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Mort «suspecte» du constable Hurreechurn en cellule policière | Ses parents : «Notre impossible deuil...»

Cette photo a été prise en janvier 2016. Le policier aide des jeunes du quartier à fabriquer un kanwar pour le pèlerinage du Maha Shivaratree.

Ils en sont persuadés : leur fils Arvind ne s’est pas suicidé. En octobre 2016, ce dernier a été retrouvé mort dans sa cellule quelques jours après son arrestation à l’aéroport, avec un colis de 2 kg d’héroïne. Après avoir servi une mise en demeure à l’État en novembre dernier, ses parents, Deolall et Bhagwantee Hurreechurn, ont déposé une plainte contre l’Attorney General. Ils réclament Rs 50 millions à l’État.
 

Le temps ne guérit pas toutes les blessures. Certaines demeurent intactes. Comme celles de Deolall et Bhagwantee Hurreechurn. Ces derniers ont perdu leur fils Arvind en 2016. Le 30 octobre de cette année-là, cet habitant de Rivière-du-Rempart a été retrouvé pendu à un lavabo dans sa cellule, au centre de détention de Moka. Mais pour ses proches, il est difficile de croire à la thèse de suicide.

 

Ils ont fait servir une mise en demeure à l’État en novembre dernier, lui réclamant des explications. Et le mardi 6 février, Deolall et Bhagwantee Hurreechurn, ainsi que les deux frères d’Arvind Hurreechurn, ont déposé une plainte contre l’Attorney General en Cour suprême. Ils réclament Rs 50 millions à l’État. Les services de l’avoué Doorgacharun Luchmun et de l’avocat Viren Ramchurn ont été retenus par les Hurreechurn.

 

Le constable Hurreechurn, 29 ans, avait été arrêté pour trafic de drogue suivant son interpellation à l’aéroport tard dans la soirée du 27 octobre 2016, avec un colis de 2 kg d’héroïne dans une valise, d’une valeur marchande de Rs 30 millions. Il revenait de Madagascar. Deux jours plus tard, le jeune policier a été retrouvé mort dans sa cellule. «Nous n’arrivons pas à faire notre deuil et nous refusons toujours de croire à la thèse de suicide. Le rapport de la National Human Rights Commission, déposé à l’Assemblée nationale à l’époque, va dans le même sens. La mort de mon fils est très suspecte. Comment a-t-il pu se pendre avec une serviette de deux pieds, accrochée à un lavabo ? Cette question me hante. À l’époque, mon épouse avait consigné une déposition au CCID à cet effet. Nous ne savons toujours pas où en est l’enquête», s’insurgeDeolall Hurreechurn.

 

Un peu plus d’une année s’est écoulée depuis les faits. Mais la douleur de ce dernier est toujours la même. Et ses questions sont toujours sans réponse. Sans compter que Deolall Hurreechurn, 72 ans, a des problèmes de santé. Ce n’est pas la grande forme non plus pour son épouse Bhagwantee, 64 ans. «Latet touzour fatige. Mo res pans mo garson mem. Mo pa preske dormi mem. Pa fasil pou fer dey», confie-t-elle.

 

Tout à coup, le ton monte d’un cran. Le couple revient sur les circonstances entourant l’arrestation et la détention de son fils. «L’État nous doit des comptes. Il y a trop de zones d’ombre dans cette affaire. Nous avons compris que notre fils avait collaboré avec la police après son arrestation. Je ne pense pas qu’une personne qui allait se suicider allait agir de la sorte. Je pense qu’il avait de graves révélations à faire», lancent Deolall et Bhagwantee. Si le rapport d’autopsie a confirmé la thèse du suicide, le couple, lui, continue d’évoquer des zones d’ombre.

 

«Il y a trop de faits troublants. Suivant son arrestation le 27 octobre 2016, deux hommes se sont présentés chez nous dans la même soirée. Ils nous ont dit qu’ils étaient des collègues d’Arvind. Notre fils est arrivé par la suite. Ils ont tous passé la nuit dans sa chambre, avant de repartir pour Moka le lendemain», raconte Bhagwantee. «Pa bizin pran traka, mo pou vini apre», lui aurait lancé Arvind. Mais le jeune homme a été retrouvé pendu dans sa cellule le 30 octobre 2016.

 

«La police nous a dit qu’il s’est pendu, alors qu’il avait promis qu’il allait toujours s’occuper de nous», confie Deolall. Autre zone d’ombre : la caméra de surveillance donnant sur la cellule de son fils le soir du drame n’était pas opérationnelle. Deolall met également en cause les policiers en poste ce soir-là. «Ils avaient la responsabilité d’assurer la sécurité de mon fils. Ils ont failli à cette tâche. Car nous avons compris qu’un policier doit vérifier chaque cellule toutes les 30 minutes. Comment n’ont-ils rien entendu ce soir-là ?» se demande le septuagénaire.

 

«Ou oblize signe madam»

 

Des questions, son épouse s’en pose aussi. Notamment en ce qui concerne une histoire de serviette. Des éléments du Forensic Scientific Laboratory, dit-elle, lui auraient demandé d’identifier les effets personnels de son fils après sa mort. Parmi, il y avait une serviette de deux pieds lui appartenant. Cependant, lorsqu’il a fallu signer une déposition à cet effet, un policier aurait avancé qu’il y avait deux serviettes. «Serviet la ti preske parey kouma seki mo garson ti pran ar li kan zot ti aret li. Mo ti dir la polis-la sa. Li dir mwa ou oblize signe madam, pou kapav fer fineray mo garson», explique Bhagwantee.

