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Project Rescue Ocean | Objectif : plage sans détritus

Un mouvement citoyen qui nettoie les plages : on adore ! Zoom sur cette initiative portée par un Mauricien, amoureux de la nature.

Caresser le sable. Le regarder s’étirer sur la côte, s’accrocher aux filaos et s’éparpiller sur l’herbe. S’extasier de sa blancheur, contrastant avec les bleus, en palette, de notre lagon. Et… collecter sur la plage des déchets. Des sacs et des sacs de détritus qui entachent la beauté des lieux. Mais pas que : les déchets, ce n’est pas qu’une question d’esthétique. Il s’agit avant tout de la protection de l’écosystème, bien sûr. Depuis quelque temps, un mouvement citoyen organise régulièrement des opérations de nettoyage sur les plages. Ce week-end, il s’est occupé d’une portion de celle des Salines. Un câlin à la nature qui apporte un brin de soleil. Un peu de chaleur. Il y a quelque chose d’intime, un tout d’amour, dans l’action de la branche mauricienne du Project Rescue Ocean (PRO)…

 

Derrière cette initiative citoyenne : Cédric Jules, 31 ans. Décontracté, en jeans, T-shirt et tongs, il nous reçoit chez lui à Tamarin où, en ce mercredi 23 mai, il organise les derniers détails de la prochaine rencontre netwayaz. Il y a deux semaines, avec l’aide de bénévoles, il s’est attaqué à Albion. Avant ça, il y a eu des kilomètres et des kilomètres de plage, et des kilos de détritus ramassés. Du Morne à l’île-aux-Bénitiers, en passant par Mahébourg, Palmar et Grand-Gaube, il a essayé d’enchaîner les opérations : «Le passage de Berguitta a permis de se mobiliser pour le premier nettoyage.» Depuis janvier, il ne lâche rien. Il s’organise de son mieux (il est un peu tout seul dans l’organisation : il fait un appel en hors-texte) pour faire vivre le projet et est heureux de découvrir des habitants de l’île concernés à chaque rencontre.

 

Directeur d’une entreprise évoluant dans le domaine du développement durable, animateur radio également, le jeune homme éco-conscient au parcours atypique (voir ci-contre) a croisé la route de Benoit Schuman, initiateur du PRO, lors d’une formation en France. Séduit par le projet, il a décidé d’en prendre la responsabilité sur le plan local. Une suite naturelle de son engagement pour l’environnement. Et chaque deux semaines – néanmoins, la fréquence est appelée à être revue –, il reprend gants et sacs (fournis par le ministère de l’Environnement) et part à l’assaut des plages avec l’aide d’amis et de personnes qui ont répondu à ses annonces sur Facebook : «On se rencontre à 10 heures. Puis, il y a une séance de partage – certaines personnes connaissent mieux que moi la technique pour ramasser les déchets – et d’explications.»

 

Il y a des consignes à suivre afin que personne ne se blesse (surtout les enfants) : «Si quelqu’un tombe sur une seringue, il a pour consigne de ne pas la ramasser. Il faut m’appeler et je m’en charge.» Le matériel est distribué : un sac en plastique pour les déchets recyclables. Et un autre pour les non-recyclables : «C’est une façon d’amener les gens au tri. Faire cette action, c’est déjà bien.» Les groupes sont créés et la portion de plage à nettoyer délimitée : «1 à 2 kilomètres maximum. Je ne peux pas mobiliser les gens toute la journée.» À 12h30, Cédric rassemble les sacs qui seront ramassés par des camions fournis par le District Council et entame une autre série de discussions afin de sensibiliser ceux présents : «Je pose, entre autres, la question suivante : “Comment est-ce que vous pouvez être un ambassadeur de l’environnement ?” Et là, on a de beaux échanges.»

 

De plage en plage, il réalise l’importance de s’organiser pour nettoyer : «On n’imagine pas la quantité de choses qu’on trouve, la quantité de déchets que les gens laissent.» Machine à laver, frigo, poison et seringues flirtent avec chaises et bouteilles en plastique et contenants de take-aways. Si la Tourism Authority est censée s’occuper du nettoyage des plages, il s’agit, en réalité, de «contracteurs» payés par cette instance qui le font. Mais ce n’est visiblement pas suffisant : «En même temps, il faut le dire : les samedis et dimanches, les plages sont bondées et il n’y a qu’une dizaine de poubelles.» En un rien de temps, elles sont remplies : «Dix bouteilles, quelques boîtes de take-away et c’est bon.»

