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Série de morts sur nos routes : émouvants témoignages des familles

Les 12 coups marquant la transition entre 2016 et 2017 résonnaient encore dans la tête des Mauriciens que le pays enregistrait déjà un certain nombre de morts sur ses routes. Le bilan est lourd avec six morts aux premiers jours de la nouvelle année. Les familles des victimes, effondrées, témoignent.

Beau-Bassin : Lutchmee, 75 ans, heurtée mortellement en traversant la rue

 

Elle allait faire le ménage chez une famille lorsque l’irréparable s’est produit. Lutchmee Chinigadoo, une habitante de la rue Dr Reid, à Beau-Bassin, a succombé à ses blessures après avoir été fauchée par un camion, devant l’église de St Thomas, vers 8h45, le vendredi 6 janvier. Elle est morte sur le coup. Le rapport de l’autopsie indique qu’elle a rendu l’âme à la suite d’un choc suivant de multiples blessures. 

 

Le conducteur du camion, un habitant de Mare-Gravier, Beau-Bassin, âgé de 20 ans, a subi un alcotest qui s’est révélé négatif. Il fait l’objet d’une charge provisoire d’homicide involontaire. Il a retrouvé la liberté après avoir fourni une caution. 

 

Selon Yulène, la fille de la victime, cette dernière traversait la rue au moment de l’accident : «Ma mère se rendait chez une famille de la région pour faire le ménage. Elle le faisait pour arrondir ses fins de mois. Avant, elle travaillait dans une usine. Elle faisait aussi le ménage pour meubler son temps libre. Ma mère a eu une fin vraiment atroce. J’ai eu le choc de ma vie lorsque les policiers m’ont annoncé la nouvelle.» Lutchmee Chinigadoo avait trois filles, dont l’aînée est décédée, et un fils.

 

Yulène explique qu’elle ne voyait plus beaucoup sa mère ces derniers temps. «Mes parents sont séparés depuis très longtemps. Mon père est décédé il y a trois ans et je voyais régulièrement ma mère jusqu’à il y a trois mois. Nous avons eu un différend et étions en froid. Je regrette beaucoup de ne pas être allée lui souhaiter la bonne année le 2 janvier comme d’habitude.» Des regrets qui se mêlent à l’immense douleur d’avoir perdu sa mère dans des circonstances terribles.

 


 

 

Riambel : Les cousins François et Benjamin unis dans la mort

 

François Lecoquin et Benjamin Samoisie ont eu des funérailles communes.

 

Deux cercueils sont disposés côte à côte sur l’autel de l’église St Joseph, à Surinam, en ce lundi 2 janvier. Deux cousins sont unis dans la mort à la suite d’un accident le premier jour de l’an. Laissant derrière eux des proches qui pleurent deux membres de leur famille partis d’un coup. Ils ont tenu à organiser des funérailles communes pour François Lecoquin, 54 ans, et Benjamin Samoisie, 62 ans, pour ne pas séparer ces deux cousins qui étaient inséparables dans la vie et qui le sont restés jusque dans la mort.

 

Le matin du 1er janvier, ils se trouvaient à bord de la camionnette de François Lecoquin avec un ami, Jean-Michel Louise, 35 ans, quand le véhicule a dérapé sur la route côtière de Riambel pour terminer sa course contre un filao. Le décès de François et de Benjamin a été constaté à l’hôpital de Souillac. Jean-Michel Louise est, lui, admis aux soins intensifs de l’hôpital de Rose-Belle. Son état inspire des inquiétudes.

 

Les trois hommes revenaient de Pomponette au moment du drame, raconte Juliane, l’une des filles de Benjamin Samoisie. «Plusieurs membres de la famille s’étaient rendus à la plage de Pointe-aux-Roches, le matin du 1er janvier. Mon père, son cousin et leur ami devaient les récupérer. Ils croyaient qu’ils étaient à Pomponette. Là-bas, ils ont fait demi-tour et rentraient à la maison lorsque l’accident s’est produit.»