 

Cette dernière soutient également que la valise qui contenait les 2 kg d’héroïne n’appartenait pas à son fils : «Il nous avait appelés à son arrivée à Madagascar pour nous demander de lui envoyer de l’argent. Il avait perdu sa valise à l’aéroport. Il n’avait que son passeport sur lui. On lui a envoyé Rs 30 000 par virement bancaire pour son séjour. Est-ce qu’il nous aurait demandé de l’argent s’il était vraiment impliqué dans un réseau de drogue ?» s’interroge la sexagénaire.

 

À côté, son époux Deolall semble affaibli. Le septuagénaire a du mal à se déplacer. Le décès de son fils n’a fait qu’empirer son état de santé. À son chagrin s’ajoute la colère à l’égard de la force policière, où évoluait son fils. Arvind Hurreechurn, que ses parents décrivent comme un fils exemplaire, toujours soucieux de leur santé et de leur bien-être, était le cinquième policier de la famille. Il avait intégré la force policière en 2011, après avoir fait ses études secondaires au collège Universal jusqu’en Form V.

 

«Mauvaises fréquentations»

 

Le jeune homme a, par la suite, pris part aux examens du Higher School Certificate au Modern College, à Flacq. «Mon fils a toujours été intelligent, discipliné. Notre famille jouit d’une très bonne réputation. Mon fils aîné est cuisinier de la police à la Special Supporting Unit et notre benjamin travaille sur un bateau de croisière. Je pense qu’Arvind a été victime de ses mauvaises fréquentations et qu’il a été piégé», soupçonne Bhagwantee.

 

Le constable Arvind Hurreechurn avait été intercepté par les douaniers et les officiers de la brigade antidrogue, alors qu’il revenait de Madagascar sur le vol MK 289 d’Air Mauritius. À l’époque, l’Anti-Drug & Smuggling Unit (ADSU) l’avait déjà mis sur liste rouge après avoir été informée d’un récent déplacement qu’il avait effectué à Dubaï. Deux kilos d’héroïne ont été retrouvés dans le double fond d’une valise. Après quoi les limiers de la brigade antidrogue ont monté un exercice de controlled delivery afin de démanteler un réseau opérant sur l’axe Madagascar-Maurice.

 

Deux autres suspects ont été arrêtés : Shashikant Jayepall et Gary Gopaul. Le premier suspect, plus connu sous le sobriquet de Black, serait très proche du constable Arvind. D’ailleurs, ils apparaissent ensemble sur plusieurs photos sur Facebook. Selon la police, Black, 29 ans et fiché pour divers délits, s’apprêtait à s’envoler pour l’Ouganda lorsqu’il a été refoulé à l’aéroport. Il faisait l’objet d’une objection to departure. Quant au second suspect, le jeune policier Gary Gopaul, un habitant de Goodlands, il a fait parler de lui il y a quelques jours, suite à des allégations de viol. «On ne sait pas si ces deux hommes ont été inquiétés ou pas dans l’enquête sur le trafic de drogue qui impliquerait notre fils car des proches les ont vus en liberté peu après leur arrestation. La police nous doit des explications, notamment sur la mort de notre fils. Ce n’est qu’après qu’on pourra enfin faire notre deuil», lance Bhagwantee.

 

En attendant, sa douleur est la même qu’il y a un peu plus d’un an…

 


 

Me Lassemillante, National Human Rights Commission : «Cette mort est suspecte»

 

Il est catégorique. «Cette mort est suspecte.» Dans un rapport suivant le décès du constable Arvind Hurreechurn en cellule policière, Me Hervé Lassemillante, vice-président de la National Prevention Mechanism Division de la National Human Rights Commission, relève plusieurs faits troublants lors d’une visite à Moka, le lundi 31 octobre, au lendemain du décès du policier. Notamment l’état des caméras de surveillance. «Nous avons noté que, dans certaines cellules du centre de détention, le système de caméra CCTV fonctionnait. Cependant, l’accusé, qui serait impliqué dans une importante affaire d’importation de drogue, était détenu dans une cellule non surveillée par les caméras CCTV. Cette décision me semble être proche d’une bévue. Il est connu que les complices dans une affaire de drogue, qui sont susceptibles de parler et de dénoncer, encourent de sérieux risques.» Me Lassemillante avait déjà attiré l’attention des autorités à cet effet après une visite sur place, en avril de la même année.

 

L’homme s’interroge également sur les circonstances entourant le suicide allégué du policier. «Il est difficile pour un homme de taille moyenne de se pendre avec un objet se situant à trois pieds du sol», écrit-il. L’avocat est également intrigué par le fait que le policier qui assurait la surveillance des cellules ait déclaré n’avoir rien vu ni entendu le soir du drame. Il en fait mention dans son rapport, qui a fait couler beaucoup d’encre.

 

Anishta Babooram Seeruttun, ancien membre de la National Preventive Mechanism Division de la National Human Rights Commission, en avait fait les frais en parlant de ce cas à la presse. Elle avait déclaré que la mort d’un homme était d’intérêt public. La résiliation de son contrat du conseil de cette instance le mardi 6 juin 2017 avait fait polémique. La jeune femme estime n’avoir pas fauté.