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Chez les Neermul à Montagne-Longue : Un mariage, deux enterrements et une naissance en 24 heures

Renjitsing et son épouse Beedwantee sont tous deux décédés de cause naturelle à une heure d’intervalle, le jour du safran de leur petit-fils.

Renjitsing Neermul, 91 ans, souffrant de problèmes cardiaques, meurt en clinique alors que tous les autres membres de sa famille assistent au «safran» de son petit-fils Shavin. Une heure plus tard, c’est son épouse Beedwantee, 78 ans, qui rend l’âme après un malaise en pleine cérémonie, sans même savoir que son époux est décédé peu avant. Deux jours plus tard, la sœur du nouveau marié donne naissance à une fille au Canada. Depuis le week-end dernier, les Neermul oscillent entre terrible chagrin et grand bonheur. Ils racontent.

La tente de mariage érigée pour le petit-fils est devenue la tente funéraire des grands-parents. Renjitsing et Beedwantee Neermul, 91 et 78 ans, ont rendu l’âme à une heure d’intervalle, le samedi 18 août, alors même que la cérémonie de safran de leur petit-enfant Shavin battait son plein. En quelques heures, la famille Neermul de Valton, à Montagne-Longue, est passée d’une joie intense à une peine immense avant de sourire à nouveau avec la naissance d’un autre petit-enfant, une fille, au Canada. 

 

Jugdish Neermul, 60 ans, le fils aîné du couple, a l’air un peu perdu. Des émotions diverses le submergent et il ne sait pas trop comment les gérer. Il faut dire que les événements que les siens et lui ont vécu le samedi 18 août ont de quoi secouer massivement, tant ils sont importants et sortent de l’ordinaire. Ce jour-là a lieu la cérémonie de safran de son fils Shavin, en prélude à son mariage le lendemain. L’heure est à la fête.

 

Presque tous sont là dont les grands-parents Renjitsing et Beedwantee, et les frères de Jugdish : Prem, 58 ans, Heman, 55 ans, Omraj, 52 ans, Subiraj, 46 ans, et Bushan, 44 ans. Trois d’entre eux ainsi que leurs familles respectives – 13 personnes en tout – ont fait le déplacement de l’Angleterre où ils vivent. Seule la fille aînée de Jugdish et sœur du marié manque à l’appel. Vivant au Canada, elle n’a pu prendre l’avion car elle était au terme de sa grossesse et attendait l’heureux événement d’un moment à l’autre.

 

Ce soir-là, toute la famille et les invités sont réunis dans un hall à Salazie. Le grand-père Renjitsing est absent de la cérémonie car il est hospitalisé depuis le 14 août. «Notre père était en observation à l’unité des soins intensifs. Il était sous respiration artificielle. C’est pour cette raison qu’il n’a pu assister à la cérémonie du safran», raconte Jugdish. Le vieil homme, plus connu comme Baboojee, souffrait de problèmes cardiaques depuis 2011. Depuis quelque temps, sa santé se dégradait et il faisait le va-et-vient à la clinique. Le 10 août, le personnel soignant l’a autorisé à rentrer à la maison pour souffler ses 91 bougies, le dimanche 12 août, en présence des siens – il avait fêté ses 90 ans et aussi ses 70 ans et 80 ans à Edmonton, en Angleterre, entouré de sa famille. Deux jours plus tard, il est à nouveau admis en clinique.

 

«Un malaise»

 

À 20 heures, la triste nouvelle tombe. Les frères Neermul reçoivent un appel de la clinique les informant du décès de leur père. «Nous étions en pleine célébration. Il y avait 1 000 invités. On a gardé la nouvelle secrète», raconte Jugdish, les yeux embués de larmes. Très affectés par cette triste nouvelle, ses frères et lui décident néanmoins de ne rien révéler, le temps que la cérémonie se termine. «On n’a rien dit pour ne pas gâcher la célébration du safran de mon fils.»

 

Mais voilà qu’une nouvelle bombe leur tombe dessus, à peine une heure plus tard. «Notre mère a fait un malaise. Présent sur place, le médecin traitant de notre père l’a alors fait transporter dans une petite pièce. Une ambulance privée est ensuite arrivée avec deux médecins. Malheureusement, notre mère nous avait déjà quittés elle aussi, sans même savoir que notre père est décédé une heure auparavant. Enn sel kout nounn perdi nou papa ek nou mama. Nous avons alors dû annoncer la nouvelle des deux décès aux proches et aux invités», confie tristement Jugdish. Il précise toutefois que sa mère Beedwantee, plus connue comme Kisnawtee, était, elle, en bonne forme, même si elle était diabétique.

 

Un double départ inexplicable, incroyable pour un couple qui comptait 64 ans de mariage et qui, selon ses enfants, était fusionnel, inséparable. À croire que Renjitsing et Beedwantee ont souhaité rester unis dans la mort comme ils l’étaient dans la vie. C’est en tout cas ensemble qu’ils ont été incinérés dans l’après-midi du dimanche 19 août. Quelques heures après la cérémonie de mariage de Shavin qui a dû être avancée à 9 heures, avec l’approbation de la famille de la mariée. La cérémonie funéraire a eu lieu sous la même tente à 14 heures, heure initialement prévue pour le mariage. Auparavant, les dépouilles avaient été exposées dans la chapelle ardente d’Elie & Sons.

 

Pour les funérailles, plusieurs centaines de personnes se sont déplacées à leur domicile en signe d’hommage et de solidarité. «Enn ta dimounn ti konn mo papa. Li ti enn planter bien koni e li mem ti premie sofer loto dan Montagne-Longue», souligne Jugdish. Le Premier ministre, le commissaire de police et plusieurs hauts gradés étaient présents. Deux des fils du couple sont sergents de police : l’un travaille à l’Information Room et l’autre à la Very Important Person Security Unit. Depuis le dimanche 19 août, les Neermul n’arrêtent pas de recevoir des visites et des témoignages de sympathie. «Nos parents étaient un bel exemple pour notre entourage.»

 

Malgré la terrible peine d’avoir perdu ses deux parents en même temps, Jugdish a tenu le coup pour son fils qui se mariait. Et le lendemain, lundi 20 août, il a eu la joie d’apprendre que sa petite-fille était née au Canada. Une naissance qui apporte du baume au cœur de tous ceux affligés par le choc du double décès de Renjitsing et Beedwantee. Ce qui rassure aussi les proches du couple, c’est qu’ils sont partis ensemble dans l’autre vie.

 

Le nouveau marié, lui, a essayé de rester le plus positif possible après avoir appris les décès successifs de ses grands-parents, raconte sa jeune sœur Pinky : «Li ti fek met safran. Li pann kapav get figir nou dadi parski li ti bizin res dan lasam akoz lalanp. Me kan linn trouv zot pou lamor li dir li fier linn gagn zot kouma gran paran. Linn fer prev boukou kouraz pou li kapav akeyir so madam ek le sourir.»

 

La jeune fille et ses cousins se donnent maintenant pour mission de continuer à réunir et à soutenir la famille. «Dadi ek dada ti touzour gard nou fami soude. Samem ti nou rasinn. Nou pou kontigne fer sa pou zot memwar.»