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Saisie record de 110 kg d’héroïne : Arrestation de Tirania, Tonki et Bebert, trois suspects au lourd passé

Les 110 kg d’héroïne étaient dissimulés dans cinq sacs en raphia. Chaque sac contenait 20 sachets scellés.

Ils ont été arrêtés alors qu’ils se trouvaient sur un hors-bord au large de Coin-de-Mire. Ces trois suspects, qui avaient 110 kg d’héroïne en leur possession, sont déjà connus des services de police. L’un d’eux est le trafiquant Oomar Karrimbaccus, alias Tirania, qui vient de purger une peine de six ans de prison pour possession et distribution de drogue. Ses deux complices ont également un casier judiciaire. Qui sont-ils ? Zoom.

Le scénario est digne d’un film policier… Le mardi 30 octobre, Oomar Karrimbaccus, alias Tirania, Fabrice Jean-Pierre, alias Tonki, et Jean-Michel Rosette, alias Bebert, ont été arrêtés sur un speedboat au large de Coin-de-Mire suite à une grosse opération policière qui a également conduit à la saisie de 110 kg d’héroïne (voir hors-texte). Ils font l’objet d’une charge provisoire d’importation de drogue mais nient les faits qui leur sont reprochés. Cela dit, tous sont connus des services de police. NommémentTirania.

 

D’ailleurs, cet ancien habitant de la rue La Paix, à Plaine-Verte, avait fait parler de lui dans le cadre de la commission d’enquête sur la drogue, présidée par Paul Lam Shang Leen. Il avait été auditionné en 2017. La raison : un numéro de téléphone enregistré à son nom a été saisi sur un détenu. Et ce même numéro aurait servi à communiquer avec des trafiquants de drogue en prison entre 2015 et 2016. Mais Tirania a toujours nié tout contact avec ces derniers.

 

Cependant, les enquêteurs l’ont toujours soupçonné, ainsi que des membres de sa famille, de diriger un important réseau dans la région de Plaine-Verte. L’un d’eux nous explique d’ailleurs que plusieurs descentes ont eu lieu chez eux. Mais les fouilles ont toujours été infructueuses car l’entourage de Tirania était toujours prévenu. La brigade antidrogue a alors dû avoir recours à un subterfuge.

 

Une cinquantaine de policiers de la brigade antidrogue, vêtus d’une chemise à fleurs et ravann à la main, ont pris place à bord d’un autobus. L’idée : faire croire qu’ils allaient à un pique-nique. Ne se doutant pas qu’il s’agissait de policiers, les «guetteurs» n’ont pu prévenir Tirania qui a alors été arrêté en possession d’une certaine quantité de drogue. Nous sommes en 2006. Et Tirania est condamné à six ans derrière les barreaux.

 

En prison, les policiers le suspectent d’avoir noué des liens étroits avec des trafiquants notoires. Tirania serait même un maillon important d’un cartel comprenant plusieurs caïds qui tireraient les ficelles du trafic de drogue de la prison. À sa sortie de prison, ce trafiquant de drogue notoire, n’aurait pas chômé. Selon une source, Tirania, qui travaille comme poissonnier, aurait acheté un terrain dans un village du Nord où il aurait fait construire un commerce soupçonné de servir à blanchir l’argent de la drogue. Mais il ne serait pas le seul, dans son entourage, à être proche du milieu de la drogue.

 

Sa belle-sœur, Rahana Peerkhan, avait été interrogée par la commission d’enquête sur la drogue. Pourquoi ? Elle avait été condamnée dans une affaire de blanchiment d’argent en janvier 2009, n’ayant pu justifier la provenance de la somme de Rs 7 millions se trouvant sur son compte bancaire. Elle était aussi suspectée d’avoir remis deux cartes SIM à sa sœur Talisma, l’épouse de Tirania, qui était alors en prison. Ce qu’elle a confirmé. Elle est actuellement en liberté.

 

Le beau-père et le beau-frère de Tirania ont également été condamnés  pour une affaire de drogue. L’un est déjà sorti de prison et l’autre purge toujours une peine. Quant à sa belle-mère, elle a dû s’acquitter d’une amende pour une autre affaire de drogue. Un des frères du suspect purge également une peine de prison pour une histoire de drogue et un autre a perdu la vie suite à une overdose.

 

Proche de Curly Chowrimootoo ?

 

De son côté, la brigade antidrogue n’a pas encore toutes les pièces du puzzle. Pour l’heure, sa priorité est d’identifier les commanditaires de la grosse cargaison de drogue saisie le mardi 30 octobre ainsi que sa provenance. Mais l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) serait en présence d’informations selon lesquelles Tirania serait une des pièces du puzzle. Une source soutient même que la commande des 110 kg d’héroïne saisis aurait été passée de la prison. Plusieurs caïds seraient associés à cette affaire.

 

Les noms de Curly Chowrimootoo et Peroomal Veeren, entre autres, sont cités. Le suspect Tonki est soupçonné d’être proche de Curly Chowrimootoo. Et Bebert serait le neveu d’un trafiquant. Celui-ci a des liens de parenté avec Tonki et est actuellement wanted pour une autre grosse affaire d’importation de drogue d’un montant de Rs 30 millions par une Tanzanienne.

