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«Crise» au MMM : Regard de jeunes militants

Fawzi Allymun, Rooma Bahadoor et Kumara Mootosamy donent leur avis sur ce qui se passe au sein du MMM.

Le trio Steve Obeegadoo, Pradeep Jeeha et Françoise Labelle n’a pas manqué de critiquer ouvertement la direction des Mauves en public, ces derniers temps. Qu’est-ce qui se passe au MMM ? Quelques jeunes militants nous livrent leurs réflexions…

Point météo. Situation générale : un front froid s’est installé entre plusieurs membres du Mouvement militant mauricien. L’apparition de quelques nuages gris sur les têtes de quelques dirigeants, à l’instar de Pradeep Jeeha, l’ex-adjoint des Mauves, et de Steve Obeegadoo, président de la commission de l’éducation, provoquent de gros orages.

 

Entre les vents violents de critiques, l’absence d’«un climat de confiance, de respect et de pratiques démocratiques» au sein du parti, décrié par l’ex-leader adjoint des Mauves (qui a été expulsé), les périodes d’accalmie et d’éclaircie – notamment avec les dernières déclarations de Steve Obeegadoo sur le fait que «le MMM va droit dans le mur» –, ne sont pas pour bientôt. Du brouillard pointe aussi à l’horizon avec la prise de position de Françoise Labelle, membre du comité central, qui dit soutenir Pradeep Jeeha. Est-ce que quelque chose ne tourne pas rond au sein du parti mauve ? La parole à quelques jeunes militants qui nous donnent leur avis sur ce que certains qualifient de «crise» qui secoue le MMM. Pour Fawzi Allymun, membre de régionale au n°15, le mot «crise» n’est pas approprié : «Depuis sa création, le parti a connu toutes sortes de péripéties, particulièrement durant ses années des braises. Mais par rapport à la situation actuelle, je préfère le mot divergence d’opinions.»

 

Selon lui, ce qui arrive actuellement aurait pu être évité : «Malheureusement, quand vous êtes dans l’opposition, vous devez assez régulièrement faire face à des crises. Regardez le PTr, ils connaissent aussi des soubresauts ! C’est beaucoup plus calme quand vous avez le pouvoir ! Ceci dit, il me semble qu’avec un peu plus de dialogue, de part et d’autre, cette crise aurait pu largement être évitée. Les divergences ne sont pas si fortes que ça. Tout le monde dit d’ailleurs qu’il ne souhaite que du bien au MMM. Nous sommes des combattants et nous sommes là, même pendant la tempête. Je ne perds pas espoir. À chaque fois que le MMM a été mis à genoux, il a toujours su se relever.»

 

Autre génération

 

Et que pense-t-il des propos de François Labelle, Pradeep Jeeha et Steve Obeegadoo qui critiquent ouvertement la direction du parti ? «Je ne ferai pas l’arbitre entre Françoise, Pradeep, Steve et la direction actuelle ! Je suis d’une autre génération et je laisse chacun endosser les responsabilités qui sont les siennes, selon ses convictions. Dans toutes les instances, la parole est libre et le libre arbitre n’est jamais entravé. On a toujours tendance à se plaindre quand on est en minorité, cela ne veut pas dire que la démocratie n’existe pas. Je n’ai personnellement jamais vu qui que ce soit être forcé à voter selon une directive. Ceci dit, le MMM sait ce que c’est d’être en minorité puisque nous avons passé plus de temps dans l’opposition qu’au gouvernement. Et nous avons souvent souhaité que les gouvernements prennent mieux en compte nos idées. Donc, dans le même sens, je pense que la direction fera preuve de plus d’ouverture d’esprit envers ceux qui pensent autrement au sein du parti. Le débat d’idées n’appauvrit jamais un parti politique, bien au contraire, et avec du dialogue, on finit toujours par trouver une synthèse qui convient à tout le monde», précise le jeune homme.

