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Michel de Ravel de l’Argentière jugé coupable d’attentat à la pudeur sur sept fillettes | Le père d’une des victimes : «C’est une grande libération émotionnelle pour nous tous»

L’homme d’affaire avait été arrêté en 2012.

Le jugement condamnant cet homme d’affaires de 58 ans est un soulagement pour les victimes et leurs familles respectives près de 20 ans après les faits. Ce cas d’attentat à la pudeur, impliquant Michel de Ravel de l’Argentière, avait défrayé la chronique en 2012. Le papa d’une des filles nous raconte l’horreur, la quête pour la justice et, enfin, le sentiment de libération après la décision de la cour.

Elles ont accueilli la décision de la magistrate avec des larmes de soulagement, de joie même. Enfin leur parole a été validée, enfin leur bourreau a été trouvé coupable, enfin il payera pour ce qu’il a fait. Pour les victimes de Michel de Ravel de l’Argentière présentes en cour intermédiaire en ce matin du mardi 28 août, le chemin de l’apaisement, de la reconstruction après ce qu’elles ont subi alors qu’elles n’étaient que des gamines, passe forcément par cette condamnation.

 

Celui qui les a agressées sexuellement il y a environ 20 ans a été reconnu coupable sous 21 charges d’attentat à la pudeur sur des mineures, six ans après qu’elles l’ont dénoncé. Les filles qui l’accusaient – sept en tout – avaient entre 4 et 10 ans à l’époque des faits, elles ont toutes moins de 30 ans aujourd’hui. Le jour de l’annonce du jugement, les victimes et leurs proches ont tenu à être présents en cour avec leur watching brief, Me Yanilla Moonshiram. Maintenant, tous attendent que la sentence soit prononcée le 13 septembre.

 

Entre-temps, les concernées et leurs proches savourent cette victoire qui leur met du baume au cœur. «C’est une grande libération émotionnelle pour nous tous. La magistrate Niroshni Ramsoondar est venue enlever un poids énorme de nos épaules. C’est maintenant que va commencer la phase finale de la reconstruction car Michel de Ravel est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés», confie le père d’une des victimes.

 

Les faits remontent aux années 90. «On n’a rien vu venir», se rappelle tristement notre interlocuteur qui précise qu’il était très ami à Michel de Ravel de l’Argentière. Les filles des deux hommes, qui avaient pratiquement le même âge, étaient aussi très proches et étaient souvent chez les unes et chez les autres. À l’époque, souligne le père de famille, le suspect était un homme respecté : «Mais derrière cet homme d’affaires se cachait un pédocriminel.»

 

Quand il a appris que son ami avait agressé des fillettes, en 2012, le ciel lui est tombé sur la tête. Il revenait alors d’un voyage en compagnie de son épouse. «Un ami m’a appelé pour me dire qu’il y avait de graves accusations contre Michel de Ravel. Cette personne avait tenu à m’avertir car elle savait que nous étions proches.» Notre homme et son épouse sont complètement abasourdis car le suspect fait partie de leur cercle d’amis très proches. Mais encore plus en apprenant que l’une de leurs filles avait elle aussi été la proie du pédophile. «En menant ma petite enquête, j’ai su que ma fille avait aussi été victime. Michel a essayé de prendre contact avec moi au téléphone mais je n’ai pas répondu à son appel. La fameuse règle du silence a été brisée lorsque sept filles ont porté plainte. Elles ont affirmé que leur agresseur leur avait fait subir des attouchements quand elles séjournaient chez lui.»

 

Le plus dur au début, explique notre homme, a été de comprendre ce qui s’était passé avant de mettre les faits en perspective. Son épouse et lui ont ensuite consulté les autres victimes et leurs parents pour décider de la marche à suivre. Les victimes décident alors d’aller de l’avant avec l’affaire et de retenir les services de l’avocate Yanilla Moonshiram en tant que watching brief, pour les assister légalement dans leur combat. «C’était la première fois que ses services étaient retenus pour défendre des victimes d’agression sexuelle», précise notre interlocuteur.

