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Benazir Gheesa tuée par celui qui disait être amoureux d’elle : Les rêves brisés d’une jeune femme «modèle»

Le corps de la jeune femme a été retrouvé près d’une falaise, à Congomah.

Elle était sa «sœur», sa «meilleure amie», sa «confidente». Elle était «ambitieuse» aussi, confie son petit frère Irfaan Gheesa. Mais Benazir Gheesa, 25 ans, a perdu la vie dans des circonstances tragiques, le jeudi 13 septembre. Un suspect, Abhishek Dhunsoo, a été arrêté. Il est passé aux aveux. Face à cette tragédie, Irfaan, lui, est dans tous ses états : «Kouma linn kapav fer sa ?» Il se confie…

Elle était jeune, intelligente et avait des projets. Elle voulait poursuivre ses études, obtenir son permis de conduire, s’acheter une voiture, économiser pour emmener sa famille à La Mecque… Mais ces projets, ces rêves, Benazir Gheesa ne les réalisera pas. Le corps de cette jeune femme de 25 ans, une habitante de D’Épinay, a été retrouvé le vendredi 14 septembre, dans un ravin, à Congomah, à l’arrière d’un centre de bien-être. Son cadavre y avait été abandonné la veille par Abhishek Dhunsoo, un mécanicien de 28 ans habitant Ilot.

 

Arrêté, ce dernier a avoué avoir agressé et étranglé la jeune femme parce qu’elle aurait voulu, selon ses déclarations à la police, mettre fin à leur «relation». Abhishek Dhunsoo est actuellement admis à l’hôpital SSR et a été placé sous la surveillance de sentinelles. Il devra comparaître en cour où une charge provisoire de meurtre devrait être logée contre lui.

 

Depuis la disparition tragique de sa sœur aînée, Irfaan Gheesa, 24 ans, est, lui, anéanti. Le jeudi 13 septembre, Benazir, qu’il appelait affectueusement Ben, Ben 10 ou encore Benzema, s’est réveillée très tôt pour aller travailler. Comme à son habitude. La jeune femme était enseignante de français au collège D.A.V., à Morcellement St-André, depuis environ deux ans.

 

Elle prend son petit déjeuner, puis sa mère, Khoreissa, l’accompagne jusqu’à l’arrêt d’autobus, situé à proximité de leur maison. Jusque-là, tout va bien. Mais dans le courant de la journée, les Gheesa disent avoir reçu une visite inhabituelle. «Les proches d’Abhishek Dhunsoo sont venus chez nous. Ils ont demandé à ma mère si elle savait où se trouvait leur fils car il avait quitté la maison un peu plus tôt et ne semblait pas dans son état normal. Ils soupçonnaient qu’il était en compagnie de Benazir», explique Irfaan.

 

«Menacée»

 

Convaincue qu’elle n’a aucune raison de s’inquiéter, Khoreissa promet de les tenir au courant si elle a des nouvelles et vaque normalement à ses occupations. Mais lorsqu’elle tente de joindre sa fille sur son cellulaire après ses heures de travail, celui-ci semble être éteint. «Quand je me suis aperçu qu’elle n’était pas encore rentrée à mon retour vers 17 heures, j’ai aussi essayé de l’appeler», raconte Irfaan. Mais ses multiples tentatives restent vaines. Alors que, selon son entourage, Benazir prévenait toujours sa famille lorsqu’elle avait du retard et informait son frère de ses moindres déplacements.

 

Inquiets, les proches de Benazir entament des recherches afin de retrouver la jeune femme qui, apprennent-ils bien plus tard, ne s’était jamais rendue sur son lieu de travail ce jour-là. Par la suite, ils se rendent chez la famille d’Abhishek Dhunsoo (la version de la famille du jeune homme diffère ; voir hors-texte). En la questionnant, Irfaan apprend qu’Abhishek Dhunsoo a regagné son domicile. Mais il n’a pas la possibilité de lui parler. Au même moment, il se souvient que la semaine dernière, sa sœur lui aurait confié que le jeune homme l’avait menacée. «Il lui avait dit qu’il s’en prendrait à elle si elle refusait qu’ils soient en couple. Je le connaissais aussi mais nous n’étions pas très amis. Nous nous parlions uniquement dans le cadre de son travail. Il me disait de ne pas hésiter à emmener ma voiture à son garage pour l’entretien. Mais ma sœur et lui n’ont entretenu aucune relation. Ils étaient juste amis», assure notre interlocuteur.

 

Ses proches et lui poursuivent les battues jusqu’à 23h15, sans succès. Ils décident alors de rapporter la disparition de la jeune femme au poste de police de Pamplemousses et informent les enquêteurs que la famille Dhunsoo s’est rendue chez eux pour demander si leur fils était avec Benazir. Les policiers se rendent alors chez les Dhunsoo. Soumis à un feu roulant de questions, Abhishek explique, dans un premier temps, qu’il aurait récupéré sa «petite amie» en voiture plus tôt, le même jour, à Terre-Rouge, et qu’il l’aurait conduite à Montagne-Longue. Une fois sur les lieux, le «couple» se serait disputé et le jeune homme aurait laissé Benazir près d’un pont.