 

Les beaux jours

 

Fawzi Allymun croit dur comme fer que son parti a encore de beaux jours devant lui : «Depuis sa création, le MMM est toujours là, si beaucoup sont partis, d’autres sont arrivés. Comme Paul Berenger l’a dit lors de notre Assemblée des délégués le 1er mai, le MMM regarde l’avenir et nous nous mettons en marche pour les prochaines élections générales qui sont proches. Nous allons monter des comités de réflexion pour venir avec un programme susceptible de redresser le pays, un projet de société sans fausses promesses, sans démagogie et des mesures fortes pour mettre un terme à la corruption généralisée de nos institutions qui méritent des réformes naturellement.»

 

Pour lui, Paul Bérenger est le Premier ministre dont le pays a besoin : «Nous allons rétablir cette atmosphère qui inspirera la confiance dans le pays, Paul Berenger mérite d’être le prochain Premier ministre. On peut certes contester ses stratégies d’alliance, mais vous ne trouverez pas une seule casserole liée à son exercice du pouvoir. Comparez avec l’ère Ramgoolam, et l’ère des Jugnauth – papa-piti. Et pendant ce temps, la dette publique est passée de Rs 240 milliards à Rs 377 milliards.  Soyez sûr que le MMM saura rebondir car le pays a besoin du MMM.»

 

Autre avis, autre point de vue… Celui de Rooma Bahadoor, une autre jeune militante. Elle aussi ne comprend pas ce que d’aucuns appellent «crise». «À la tête du parti, on a un leader en qui on a confiance. Nous croyons sincèrement en son leadership. Et par rapport à ce qui se passe actuellement,  je ne vais pas utiliser le mot crise mais je dirais tout simplement que c’est un moment difficile que nous traversons. Comme pour chaque épreuve de la vie, après on se relève», confie la jeune femme.

 

Elle dit également ne pas comprendre les reproches faites à la direction du parti : «Dans les instances du parti, n’importe qui a le droit de dire ce qu’il pense et il est écouté. À la direction, il n’y a pas que le leader, il y a par exemple, les membres du BP, et tous communiquent, discutent. Il y a des échanges, il ne faut pas croire que le parti est fermé. D’ailleurs, si j’ai rejoint le MMM, c’est parce que pour moi, c’est un parti qui prône la démocratie.»

 

Pour Kumara Mootosamy, un autre fidèle des Mauves, certaines personnes sont en train de faire une tempête dans un verre d’eau. «Je ne vois pas de crise qui secoue le MMM actuellement ! Depuis la création du parti,  il y a eu des adhésions et des départs et cela va être toujours comme ça. On en a connu pire en 83 et 93. Cet épisode n’est qu’une petite secousse et très vite, cela va être derrière nous», déclare celui qui a créé, dit-il, le MMM TV.

 

Selon ce militant passionné, toute cette affaire sera vite oubliée : «Le MMM, c’est le MMM. On passe par des moments difficiles mais on va rebondir. Après l’élection du comité central le 24 juin, la nouvelle direction va certainement venir avec un plan de travail pour les élections générales.» Car pour lui, les nuages gris et les vents de critiques seront bientôt chose du passé…

 

La parole à…

 

Rajesh Bhagwan, président du MMM : «Le MMM a connu beaucoup de tempêtes au fil de son histoire et le parti a toujours relevé la tête parce que les militants savent qui sont sincères et qui ne le sont pas. Ils connaissent l’histoire de Paul Bérenger et la lutte du MMM. La vraie opposition au Parlement, c’est le MMM ! On travaille pour aller aux élections générales avec Paul Bérenger comme Premier ministre. En ce qu’il s’agit des tapages qu’il y a actuellement, je me pose la question suivante : sans Paul Bérenger, sans le MMM, est-ce que ces personnes existeraient ? Les militants savent qui sont ceux qui travaillent pour leur intérêt personnel. En tant que président du parti, je suis triste que certaines personnes mettent les intérêts personnels devant les intérêts du parti.»