 

Après leur déposition à la police, les sept filles ont participé à des reconstitutions des faits à Tamarin et à Rivière-Noire où Michel de Ravel de l’Argentière résidait. Elles ont également participé à une parade d’identification où elles ont toutes formellement identifié le suspect. Des moments très éprouvants. «C’était extrêmement pénible pour les filles car elles ont dû revenir sur les lieux de l’agression. Le plus dur pour elles a été de se retrouver en face de leur agresseur.»

 

Révélation

 

Toutefois, souligne ce papa de victime, elles ont été bien encadrées par les policiers du Central Criminal Investigation Department qui ont eu une très bonne approche : «Il faut reconnaître que les policiers ont eu une approche très professionnelle et bienveillante. Cela a permis aux enquêteurs d’obtenir des dépositions poignantes.»

 

Michel de Ravel de l’Argentière, de son côté, n’a pas nié totalement les graves accusations portées contre lui par les fillettes devenues grandes. Après son arrestation, il a reconnu certains des faits dans sa déposition formelle à la police en présence de son avocat Siddhartha Hawoldar. Il a dit aux enquêteurs avoir suivi une thérapie psychologique afin de combattre son attirance pour les petites filles.

 

«C’est vraiment aberrant ce qu’il a dit. Il ne reconnaît que 15 chefs d’accusations sur 21. Ces 15 chefs d’accusation concernent des cas où il avait déjà avoué son forfait à des parents et leur avait présenté des excuses. Cette révélation soulève quand même des interrogations. Il a avoué seulement les cas d’attouchement et pas les autres actes autrement plus indécents qu’il a commis sur les filles et qui ont eu des conséquences extrêmement graves», souligne ce père de victime, révolté. Par contre, il est très soulagé que la magistrate ait reconnu Michel de Ravel de l’Argentière coupable des 21 charges.

 

L’entourage de l’homme d’affaires n’écarte pas non plus la possibilité qu’il y aurait peut-être eu plus de sept victimes. «À l’époque, il se servait de sa fille comme appât, sans qu’elle en soit consciente pour attirer des filles chez eux. Il incitait sa fille à inviter ses copines à la maison les week-ends. Il leur proposait ensuite plusieurs activités, notamment des sorties en mer ou encore des randonnées en montagne. On ne s’est jamais doutés de rien. On regrette de lui avoir fait confiance. Un pédophile est avant tout un grand manipulateur», lâche notre interlocuteur.

 

Durant plusieurs années, les filles n’ont rien dit de leur calvaire, souffrant en silence. Mais tout a changé en 2012 lorsqu’elles ont décidé de porter plainte et de réclamer justice. «C’était vraiment dur mais elles avaient franchi une importante étape après toutes ces années de silence. Depuis, elles se rencontrent souvent. Elles suivent également des thérapies personnelles et familiales. Michel de Ravel de l’Argentière est, pour sa part, mis à l’écart par son entourage», avance ce père qui attend impatiemment, tout comme les autres concernés, le 13 septembre, pour connaître le sort de celui qui a été reconnu coupable de pédophilie.

 


 

La chute

 

Michel de Ravel de l’Argentière était un homme très respecté dans le monde des affaires à Maurice. Son commerce, sis à Pailles, est spécialisé dans la vente d’équipements de textile à travers l’île. Il est l’un des plus gros revendeurs dans ce domaine. Mais l’image de cet habitant de Rivière-Noire a pris un sacré coup lorsque sept jeunes femmes se sont relayées au CCID en 2012 pour l’accuser d’attentat à la pudeur commis plus de 10 ans auparavant, dans les années 90, à sa résidence. Parmi les victimes, il y a trois des nièces du suspect et quatre amies de ses deux filles – elles ont plus ou moins le même âge.