 

Benjamin, papa de cinq filles et deux fils, collectionnait les petits boulots depuis qu’il avait pris sa retraite comme laboureur sur une propriété sucrière. «Mon père était quelqu’un de très apprécié. Il est originaire de Rodrigues et a également travaillé à St Brandon comme pêcheur avant d’emménager à Maurice. Enn mari sok pou nou tou séki finn arivé la. Ziska ler mo pa krwar ki mo papa finn mor. Li ti éna so bann défo mé mo papa res mo papa. Nou tou bien tris», souligne Juliane.

 

La jeune femme pense que François Lecoquin a peut-être été pris de fatigue : «Mon père et son cousin avaient passé toute la journée et la soirée du réveillon ensemble. François a ouvert une boutique il y a quelques jours et mon père lui donnait un coup de main. Ils avaient beaucoup travaillé ces derniers jours.»

 

James Lecoquin, le fils de François, est d’accord sur ce point : «Mon père travaillait trop ces derniers jours avec l’ouverture de la boutique familiale, il y a un mois. Il l’avait appelée Ti Profit Store car il voulait aider les pauvres de la région en leur proposant des provisions à petits prix. Il avait justement acheté cette camionnette de seconde main quatre jours avant le drame dans le cadre de son business.»

 

François Lecoquin était aussi laboureur à St Aubin où il s’est forgé une solide réputation de hard worker. Il était très engagé sur le plan social et faisait partie des premiers à suivre la formation Zezi Vre Zom (ZVZ) à St-François, en 2010. Un «frère» de ZVZ a d’ailleurs fait un poignant témoignage lors des funérailles. 

 

Le quinquagénaire envisageait de prendre sa retraite dans deux ans. Père de trois fils et d’une fille, il vivait avec son actuelle compagne depuis huit ans. Tous sont effondrés, comme en témoigne James : «Mon père avait des projets à n’en plus finir. C’était un père exemplaire. Il travaillait très dur pour notre bien-être. Nous sommes tous abasourdis. J’ai eu le choc de ma vie lorsque j’ai appris cette terrible nouvelle. Nous allons prendre beaucoup de temps pour faire notre deuil.»

 


 

 

Union Ducray : Harold assiste aux funérailles de son ami et meurt dans l’après-midi

 

 

Le matin du 2 janvier, il s’était rendu aux funérailles de son ami François Lecoquin, décédé dans un accident le 1er janvier. Et il a connu le même sort dans l’après-midi du 2 janvier, vers 18h45. Harold Buckland, 54 ans et habitant St Aubin, est décédé quand la voiture dans laquelle il se trouvait a terminé sa course contre un arbre à Union Ducray. Le conducteur est un plombier de 38 ans, habitant Souillac, et il y avait un second passager à bord, un habitant de Poudre-d’Or âgé de 38 ans. 

 

Le décès d’Harold Buckland a été constaté à l’hôpital de Souillac. Les deux autres ont pu rentrer chez eux après des soins. Le conducteur a subi un alcotest qui s’est révélé négatif. Il a tout de même été arrêté et placé en détention policière et fait l’objet d’une charge provisoire d’homicide involontaire. Dans sa déposition à la police, le second passager a raconté que le drame s’est produit lorsque le chauffeur a essayé d’éviter une voiture venant en sens inverse et qui était en train de doubler un autre véhicule. 

 

Les funérailles d’Harold Buckland ont eu lieu le 4 janvier en l’église du Sacré-Cœur, à Rivière-des-Anguilles. C’est avec une immense tristesse que ses proches commencent cette année 2017, surtout sa femme Marie-Josée et sa fille Delphine, 20 ans. «Il avait déjeuné chez sa mère à l’Escalier après avoir assisté à la veillée mortuaire de son collègue François Lecoquin. Harold venait me rejoindre chez mon père à Souillac pour un dîner familial lorsque la voiture où il se trouvait a fait une sortie de route. J’ai eu un choc immense en apprenant la nouvelle», raconte Marie-Josée, émue. 

