé. Depuis le début de l’année, l’eau stagnante n’a pas quitté son jardin et son habitation. Moustiques, crapauds et maladies y vivotent en attendant que les autorités veuillent bien aider les habitants de ce quartier de Dagotière : «Delo larivier, delo twalet, tou melanze.» C’est vrai que l’odeur ambiante agresse les narines. En temps normal, raconte Madhuri Moharaz, habitante du quartier également affectée, il n’y a aucun problème : «Tout est sec.» Mais dès que la pluie tombe, c’est le cauchemar qui reprend.

 

Swastee Powakel, qui tient un salon  de beauté chez elle, raconte la misère de vivre non loin de ce canal : «Nos meubles sont abîmés, notre vie est en suspens. Nounn bizin kraz baraz. Comment vais-je vivre ici avec mes deux enfants ? Nou pou fini par ramas malad.»

 

Les démarches entreprises par les habitants. Clifford Henriette, le porte-parole des habitants de Dagotière, a entamé de nombreuses démarches auprès des autorités afin qu’elles viennent en aide à ces familles mais sans succès. Les rencontres avec les responsables du District Council (DC) de Moka n’ont pas manqué. Une visite des lieux a même été organisée. Et une plainte a été enregistrée au sein du DC. Le Citizen Advice Bureau de Saint-Pierre et de Quartier- Militaire, et l’Online Citizen Support Portal ont également été contactés : «On m’a informé que notre dossier a été référé à la National Development Unit.»