 

L’affaire connaît un rebondissement en 2015 lorsque le Directeur des poursuites publiques décide de poursuivre formellement Michel de Ravel de l’Argentière sous 21 chefs d’accusations d’attentat à la pudeur. Le suspect avait plaidé coupable pour seulement 15 d’entre eux. Son procès a débuté en 2016 pour prendre fin le 21 juin. Le verdict de culpabilité de la magistrate Niroshni Ramsoondar est tombé mardi dernier et elle prononcera la sentence le jeudi 13 septembre. Fait marquant : le cas Michel de Ravel de l’Argentière est une première à Maurice s’agissant du nombre de victimes et du nombre d’années qui se sont écoulées entre les faits et la dénonciation pour déboucher sur le procès et la condamnation. 

 


 

Jean-Patrick Ferrat de Pédostop : «Ce jugement marque le début de la reconstruction»

 

 

Il accueille favorablement le verdict de la magistrate Niroshni Ramsoondar devant la cour intermédiaire le mardi 28 août. «Ce jugement marque le début de la reconstruction», assène Jean-Patrick Ferrat, le vice-président de Pédostop. La reconstruction mentale et émotionnelle des victimes de pédophilie, dit-il, est un chemin long et pénible qui se poursuit après que l’agresseur a été reconnu coupable par la justice.

 

Pédostop, ONG qui milite contre les abus sexuels sur les enfants à Maurice, a suivi de près cette affaire où sept filles ont porté plainte contre leur bourreau et qui aujourd’hui débouche sur la condamnation du suspect. Une réelle victoire pour les victimes et leurs proches. «Il est toujours très difficile de prouver la culpabilité d’un pédocriminel. En général, il y a toujours le souci du qu’en-dira-t-on et les proches privilégient l’image de la famille au sein de la société. Dans ce cas précis, la poursuite n’a pas eu à forcer pour convaincre la magistrate car il y a eu des aveux et les dépositions des victimes étaient cohérentes.»

 

Le vice-président de Pédostop tire encore une fois la sonnette d’alarme sur le fléau de la pédophilie qui touche toutes les communautés sans distinction de couleur, de classe sociale et de religion, à Maurice comme ailleurs. «Un enfant sur cinq est victime d’agression sexuelle dans le monde. Dans 80 % des cas, l’agresseur est un proche. L’objectif de Pédostop est de donner un espace de parole aux victimes. On propose aussi l’accompagnement psychologique, social, médical et légal grâce à des professionnels mandatés, quand la victime ne peut compter sur le soutien de sa famille. On offre aussi une aide financière conditionnelle pour l’accompagnement psychologique, médical et légal quand les moyens font défaut. Il est primordial que les proches d’un enfant victime d’abus valident ses paroles.»

 

Selon Jean-Patrick Ferrat, une victime doit toujours être soutenue sur les plans psychologique et émotionnel et ce, jusqu’à ce que justice soit faite. «On lutte surtout pour améliorer la prise en charge des enfants victimes en faisant des formations et des recommandations aux acteurs impliqués dans la protection de l’enfance.» Le vice-président de Pédostop insiste : «Aucun enfant n’est à l’abri. Agissons, informons, luttons contre le silence. Se taire, c’est laisser faire.»

 


 

La castration chimique pour éviter la récidive

 

Comment empêcher un pédophile de récidiver ? Car il faut savoir qu’un prédateur sexuel d’enfants a 90 % de chance de recommencer si rien n’est fait. Il y a la thérapie psychologique, bien sûr, mais cela ne fonctionne pas dans tous les cas. Un moyen plus efficace est la castration chimique pratiquée dans certains pays comme le Canada. Un suspect jugé coupable dans une affaire d’agression sexuelle passe par la castration chimique, s’il le souhaite, pour éviter la récidive. Cette technique, aussi appelée «traitement inhibiteur de la libido», a pour but de diminuer les pulsions sexuelles. Elle passe par l’injection de substances hormonales à plusieurs reprises sur une période précise. Les suivis psychologiques intenses et réguliers sont également nécessaires. Ce traitement peut être aussi administré aux femmes.