 

Avec le temps, il espère mettre au point une autre stratégie. Aller dans les villages une semaine avant l’événement ; écouter et sensibiliser les habitants (avec la réalisation d’un survey en préambule pour cibler les échanges) et leur demander un coup de main (les enfants repartent avec un petit certificat). Pour Cédric Jules, il faut communiquer. Parler du besoin de préserver, de l’importance de ne pas polluer. Et du plaisir de caresser le sable… sans déchets.

 

Cinq règles pour être un utilisateur de plage au top

 

Comme les vagues qui s’adonnent à un éternel va-et-vient, le travail de nettoyage est un recommencement… en attendant que les mentalités changent. Pour être plus responsable en mode pique-nique, nous avons demandé à Cédric Jules les cinq must do.

 

  1. «Apporter des choses qui génèrent le moins de déchets possible.» Gobelets en plastique jetables : deooor ! On opte pour des choses réutilisables.
  2. «Se déplacer pour aller jusqu’à la poubelle si elle n’est pas remplie. Sinon, on ramène ses déchets à la maison.» Allez, un petit effort, l’opération poubelle n’est pas une mission impossible
  3. «Apporter un sac en plastique.» On sait que les poubelles, c’est comme un bus après 16 heures ; c’est bondé. Alors, on fait son petit ménage.
  4. «Ramasser les déchets si vous en voyez.» Un petit effort pour vous, un grand pas pour l’environnement.
  5. «Être un ambassadeur de l’environnement.» Compliqué comme concept, non ? Pas pour Cédric Jules : «Si on voit quelqu’un en train de jeter quelque chose, on peut gentiment lui dire que ce serait mieux que ça atterrisse dans la poubelle.»

 

Un petit coup de pouce

 

He has a dream ! Que la protection de l’environnement soit une priorité, bien sûr. Mais plus pragmatiquement, et concernant PRO, Cédric Jules souhaite structurer le mouvement : «Créer une équipe de bénévoles pour l’administration et avoir des dons afin de proposer du matériel, fournir les camions… Je pense qu’il est important de s’engager pour Maurice. C’est le moment.» Alors, il fait un appel aux personnes motivées et à ces individuels/entreprises prêts à s’engager financièrement. Dans le futur, il imagine des clean ups plus conviviaux avec enn ti manze et de la musique. Pour en savoir plus et pour engager la conversation avec Cédric Jules, connectez-vous à la page Facebook du Project Rescue Ocean Maurice.

 

De la mécanique à…

 

 

«Ma vie est une série de rencontres qui m’ont mené là où je suis.» C’est ce que nous raconte Cédric Jules. Ses années de collège, il les a passées à la Shrimati Indira Gandhi State Secondary School et au collège Adventist. Il quitte le circuit traditionnel avant d’obtenir sa Form V, obtient un diplôme en mécanique automobile. À 19 ans, il abandonne les moteurs pour l’animation à l’hôtel. S’imagine réceptionniste et téléphoniste. Puis, se fait choper dans la rue pour présenter le tirage du loto : «Je pensais que c’était une caméra cachée !» Atterri à la radio pour faire de l’animation (il est aujourd’hui à Radio One, le dimanche), devient guide touristique pour l’electrobike et fait une rencontre qui va le mener vers le développement durable : «J’ai toujours été très intéressé par la protection de l’environnement.» Et c’est lors d’une formation, pour approfondir ses connaissances, qu’il tombe sur le PRO.

 

 

PRO : une belle initiative

 

Il était une fois… C’est Benoit Schuman himself qui raconte l’histoire du PRO sur le site Internet de l’association : «Pour la petite histoire, nous étions une bande de copains sur la plage et en regardant autour de nous, nous avons abordé le sujet de la pollution des plages. Après un coup de gueule de ma part, j’ai lancé en rigolant : ‘‘Vous verrez, un jour, je monterai une association et je l’appellerai Project Rescue Ocean !’’» À partir de ce moment, ce jeune pompier filme ses plongées en mer et les déchets qu’il ramasse et «poste» films et clichés sur une page Facebook. Le «succès» est immédiat : «Au bout d’un an et au vu de l’ampleur que prenait la page, celle-ci a été officiellement transformée en association.»

 

Le but ? «Sensibiliser le grand public, en particulier la jeunesse, sur l’état de l’environnement du littoral. Mais aussi mener des actions concernant les plages, les mers, les rivières, les fleuves et les océans car tous sont étroitement liés», peut-on lire sur le site.

 

En savoir plus : https://www.projectrescueocean.com/.