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Commission d’enquête sur Ameenah Gurib-Fakim : le tour de passe-passe du gouvernement

Le PM a préféré instituer une commission d’enquête sur l’ex-présidente plutôt que sur Alvaro Sobrinho.

Une commission d’enquête sur les agissements de l’ex-présidente est-elle vraiment pertinente ? C’est la question que se posent aujourd’hui les observateurs politiques, qui se demandent pourquoi cette commission ne se planche pas plutôt sur le scandale financier Alvaro Sobrinho.
 

Combine ou vraie décision politique ? L’annonce du Premier ministre, le vendredi 23 mars, d’instituer une commission d’enquête sur les agissements d’Ameenah Gurib-Fakim et pas sur Alvaro Sobrinho, dont l’enquête a été confiée à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), fait tiquer. Pour certains observateurs politiques, l’opposition et plusieurs citoyens, le gouvernement cherche aujourd’hui à noyer le poisson et dévier l’attention du vrai débat : le scandale financier Sobrinho !

 

Parvèz Dookhy, avocat et vice-président du Ralliement Citoyen pour la Patrie, est de ceux qui pense et le crie haut et fort. «Pravind Jugnauth pratique l’art de l’enfumage. Il a créé une affaire dans l’affaire. Or, l’affaire c’est, en ce qui nous concerne, les passe-droits d’Alvaro, les avantages et privilèges indus qu’il a pu bénéficier et éventuellement est-ce que d’autres responsables ont pu bénéficier de ses largesses en échange.» Mais le PM a préféré ne pas aller sur ce terrain…

 

En effet, à peine quelques heures après le départ d’Ameenah Gurib-Fakim du Réduit, Pravind Jugnauth est passé à l’offensive avec l’annonce de la création d’une commission d’enquête sur l’ex-présidente de la République et sur la commission d’enquête que celle-ci voulait instituer. Le but, a expliqué le Premier ministre, est de déterminer s’il y a eu viol de l’article 64 de la Constitution et de la Banking Act et usurpation illégale de pouvoir. Il est aussi question de comprendre comment sir Hamid Moollan a été nommé, de savoir pourquoi le bureau de la présidente n’est pas passé par le cabinet, de déterminer si la présidente a été influencée et qui a participé à l’élaboration de ce plan.

 

Selon Catherine Boudet, politologue, Pravind Jugnauth essaie de reprendre la main après deux semaines de crise institutionnelle. Mais a-t-il réussi ? «Ce move démontre encore une fois que les intérêts des politiciens passent avant l’intérêt national et que la Constitution et les lois sont interprétées davantage dans une perspective de stratégie politique que dans une perspective d’intérêt public. C’est aussi une tentative de refaire pencher la balance du pouvoir au sein de l’exécutif en faveur du Premier ministre.»

 

Mauvaise réputation

 

Parvèz Dookhy, lui, ne voit pas forcément l’intérêt d’une commission d’enquête sur les circonstances qui ont mené à la démission de la présidente. «Elle fait désormais partie de l’histoire du pays, en particulier sa mauvaise lecture constitutionnelle. Le mieux serait de nommer, sur la base d’un consensus avec tous les représentants de l’opposition et le gouvernement, un commissaire-enquêteur pour traiter l’affaire Sobrinho.»

 

L’historien Jocelyn Chan Low ne partage pas tout à fait le même avis. Pour lui, il est effectivement nécessaire de faire une enquête sur les agissements de la présidente : «Il n’y a pas à sortir de là. Ce que la présidente a fait, c’est une tentative de coup d’état et un viol total de la Constitution. Par contre, il y avait probablement une autre manière de procéder. Le cabinet aurait pu refuser sa démission et procéder à la mise sur pied d’un tribunal.»

 

Par contre, confier l’affaire Alvaro Sobrinho à l’ICAC pousse de nombreux observateurs à remettre en question la pertinence de cette commission. Pour justifier cette décision qui fait sourciller plus d’un, le PM a  expliqué avoir reçu une lettre de dénonciation, impliquant certaines personnalités, qu’il a immédiatement remise à l’ICAC et que c’est à cette instance de traiter toutes les allégations qui ont été faites. Cependant, tous se demandent aujourd’hui pourquoi le gouvernement n’a pas voulu instituer une commission d’enquête sur l’homme d’affaires angolais.

