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Tabassée et laissée pour morte par son époux : Yashna Joygobin ou la terrible histoire d’une femme martyre

La future maman se remet lentement de son agression.

La jeune femme de 20 ans a été violemment agressée par son mari il y a quelques jours. Elle a échappé à la mort pour se retrouver à l’hôpital dans un sale état. Depuis, son visage tuméfié et son terrible récit ne cessent de choquer les Mauriciens. Elle nous raconte son calvaire entre les mains de celui qui s’est finalement constitué prisonnier et a avoué son forfait.

Enceinte de huit mois, Yashna Joygobin aurait aimé être comme toutes les autres futures mamans. Préparer les layettes du futur bébé, flotter sur son nuage de bonheur, vivre un rêve éveillé. Hélas, sa vie est un véritable cauchemar. La jeune femme de 20 ans s’est retrouvée à l’hôpital dans un sale état le mercredi 25 octobre. Dans la soirée précédente, elle a vécu l’horreur entre les mains de son époux, Kevin Joygobin, 35 ans, avant d’être laissée pour morte dans un champ de cannes à Pont-Blanc, Pamplemousses. Le motif : elle aurait refusé de faire de fausses allégations de viol contre un jeune de 18 ans que son mari aurait violemment tabassé deux semaines plus tôt. 

 

Le visage terriblement tuméfié, des ecchymoses passant difficilement inaperçues aux deux bras, des yeux au beurre noir boursouflés et ensanglantés, Yashna fait vraiment peine à voir assise sur son lit d’hôpital. Dans une salle de maternité, on ne s’attend pas à voir une des patientes dans un si terrible état. Complètement méconnaissable après son agression sauvage, la future maman ne laisse personne insensible. Mais son récit est encore plus terrible à entendre. 

 

Son supplice, raconte-t-elle, a débuté vers 21h30 dans la soirée du mardi 24 octobre. Yashna et son époux sont alors dans une maison à Plaine-Magnien. Le couple, qui vit habituellement à Mare d’Australia, y avait trouvé refuge une dizaine de jours plus tôt car le trentenaire et son ami Alvesh Gundowree, alias Benjo, étaient recherchés par la police pour tentative de meurtre sur un dénommé Ashley Tranquille, un habitant de la localité âgé de 18 ans. Mais pour se tirer d’affaire, Kevin Joygobin a plus d’un tour dans son sac. Ce soir-là lui est venue l’idée de pousser sa femme à faire de fausses accusations de viol à l’encontre du jeune homme et de l’enregistrer. 

 

Il aurait ensuite soumis cet enregistrement aux enquêteurs pour justifier son acte. «Li ti koumans bwar depi boner. Li ti sou. Li ti pe record ek linn rod obliz mwa dir ki sa garson la inn viol mwa ; mo pann dakor parski garson-la pann fer mwa nanye, lerla li finn koumans bat mwa», nous raconte la jeune femme sur son lit d’hôpital, l’air désemparé. Mais même si elle avait l’habitude de subir les foudres de son époux, elle ne se doutait pas que ce dernier serait allé aussi loin. 

 

Accès de colère

 

Vert de rage, Kevin Joygobin s’en est pris violemment à son épouse. Rouée de coups de poing, battue à coups de barres de fer, Yashna Joygobin n’a pu que tenter d’esquiver les coups de celui qui partage sa vie depuis quatre ans, en vain. Le jeune homme l’a ensuite bâillonnée et ligotée : «Linn atas mo lame avek mo lipie tou.» Le trentenaire a ensuite été rejoint par son ami Benjo et tous deux ont conduit la jeune femme jusqu’à un terrain en friche dans la localité, où s’est poursuivi son calvaire. À bout de forces, Yashna Joygobin cède : «Je n’ai eu d’autre choix que d’accepter de faire ces aveux et ils m’ont enregistrée.» Mais les deux amis sont loin d’en avoir fini avec elle. 

 

Une charge provisoire de tentative de meurtre a été logée contre Kevin Joygobin.

 

Avec l’intention ferme de se débarrasser d’elle, ils la conduisent à La Nicolière. «Ti ena kouto avec Kevin, li ti pe rod pik mwa ek zet mwa dan delo.» La présence de plusieurs individus sur les lieux les a toutefois empêchés de commettre leur forfait. Ils ont alors pris la direction de Pamplemousses où ils ont abandonné la jeune femme à son sort dans un champ de cannes. Le soleil dardait ses premiers rayons lorsque Yashna a pu gagner péniblement l’autoroute et a croisé la route d’un chef de gare. Ce dernier l’a accompagnée jusqu’à l’hôpital SSRN où elle a été immédiatement admise avant d’être transférée à celui de Flacq. 

 

Kevin Joygobin, lui, a fini par se constituer prisonnier à la police. Il a avoué avoir tabassée celle-ci dans un accès de colère. Il a comparu devant le tribunal de Mahébourg, le vendredi 27 octobre, et une charge provisoire de tentative de meurtre a été retenue contre lui. Il a ensuite été reconduit en cellule, la police ayant objecté à sa remise en liberté. Son complice est, pour sa part, toujours recherché. D’après ses connaissances, ce dernier se serait réfugié chez sa petite amie. 