 

En 2009, les Buckland avaient connu un premier drame familial avec le décès de Jonathan, le fils de la famille, qui avait succombé à une longue maladie à l’âge de 18 ans. Il souffrait de la myopathie de Duchenne. 

 

Harold, un laboureur connu comme un hard worker, laisse derrière lui une famille et des amis inconsolables.

 


 

Forest-Side : Devi et sa petite-fille Janvi, 4 ans, meurent en se rendant à une prière

 

La Toyota EE 90 n’est plus qu’un amas de ferraille.

 

Chez les Pooroosotomaren, les mines sont hagardes, les regards tristes, la douleur vive. Cette famille de Rose-Belle vit un double drame depuis le matin du 1er janvier. Devi Pooroosotomaren, 57 ans, et sa petite-fille Janvi, 4 ans, ont péri dans un accident à Forest-Side. Pour leurs proches, le choc est terrible. Gas Pooroosotomaren, qui a perdu sa mère et sa fille d’un coup, est effondré. C’est avec beaucoup de peine qu’il nous raconte les circonstances de cette tragédie qui heurte sa famille de plein fouet.

 

«Nous nous rendions à la rue Couvent, à Curepipe, pour une séance de prière au centre Sai Baba. Mon frère était au volant. Il y avait aussi mon épouse, ma fille cadette qui a 2 ans, et une cousine de 21 ans. Ma mère et ma fille sont mortes dans l’accident mais le reste d’entre nous s’en est sorti indemne, à part ma cousine qui a dû être hospitalisée pour une fracture à la jambe», confie Gas. Selon la police, le véhicule a fait un tonneau après une sortie de route pour se retrouver dans un buisson.

 

Le conducteur, Krishna Pooroosotomaren, 23 ans, a été arrêté et placé en détention policière. Il a été contrôlé positif à l’alcotest. Ce qui explique que la police a objecté à sa remise en liberté sous caution. «Nou tou nou latet fatigé akoz sa. Nou pou soulazé kan li sorti dan prizon. Aksidan pa kapav prévwar sa», souligne Gas, en repensant à tout cela et aux heures qui ont précédé le drame, si joyeuses, si festives…

 

Toute la famille avait fait la fête jusqu’à 2 heures du matin, le 1er janvier. Sur une vidéo qu’il nous montre, on voit tous les membres chantant et dansant joyeusement. Le matin, au réveil, la petite bande a pris la route pour Curepipe : «Nous avons pour habitude de commencer la nouvelle année par une séance de prière. Mon frère dormait mais nous l’avons réveillé et avons insisté pour qu’il nous accompagne. Je vais faire de mon mieux pour le faire sortir de prison. Il ne mérite pas cela.»

 

Son épouse Ashna partage son point de vue : «Mo bien tris monn perdi mo zanfan mé maler pa tap laport.Mon beau-frère ne mérite pas ce qui lui arrive. Mon époux et moi allons tout faire pour le sortir de prison. Il vient de se fiancer le 11 décembre et devait se marier cette année. Nous allons devoir renvoyer le mariage à cause des services mortuaires. Nous avons déjà perdu deux membres de notre famille, si mon beau-frère reste en prison, c’est comme si on perdait un troisième membre.»

 

Krishna Pooroosotomaren, benjamin d’une famille de deux frères et trois sœurs, a pu assister aux funérailles de sa mère et de sa nièce avant d’être reconduit en cellule policière. Son frère Gas attend la fin des rites funéraires pour le faire libérer sous caution. La famille a déjà retenu les services d’un homme de loi à cet effet.

 

2017 commence de terrible manière pour cette famille. «Notre maison n’est plus la même. Il n’y a que tristesse et désolation. Cette année sera très dure», confie Gas.