 

Le gouvernement a-t-il raison de procéder ainsi ? Oui, mais uniquement si l’ICAC fait son travail sans interférence politique, assure Catherine Boudet. «Je pense que la démarche peut être plus sûre qu’une commission d’enquête en termes de transparence. Le public aura plus de chance d’avoir des réponses car il faut savoir qu’une commission d’enquête ne garantit aucunement la transparence. La voie légale est donc préférable.»

 

Pour Jocelyn Chan Low, il y a clairement tentative d’étouffer le scandale Sobrinho. «En confiant l’affaire Sobrinho à l’ICAC, qui a mauvaise réputation et qui opère sous plusieurs restrictions, le gouvernement donne l’impression de vouloir cacher des choses.» Comparant l’ICAC à une «white washing machine», l’observateur politique pense qu’une commission d’enquête sur Alvaro Sobrinho aurait été plus efficace. Cette décision, dit-il, ne sera pas sans conséquence sur l’image du gouvernement. «L’opinion publique est actuellement très remontée. Pravind Jugnauth essaie de gérer et de montrer qu’il est un bon leader mais son gouvernement va y laisser des plumes. Le refus de nommer une commission d’enquête sur Sobrinho le fera perdre des points. La population n’est pas dupe !»

 

Selon Parvèz Dookhy, il y a définitivement une inégalité de traitement entre la violation de la Constitution par l’ex-présidente et le scandale financier Sobrinho. «C’est inacceptable que le Premier ministre puisse choisir son enquêteur. Il ne faut pas oublier que c’est lui-même qui a choisi le directeur général de l’ICAC. C’est pour cela que cet organe n’est pas productif. Dans un véritable état de droit, le Premier ministre ne peut pas choisir son enquêteur dans des affaires qui peuvent toucher au plus près le gouvernement. C’est un non-sens juridique, une farce, de la poudre aux yeux !» En attendant, les Mauriciens attendent, eux, toujours des réponses à leurs questions.

 


 

Les mots d’adieu de la présidente

 

C’est le «cœur gros» qu’elle a quitté, vendredi 23 mars, le château du Réduit après y avoir occupé les fonctions de présidente de la République pendant trois ans. C’est dans un message vidéo qu’Ameenah Gurib-Fakim a choisi de s’exprimer et de revenir sur l’affaire Platinum Card. «Il y a beaucoup d’allégations. On a dit que j’avais utilisé la carte de crédit pour des achats personnels mais ce qui n’a pas été suffisamment rapporté c’est que j’ai remboursé la totalité de la somme dès que j’ai réalisé mon erreur.» Elle dit rester confiante que si enquête il y a, la vérité éclatera et elle «lavera son honneur.» Ameenah Gurib-Fakim a aussi fait le bilan de son mandat et a déclaré avoir eu le privilège de servir Maurice comme la première femme présidente. Elle compte désormais revenir à son domaine de prédilection : la science et la recherche.

 


 

Ravi Rutnah réplique

 

Il sort les griffes ! Lors de la conférence de presse du gouvernement, le député Ravi Rutnah a tenté de justifier la décision du gouvernement d’instituer une commission d’enquête sur Ameenah Gurib-Fakim, tout en défendant l’ICAC contre les critiques. «C’est faux de dire que l’ICAC est un outil politique. Quand des individus sont impliqués dans des affaires de corruption, on ne met pas de commission d’enquête mais on réfère le cas à l’Investigative Authority. Il y a beaucoup d’allégations dans cette affaire. Certains disent que certains membres du gouvernement dont le PM ont eu des voitures. Si vous avez des preuves, allez à l’ICAC.» Selon le ministre Mahen Jhugroo, cette commission permettra d’établir qui a tenté de déstabiliser le gouvernement. Démentant les rumeurs de froid entre le ML et le MSM, il a affirmé que l’Alliance Lepep est plus que jamais soudée.

 


 

Barlen Vyapoory, président de la République : «Je vais continuer à faire mon devoir»

 

Enter Barlen Vyapoory ! Avec le départ d’Ameenah Gurib-Fakim, c’est lui qui porte désormais la casquette du président de la République. «Je vais assurer l’intérim avec beaucoup de sérieux et d’humilité comme je l’ai fait plusieurs fois auparavant. Je vais continuer à faire mon devoir», nous confie celui qui avait prêté serment comme vice-président de la République en 2016.  Père, époux, ex-enseignant, ancien policitien, amoureux des planches, des livres, de la langue anglaise et grand défenseur de l’environnement, voici quelques axes importants de la vie du nouvel occupant du château du Réduit.