 

À Baie-du-Cap, où habite Tonki, personne n’ose parler de lui de peur de représailles. Cet homme de 35 ans est déjà fiché à l’ADSU. Il a été arrêté à La Réunion pour possession de zamal et a également fait de la prison. En outre, il a été arrêté en 2012 pour distribution de drogue. Il est en liberté depuis 2015 mais reste dans le collimateur des enquêteurs.

 

La police soupçonne ce pêcheur d’avoir fait la traversée Maurice-Réunion, ou encore Maurice-Madagascar, à plusieurs reprises. Si selon son entourage, il ferait dans le commerce des épices et de la vanille de la Grande Île, la brigade antidrogue n’est pas de cet avis. Tonki est d’ailleurs sur la liste des personnes à surveiller, ayant séjourné à Madagascar pendant plusieurs mois. La police pense qu’il y travaille avec de gros bonnets qui exporteraient de la drogue vers Maurice en provenance de l’Asie. 

 

De son côté, le suspect Bebert est également connu des services de police. Il a été arrêté en 2009 pour une histoire de possession de drogue. Mais son entourage avance qu’il est «un bon garçon» qui aurait un casier judiciaire vierge. «Tou dimounn kone ki Bebert enn bon skipper. Seki nou kone, kikenn inn pey li pou fer sa kours-la. Nou sir li ti pou refize si li ti kone li pe al pran enn kargo ladrog. Sa kalite travay-la li pa fer», assure un de ses amis.

 

Selon une source policière, c’est Bebert qui pilotait le hors-bord contenant les 110 kg d’héroïne. Et une autre source avance que l’embarcation appartiendrait à Tonki qui posséderait également deux autres embarcations. Celle-ci aurait pour port d’attache la baie de La-Gaulette. Et elle se trouvait, au préalable, à La Balise Marina, à Rivière-Noire. Des pistes que la brigade antidrogue n’ignore pas dans sa tentative de combattre le trafic de drogue à Maurice. Un trafic qui semble prendre de l’ampleur…

 


 

Comment l’affaire a éclaté

 

Mardi 30 octobre. Il est environ 11 heures lorsque la brigade antidrogue apprend qu’une grosse cargaison de drogue va arriver à Maurice par voie maritime via le Nord. L’Anti-Drug & Smuggling Unit monte alors une opération de surveillance avec la collaboration du commando de la National Coast Guard. Et leurs soupçons s’avèrent… Un speedboat suspect est intercepté à proximité du Coin-de-Mire, avec trois hommes à son bord. Il s’agit de Fabrice Jean-Pierre, alias Tonki, un pêcheur de Baie-du-Cap âgé de 35 ans, d’Oomar Karrimbaccus, alias Tirania, un poissonnier de 51 ans habitant Camp-de-Masque-Pavé, et de Jean-Michel Rosette, alias Bebert, un skippeur de 33 ans habitant Trou-d’Eau-Douce. À la vue de la police, les trois suspects tentent de prendre la fuite mais les limiers parviennent à les attraper. Les policiers découvrent également cinq sacs en raphia sur l’embarcation dont la plaque d’immatriculation a été partiellement effacée. Chacun d’eux contient 20 sachets d’héroïne scellés, d’un poids brut indicatif de 110 kg. D’autres objets suspects sont également saisis : un sac bleu contenant deux power banks, deux torches, des piles alcalines, la somme de Rs 800, un cellulaire sans batterie équipé de deux cartes SIM ainsi qu’un appareil GPS, une radio et un sachet en plastique contenant du gandia, entre autres.

 

Lors d’une fouille corporelle des suspects Tonki et Tirania, deux autres téléphones portables ont été saisis. L’un d’eux est muni de deux cartes SIM locales, alors que l’autre est doté d’une SIM locale et d’une autre internationale. Les suspects ont également la somme de Rs 1 550 sur eux. L’embarcation et ses deux moteurs de 300 CV de la marque Mercury Verado sont, en outre, recueillis pour les besoins de l’enquête. Quant aux trois suspects, ils font l’objet d’une charge provisoire d’importation de drogue mais nient les faits qui leur sont reprochés. Ils soutiennent qu’ils pensaient transporter du café et non de l’héroïne. La police a objecté à leur remise en liberté sous caution lors de leur comparution en cour. Tonki, Tirania et Bebert sont détenus aux centres de détention de Vacoas, de Line Barracks et de Moka respectivement.

 


 

Ally Lazer : «Il faut une Special Court pour juger les trafiquants de drogue»

 

Le président de l’Association des travailleurs sociaux de Maurice est catégorique : les trafiquants de drogue n’ont pas peur des autorités. La grosse saisie des 110 kg d’héroïne, ainsi que l’arrestation de plusieurs mules le prouvent, selon lui. «Le rapport de la commission d’enquête sur la drogue relève plusieurs points importants. Sauf que la drogue ne cesse d’entrer dans le pays. On a tous l’impression qu’il y a de plus en plus de consommateurs d’héroïne. Il faut une réelle volonté politique de mettre un frein une fois pour toutes au trafic de drogue. Il faut une Special Court pour juger les trafiquants de drogue», recommande Ally Lazer.