 

Steve Obeegadoo, président de la commission de l’éducation : «Depuis les élections de 2014, je lutte pour que le MMM puisse prendre un nouveau départ, pour que le MMM réapprenne à gagner. Et l’exercice de la task force nous a permis de réaliser que pour que le parti puisse prendre un nouveau départ, il faut un nouveau MMM, adapté à notre époque et non un MMM prisonnier des habitudes du passé. Aujourd’hui, ce combat a été bloqué à l’intérieur, d’où la nécessité de l’exprimer dans les médias qui a débouché sur des sanctions contre moi ou encore l’expulsion de Pradeep Jeeha. Je considère que je ne peux pas être un militant du MMM qui, lorsqu’il voit que quelque chose ne fonctionne pas, reste tranquille et acquiesce ! Au contraire ! J’estime que je fais ce que je dois faire. Quand il y a dysfonctionnement, j’élève la voix pour dire ce que je pense et je souhaite que la direction du MMM, dans un esprit de dialogue, est disposée à faire ce qui doit être fait, au lieu de sanctionner chaque voix dissidente.»

 

Catherine Boudet, politologue : «Ce sont des contestations éminemment idéologiques»

 

Comment analysez-vous ce qui se passe actuellement au sein du MMM?

 

Catherine Boudet, politologue: " Le MMM traverse une énième crise de leadership post-électorale. Après la démission de Dorine Chukowri, Paul Bérenger fait face à une nouvelle fronde. Ce sont trois poids lourds de son parti, Pradeep Jehaa, Steve Obeegadoo et Françoise Labelle, qui contestent les méthodes, la stratégie d’alliance, le manque de remise en question, les procédures de démocratie interne, la coupure avec la base... Ce sont des contestations éminemment idéologiques.

 

La défaite à la partielle de décembre a ouvert la porte à une nouvelle vague de dissensions internes, après la vague précédente de suspendus et de démissionnaires de 2015, dans le sillage de la défaite aux élections générales.

 

Du coup, les vagues de suspensions-démissions semblent désormais faire partie du rythme de vie du MMM. Elles sont les réponses apportées aux réajustements de la gouvernance interne pour maintenir un leadership autoritaire de type «leader maximo». Ce type de réponse semble pourtant fonctionner en interne puisque Paul Bérenger réussit à chaque fois à obtenir l’adhésion et la re-solidarisation de son comité central et de son bureau politique, au prix d’un brain drain important à chaque nouvelle crise.

 

Mais la réponse stéréotypée au problème de la contestation montre que le style de leadership est en train de se scléroser. La lecture de la contestation par le leader et la réponse apportée relèvent d’une logique à la Dostoïevski, de type « crime et châtiment », cherchant ainsi à éviter les remises en question sans résoudre les problèmes posés. Cette tendance semble s’accentuer d’autant que le MMM n’a plus accédé à aucune position gouvernementale depuis treize ans. Le leadership se retrouve de plus en plus déphasé par rapport aux réalités de la gouvernance, il s’enferre dans des préoccupations de gouvernance interne, par manque de perspective concrète sur le pouvoir au plan étatique.

 

Mais il faut porter au crédit du MMM que ces frondes sont rendues possibles par le fait que le MMM reste sans doute le seul parti mainstream idéologique à Maurice. Il est plus difficile de remporter l’adhésion et le consensus autour de questions idéologiques, que sur la base de logiques purement politiciennes de conquête du pouvoir où on est prêt à tous les compromis dans ce seul objectif.

 

Je ne pense pas que la prise de décision au Parti Travailliste par exemple, soit plus consensuelle. Il y a une apparence de consensus au PTR mais qui relève en réalité du compromis. Il ne faut pas oublier qu’au sein même du PTR il y a un bon nombre de personnes qui rêvent de se débarrasser du leader, mais sans savoir comment faire pour y parvenir. Ce n’est pas le cas au MMM où même les frondeurs ne remettent pas en question la légitimité du bâtisseur, même s’ils en contestent le style et les méthodes."