 

Ses parents : «Je suis le cinquième d’une fratrie de dix enfants, qui compte cinq filles et cinq garçons. Mon père Somoo était prof au primaire et ma mère Luxmi, femme au foyer. Ils sont tous les deux décédés aujourd’hui, mais ils m’avaient vite fait comprendre, même s’ils m’ont bien encadré, que c’était à moi de faire en sorte d’avoir la vie que je voulais.»

 

Sa jeunesse : «J’ai fait ma scolarité sur les bancs du collège Royal de Port-Louis. Je n’étais pas très doué en sport, mais j’adorais lire. Je dévorais les livres. Parmi mes amis, il y avait, entre autres, Cassam Uteem.»

 

Le théâtre : «Le théâtre a occupé une place importante dans ma vie. J’ai joué dans plusieurs pièces de théâtre. Notamment dans General Macbeth avec Dev Virahsawmy ou encore La Cantatrice chauve, et A man of all seasons, entre autres, qui m’ont permis de vivre ma passion à fond et de partager la scène avec des personnes d’exception. J’ai vécu de très belles choses grâce au théâtre. J’ai d’ailleurs déjà reçu le prix de Best Producer & Best Supporting Actor et j’ai également monté des pièces comme Anjali. Je m’estime aussi chanceux d’avoir pu vivre de très belles expériences au sein de l’English Speaking Union, du Toast Masters ou encore au sein de la Speaking Academy.»

 

Sa famille : «C’est le 2 septembre dans le courant de l’année 1969 que j’ai embarqué pour la très belle aventure qu’est la vie à deux. C’est avec Sarojini que je chemine et qui m’épaule dans toutes mes entreprises. Le 22 juillet 1988, elle m’a fait le plus beau cadeau en me donnant ma fille Anjali, ma plus grande fierté et qui exerce aujourd’hui dans le domaine bancaire.»

 

Son amour pour son pays : «Je vais agir dans l’intérêt de tout un chacun. Je m’intéresse aux travaux des ONG. Mes sujets de prédilection sont le changement climatique, la pauvreté et la drogue.»

 


 

L’opposition attaque

 

Paul Bérenger  : «Il s’est disqualifié»

 

«Ça servira à quoi d’établir dans quelles circonstances telle ou telle chose s’est produite ? Qu’est-ce que Pravind Jugnauth cherche à faire ? Tout le monde attendait une commission d’enquête sur l’affaire Sobrinho et voilà qu’il en met une sur l’ex-présidente ! Apre lamor latizann. Madam-la inn fini ale. C’est Xavier-Luc Duval qui a poussé Ameenah Gurib-Fakim à violer la Constitution. Il s’est disqualifié comme leader de l’opposition.»

 

Xavier-Luc Duval  : «Un gouvernement qui a tout à cacher»

 

«Nous avons toujours dit au PMSD que nous étions en faveur d’un tribunal pour destituer la présidente parce que si elle avait été destituée, elle n’aurait pu garder ses privilèges. Mais un gouvernement qui a tout à cacher n’aurait jamais mis sur pied un tribunal. La commission d’enquête est un moyen de dévier l’attention des Mauriciens. L’affaire Sobrinho reste entier.»

 

Roshi Bhadain : «Une erreur capitale»

 

«Pravind Jugnauth fait une erreur capitale en tant que leader du pays et c’est parce qu’il veut protéger des membres de son gouvernement. C’est l’occasion appropriée de mettre une commission d’enquête en toute transparence sur le scandale d’Alvaro Sobrinho. L’ex-présidente doit venir dire quand et comment elle a connu Alvaro Sobrinho.»

 

Navin Ramgoolam : «Il veut dévier l’attention»

 

«Pour moi, c’est un PM qui a peur. Face aux pressions de la population qui réclame des réponses, il met une commission d’enquête sur une autre commission d’enquête. Il veut dévier l’attention. Toute l’opposition et les ONG doivent se réunir et demander que lumière soit faite sur le méga-scandale Sobrinho.»

 

Alan Ganoo : «Détourner l’opinion publique»

 

Il faut une vraie commission d’enquête sur Alvaro Sobrinho. Celle du gouvernement n’est qu’une stratégie bien réfléchie visant à détourner l’opinion publique du vrai problème qui est l’affaire Sobrinho.

 

Textes : Amy Kamanah-Murday et Christophe Karghoo