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Agression mortelle de Patrick Souavé à Sainte-Croix : Un cambriolage finit en tragédie

To Chun Leung Fook Sen a été placé en détention suite à l’agression mortelle survenue dans son restaurant.

Un drame s’est joué au Restaurant Marlen dans la nuit de jeudi à vendredi. Patrick Gaëtan Souavé a rendu l’âme après avoir été agressé par les propriétaires de l’établissement, les frères Leung Fook Sen, suivant ce qui semble être un vol qui a mal tourné. Si d’une part, Marie-Anne Souavé, la mère de la victime, pleure son fils disparu, de l’autre, deux frères se retrouvent  dans de beaux draps vingt ans après que leur frère aîné a été agressé à mort devant le restaurant familial.

Cela fait plusieurs semaines qu’elle fait le va-et-vient entre sa maison et l’hôpital Jeetoo. La raison : Marie-Anne Souavé souffre de plusieurs problèmes de santé, notamment le diabète, l’hypertension et l’anémie. Le vendredi 12 janvier, jour de son 83e anniversaire, elle ne se réveille pas au mieux de sa forme et à l’extérieur, les averses perdurent. N’empêche, Marie-Anne Souavé est décidée à passer une belle journée d’anniversaire, entourée de ses enfants. D’autant que l’une de ses filles, qui vit à La Réunion, est en vacances à Maurice. Sauf que sa matinée est bouleversée par la visite de limiers du poste de police d’Abercrombie…

 

Ces derniers lui annoncent que l’un de ses fils, Patrick Gaëtan Souavé, 50 ans, est admis à l’hôpital Jeetoo dans un état critique et qu’il faudrait qu’un membre de la famille les accompagne, muni de la carte d’identité du quinquagénaire. Une de ses filles se porte volontaire. En attendant, l’octogénaire s’interroge : comment son fils s’est-il retrouvé dans cet état ? «Je l’ai vu pour la dernière fois la veille, au dîner. Il était en pleine forme. Sa copine était venue le rejoindre juste après et ils avaient prévu d’aller passer la soirée chez un ami. Cela faisait plusieurs jours que Gaëtan ne  dormait pas à la maison. Sa de trwa zour la ti ena lapli, so lasam ti pe koule ek tou so bann zafer ti tranpe. Li pa ti pe kapav dormi lor enn matla mouye, lerla li ti pe al dormi kot so kamarad. Lorsqu’il ne travaillait pas, il rentrait à la maison vers 9 heures», explique Marie-Anne Souavé. Alors elle a un mauvais  pressentiment. «Je voyais mes enfants et  mes petits-enfants chuchoter. J’étais sûre que quelque chose s’était produit. Et ils ont fini par m’avouer que mon fils avait été agressé mortellement.»

 

Le drame s’est joué aux petites heures du matin le vendredi  12 janvier, au restaurant Central, situé aux abords de la rue Canal-Bathurst, Sainte-Croix. S’agit-il d’un vol qui a mal tourné, comme l’expliquent les frères Leung Fong Sen, les deux suspects arrêtés dans cette affaire ? C’est en tout cas la thèse que privilégient, pour l’heure, les enquêteurs. D’autant que Patrick Gaëtan Souavé est fiché à la police pour divers délits de vol et de drogue.

 

Aux alentours de 5h30 ce fameux vendredi, des officiers du poste de police d’Abercrombie reçoivent un appel de To Chun Leung Fook Sen, 68 ans, alias Marlen, le propriétaire du Restaurant Central, plus connu sous le nom de Restaurant Marlen, qui les informe qu’un voleur a fait irruption dans son commerce. Sur place, les limiers découvrent Patrick Gaëtan Souavé allongé sur le dos, en face du restaurant, et portant de multiples blessures sur le corps. Ce dernier est conduit d’urgence à l’hôpital Jeetoo mais il succombe à ses blessures deux heures plus tard. Une autopsie est pratiquée par la suite et attribue la mort du quinquagénaire à un hemorrhagic shock following facial injuries.

 

Des bruits suspects

 

Marlen et son frère To Chin Leung Fook Sen, alias Béba, un retraité de  64 ans, sont par la suite arrêtés pour meurtre. Également blessés, ils reçoivent des soins à l’hôpital et Béba y est admis. Ce dernier a déclaré qu’il ne donnera sa version des faits qu’en présence d’un avocat. Le même jour, Marlen est, lui, interrogé par les enquêteurs de la brigade criminelle de Port-Louis-Nord et plaide la légitime défense. Il relate avec moult détails ce qui s’est passé à son domicile dans la nuit de jeudi à vendredi. Ce soir-là, dit-il, Béba serait rentré à la maison aux alentours de minuit. Il aurait dîné, regardé la télé, avant d’aller se coucher vers 2 heures. Mais au bout de quelques minutes, il se serait réveillé, alerté par des bruits suspects provenant du restaurant. Convaincu que ce dernier se trompait, Marlen le laisse descendre seul. Muni d’une torche électrique, Béba se rend au restaurant, raconte Marlen qui, au bout de quelques minutes, dit avoir entendu crier : «Voler ! Voler !» Il se serait précipité au rez-de-chaussée avant de tomber sur son frère et Patrick Gaëtan Souavé qui en étaient venus aux mains. Ce dernier avait une arme en sa possession, avance-t-il. Après une longue et rude dispute, les deux frères seraient parvenus à maîtriser Patrick Gaëtan Souavé qui, selon eux, se serait introduit dans le restaurant par une imposte. Sauf que quelques heures plus tard, le quinquagénaire a rendu l’âme…