 

Traumatisme

 

La future maman, dont le bébé est heureusement indemne, se remet, elle, tout doucement de son agression mais surtout de son terrible traumatisme psychologique. D’autant que son calvaire ne date pas d’hier. Elle a commencé à fréquenter Kevin alors qu’elle n’avait que 16 ans. À cette époque, elle vivait chez sa tante Karishma à Bon-Accueil et ce, depuis que ses parents s’étaient séparés. «Lorsque nous avons appris que Kevin et elle se voyaient, nous lui avons demandé de mettre un terme à cette relation. Il avait mauvaise réputation. Mais elle ne nous a pas écoutés», raconte Roshan Ramroop, le père de Yashna. 

 

Pensant filer le parfait amour, la jeune fille quitte le toit familial à l’âge de 18 ans et s’installe avec l’élu de son cœur. Tous deux se disent «oui» quelque temps plus tard. Mais Yashna déchante vite en se rendant compte que son mari n’est pas celui qu’elle croyait. Il la maltraite et la tabasse régulièrement. 

 

S’étant mis presque tous les membres de sa famille à dos, elle choisit de garder le silence sur le martyr qu’elle vit au quotidien. «Elle ne nous avait pas dit que Kevin la battait mais la nouvelle se propageait. L’année dernière, elle est tombée enceinte pour la première fois. Mais Kevin ne voulait pas être père et lui avait asséné des coups jusqu’à ce qu’elle fasse une fausse couche», raconte Ashley Ramroop, l’oncle de Yashna. D’après lui, les choses se seraient passées différemment si, il y a quatre mois, elle avait fait confiance à sa raison plutôt qu’à son cœur. «Elle était venue vivre chez son père car Kevin était violent. Elle ne voulait pas perdre l’enfant qu’elle attendait à nouveau. Mais il l’avait convaincue de rentrer, lui promettant qu’il changerait.»

 

La nouvelle de la dernière agression de Yashna s’est répandue comme une traînée de poudre dans le village de Mare d’Australia mercredi. Si elle a choqué les habitants de la région, ces derniers ne sont pas pour autant étonnés d’un tel comportement de la part de Kevin. Ce dernier est très connu de tous pour être un infréquentable. «Trafiquant», «toxicomane», «grosse brute» sont les termes qui reviennent dans la bouche des gens de la localité. «Il n’a que des ennemis. C’est mon ami d’enfance mais nous avons pris des chemins différents parce qu’il a complètement changé depuis qu’il a commencé à toucher à toutes sortes de drogues. Lapoud, gandia, sintetik, la bwason ; tou nisa pou li. Il frappe aussi sa mère», laisse entendre un habitant de Mare d’Australia. 

 

D’après lui, «plusieurs cas d’agression ont été rapportés contre Kevin Joygobin au poste de police de Brisée-Verdière mais il a toujours su se tirer d’affaire. La police ne peut pas laisser ce genre de personne se balader dans les rues ; sa place est en prison» ! Le jeune homme a été poursuivi pour de nombreuses affaires de vol ou de drogue, entre autres, mais n’a jamais été emprisonné. Par contre, il a à plusieurs reprises écopé d’amendes. D’ailleurs, le fait qu’il se soit livré à la police de Piton jeudi matin a soulagé plus d’un. «S’il ne s’était pas rendu de son plein gré, la population se serait chargé de son sort», déclare notre interlocuteur. 

 

À l’heure où nous mettions sous presse, Yashna était toujours admise à l’hôpital de Flacq. D’après le personnel de l’établissement, le bébé et elle se portent bien mais la jeune femme devra rester sous observation pendant quelque temps. Affligés par ce qui lui est arrivé, ses proches ne peuvent qu’espérer qu’elle ne retombera jamais dans les pièges de son mari et que celui-ci ne l’embêtera plus jamais. Afin qu’elle et son enfant puissent vivre en paix.

 


 

Ashley Tranquille, 18 ans : «Ziska zordi mo pa kone kifer zot finn tap mwa»

 

Un peu plus de deux semaines après son agression, Ashley Tranquille en porte encore les séquelles. Un bandage autour du bras, plusieurs points de suture à la tête, le jeune homme nous fait le récit de sa mésaventure qui remonte au 11 octobre. Vers 21h30, ce soir-là, il est chez lui lorsqu’il reçoit un appel de Banjo, l’ami de Kevin Joygobin. «Il voulait que je leur apporte des cigarettes et je l’ai fait. Me zot finn koumans diskit ek mwa. Lerla zot finn bat mwa pandan preske de zer de tan. Ti ena tiyo avek samouray ek zot. Ziska zordi mo pa kone kifer zot finn tap mwa», nous dit-il. 

 

 

Ses agresseurs avaient, dit-il, prévu de le conduire jusqu’à La Nicolière à bord d’une voiture. «Zot ti ena lintansion zet mwa laba me Benjo ti bizin al sanz so linz parski ti ena disan lor li.J’en ai profité pour m’enfuir et j’ai couru jusqu’au domicile de mon oncle. C’est lui qui m’a conduit à l’hôpital.» Ashley Tranquille y a d’ailleurs séjourné durant quatre jours dans un état critique.