 

Ecchymoses

 

Mais au cours de son interrogatoire, la police constate qu’Abhishek Dhunsoo a des ecchymoses au cou. Elle ne questionne pas le jeune homme à ce sujet mais interpelle sa famille. Celle-ci explique alors qu’il est dépressif et qu’il aurait tenté de mettre fin à ses jours un peu plus tôt. Abhishek Dhunsoo est alors conduit à l’hôpital SSR.

 

Le vendredi 14 septembre, diverses unités de la force policière – la Divisional Support Unit, la Special Support Unit, l’Emergency Response Service, la Major Crime Investigation Team et la Police Dog Unit – sont déployées à Montagne-Longue, non loin de Les Mariannes, pour une battue mais leurs recherches ne donnent rien. Les enquêteurs interrogent donc de nouveau Abhishek Dhunsoo, toujours admis à l’hôpital, et il finit par passer aux aveux.

 

Dans sa déclaration à la police, il dit avoir conduit la victime jusqu’à une falaise, à Congomah, dans une Mitsubishi grise, où il l’a agressée et étranglée parce qu’elle «voulait mettre un terme à (notre) relation». Après quoi il a raconté avoir caché son corps dans les bois, non loin du lieu du drame.

 

Le même jour, Abhishek Dhunsoo a été conduit sur les lieux afin de montrer aux enquêteurs le lieu exact où il a dissimulé le corps de Benazir Gheesa. Celui-ci a été retrouvé et transporté à la morgue de l’hôpital Victoria, à Candos, où une autopsie a été pratiquée par le Dr Sudesh Kumar Gungadin, Chief Police Medical Officer. Celle-ci a attribué le décès de la victime à une compression of the neck.

 

Quant au suspect, il a été de nouveau admis à l’hôpital. Il comparaîtra en cour lorsqu’il sera remis de ses blessures. Une charge provisoire de meurtre devrait être logée contre lui.

 

«Un rêve d’enfant»

 

Suivant la découverte du corps de Benazir Gheesa, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre, le vendredi 14 septembre, à D’Épinay. La famille Gheesa, elle, est partagée entre choc, tristesse et consternation. Irfaan a perdu sa «sœur», sa «meilleure amie» et sa «confidente». «Kouma linn kapav fer sa enn dimounn ?» lâche-t-il. Avant d’ajouter : «Avec Benazir, nous étions très proches et soudés car nous avons perdu notre père quand nous étions très jeunes.»

 

Très jeune, Irfaan se voit devoir assumer de lourdes responsabilités. «J’ai toujours fait de mon mieux pour que ma sœur ne manque de rien. Lorsqu’elle étudiait, je travaillais dur pour lui offrir un cellulaire et un ordinateur portable pour l’aider. Je voulais à tout prix qu’elle réussisse. Être enseignante était un rêve d’enfant.» Lorsque sa sœur réussit brillamment ses examens à l’Université de Maurice et obtient son BA en français, il se dit qu’il a eu raison de faire des sacrifices pour celle qui était de nature ambitieuse. «Ben ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin. Elle souhaitait poursuivre ses études et faire un Master dans cette matière.» Le cœur gros, Irfaan ne peut retenir ses larmes en parlant des nombreux rêves que sa sœur ne pourra réaliser.

 

Lorsqu’il évoque Benazir, il parle d’une jeune femme «modèle», qui «travaillait du lundi au vendredi, se reposait le samedi et sortait uniquement en famille le dimanche». Cette enseignante avait aussi des passions : le sport, la musique, regarder la télé et le shopping, ajoute Irfaan, plus particulièrement lorsqu’il s’agissait de vêtements, de chaussures et  de maquillage. «Amicale, joviale, respectueuse, sympathique, elle s’entendait bien avec tout le monde mais se faisait discrète.»

 

Alors pourquoi a-t-elle connu une fin aussi tragique ? Cette question, ses proches ne cessent de se la poser. Et c’est en larmes qu’ils ont fait leurs derniers adieux à une jeune femme «modèle» hier, samedi 15 septembre. Une jeune femme qu’ils chérissaient tant…

 

Elodie Dalloo

 


 

 

La mère du suspect, Abhishek Dhunsoo : «Mon fils regrette son geste»

 

Photo du suspect publiée avec la permission de la famille.

 

C’est le talk of the town dans le village d’Ilot, dans le Nord. L’arrestation d’un des habitants de la localité, Abhishek Dhunsoo (photo), pour le meurtre d’une jeune femme, Benazir Gheesa. En ce matin du samedi 15 septembre, tous ont les yeux rivés sur sa maison devant laquelle sont postés des éléments de la Special Supporting Unit. Ils sont là «par mesure de sécurité» depuis la veille, nous dit-on.

 

À l’intérieur, tous les rideaux sont tirés. Sureka, la maman du présumé meurtrier, est assise à l’abri des regards dans le salon familial. Les yeux dans le vide, elle est complètement perdue dans ses pensées. La veille, son fils a avoué avoir agressé mortellement une jeune femme de 25 ans, habitant D’épinay. Depuis, elle ne sait plus quoi penser, quoi dire, quoi faire. Son état d’esprit oscille entre choc, incompréhension et chagrin. «Pa kone kinn pas dan so latet sa moman-la», lance-t-elle, hébétée par ce qui lui arrive ainsi qu’à sa famille.

 

Pourtant, avance Surekha, son fils a toujours été «un bon garçon, populaire et généreux». «Il n’hésite jamais à venir en aide à tous ceux qui font appel à ses services», lance-t-elle. Abhishek est le benjamin d’une famille de six enfants. Il a trois sœurs et deux grands frères. Il n’avait que deux ans et demi lorsque son père est décédé, précise sa mère. C’est donc elle qui l’a pratiquement élevé toute seule.

 

Le jour du drame dont il devait écrire les sombres lignes, raconte-t-elle, Abhishek s’est réveillé très tôt, comme à l’accoutumée. Sa mère lui a préparé un café noir. Il est sorti peu après, vers 8h30. «Mo ti panse li pe al dan so garaz parski li ti met so linz ek so soulie ki li abitie mete kan li al travay.» Abhishek travaillait à son compte. Il avait déménagé son garage chez un cousin à D’épinay depuis peu car il y a des travaux de construction à son domicile à Ilot. «Mo gran garson pe ranz so lakaz lao», précise Sureka.

 

Dans l’après-midi, ce jour-là, Sureka remarque quelque chose d’inhabituel. «J’ai tenté de l’avoir sur son portable mais celui-ci était éteint. C’était la première fois que c’était éteint. C’était très bizarre. J’ai alors informé mes autres fils. Ces derniers ont, par la suite, commencé à le chercher», se souvient Sureka. De fil en aiguille, les deux frères d’Abhishek apprennent que leur petit frère aurait «une liaison amoureuse secrète» avec une jeune femme du village voisin. C’est aussi de cette façon qu’ils auraient su que les proches de la fille étaient également à la recherche de cette dernière.

 

«Sa mère et son frère sont venus nous voir chez nous vers 18 heures. Ils nous ont fait comprendre qu’ils ignoraient que notre frère et la fille avaient une quelconque relation. Nous avons décidé de nous rendre ensemble à la police dans la soirée pour signaler leur disparition, si jamais les deux n’avaient pas refait surface», précise Sanjeev, l’un des deux frères d’Abhishek.

 

Les proches des deux jeunes pensaient alors que ces derniers avaient quitté le toit familial pour faire pression sur leurs familles respectives afin que celles-ci les laissent se marier bien qu’ils ne soient pas de même confession religieuse. «Nou fami ti dakor pou marye zot si zot dir nou ki zot anvi viv ansam», souligne Sureka.

 

Mais lorsqu’Abhishek rentre à la maison vers 19h45, les Dhunsoo décident de ne pas se rendre à la police. «Ma première réaction a été de lui demander où il était toute la journée et pourquoi son portable était éteint. Il m’a alors dit qu’il était allé pêcher. Il a pris une tasse de lait avec des céréales avant d’aller s’enfermer dans sa chambre. J’avais remarqué qu’il avait un comportement bizarre. Il semblait dépressif. Il paraissait également en état de choc. J’ai hésité à lui poser des questions pour ne pas aggraver son cas», soutient Sureka qui assure qu’elle ne se doutait de rien.

 

Mais lorsqu’un véhicule de police arrive, vers 21h30, c’est le choc. «Nou finn aprann ki se fami tifi ki finn avoy lapolis kot nou kan zot inn kone ki mo garson inn retourn lakaz.» En voyant arriver les policiers, Abhishek, quant à lui, tente de se suicider. «Il a essayé de se pendre. Les policiers l’ont alors transporté à l’hôpital où il a été admis sous surveillance policière. Il est toujours en état de choc. Mon fils regrette son geste. C’est du moins l’impression qu’il donne», avance Sureka.

 

À en croire les Dhunsoo, Abhishek gardait sa vie privée secrète. «Toulezour nou ti tann li koze lor telefonn me zame nou pann dimann li kitsoz parski li pa ti kontan koz so lavi prive ek nou», souligne son frère Sanjeev. Surekha ajoute qu’elle connaissait Benazir car, en septembre 2017, elle était venue inviter la famille au mariage de son frère : «J’avais demandé à Abhishek qui c’était et il m’avait dit que c’était une amie.»

 

Il aura fallu ce terrible drame, souligne Sanjeev, pour que la famille apprenne que les deux entretenaient peut-être une relation amoureuse secrète et qu’ils se connaissaient apparemment depuis cinq ans. À hier, Abhishek était toujours admis à l’hôpital de Rose-Belle, sous surveillance policière. Une source policière indique que son état de santé est toujours précaire. C’est la raison pour laquelle les médecins ne l’ont pas encore autorisé à quitter l’hôpital pour faire face aux enquêteurs et à la justice.

 

Jean Marie Gangaram