 

Si toute la localité de Sainte-Croix a été secouée par cette affaire, c’est surtout parce que le Restaurant Marlen est un établissement très connu dans la région, tout comme ses propriétaires. Yvon, un habitant de la localité, est un habitué des lieux. Il dit connaître les frères Leung Fook Sen depuis son enfance. «Ce sont des gens sympathiques. Marlen était tous les jours au restaurant, contrairement à son frère. À lui seul, il faisait tourner le restaurant depuis le décès de leur frère Robert (voir hors-texte) et celui de leur mère. Béba, lui, travaille dans le domaine de la construction.» L’établissement, apprend-t-on, est un héritage familial légué par leur mère. «Elle avait commencé par un élevage de porcs. Par la suite, c’est dans un petit local en tôle qu’ils ont débuté leur affaire. Aujourd’hui, c’est un des restaurants les plus florissants de la localité et il attire bon nombre de personnes.»

 

Caractère bien trempé

 

Si l’établissement jouit d’une bonne réputation, quid des frères Leung Fook Sen ? «J’étais proche de Marlen et je peux affirmer que c’est quelqu’un de calme et d’amical. Il vaquait à ses occupations sans importuner qui que ce soit et c’était toujours un plaisir d’être avec lui au restaurant», assure Yvon.

Un autre habitant de la localité abonde dans son sens. D’après lui, les deux frères étaient des gens discrets mais au caractère bien trempé. «Marlen est le plus connu des deux frères car il est tous les jours au restaurant. C’est un vrai bourreau du travail. Il a toujours travaillé d’arrache-pied pour faire tourner l’établissement. Je pense que le vendredi 12 janvier, il s’est défendu car son restaurant est son gagne-pain.» Mais notre interlocuteur concède que les deux frères avaient un caractère bien trempé. Cependant, c’était uniquement lors de disputes avec les mauvais payeurs ou lorsque des clients se disputaient après une partie de beuverie.

 

Sauf que cette fois, il a agressé un homme qui a fini par rendre l’âme, plongeant une famille entière dans la tristesse. Notamment Marie-Anne Souavé : «J’ignore si Gaëtan avait l’intention de commettre un vol. Je suis consciente du fait qu’il était loin d’être parfait mais ce n’était pas une raison pour le tuer.» Car cet enfant, ce n’est pas le premier qu’elle perd. «C’est dur de perdre un sixième enfant. Certains sont morts à la naissance, d’autres ont été emportés par la maladie. Il ne me reste aujourd’hui plus que quatre enfants. C’est vraiment dur de voir ses enfants s’en aller les uns après les autres», confie l’octogénaire.

 

Assise sur son canapé, juste après avoir assisté aux funérailles de son enfant vendredi après-midi, elle tente de se remémorer les moments passés avec son fils Gaëtan. «Il a toujours été un enfant débrouillard. Il ne s’était pas marié et n’avait pas d’enfant. Il a toujours vécu avec moi et s’occupait de moi lorsque je tombais malade. Il m’aidait toujours avec les corvées, il aimait travailler pour gagner sa vie. C’était quelqu’un sur qui on pouvait compter.»

 

Alors elle lève les yeux au ciel et prie de tout son cœur pour que son fils «trouve la paix» : «Mo met tou dan  lame Bondie.»

 


 

Le Restaurant Marlen, témoin d’un nouveau  drame après 20 ans

 

Une tragédie en rappelle une autre. Si le vendredi 12 janvier, un incident a viré au drame au Restaurant Marlen, ce n’est pas la première fois que cela arrive. Vingt ans plus tôt, une violente dispute a coûté la vie au frère aîné des frères Leung Fook Sen, Robert, âgé de 51 ans. Le 15 octobre 1997, il a été tabassé par quatre personnes en face du restaurant familial. La dispute aurait éclaté lorsqu’il a tenté de convaincre ces derniers de ne pas uriner devant l’établissement.

 

Il a alors été agressé avec un casque intégral, un tabouret et des pierres. Robert Leung Fook Sen a perdu connaissance, a été admis dans une clinique de la capitale, avant d’être transféré aux soins intensifs de l’hôpital du Nord. Il a succombé à une fracture du crâne quatre jours plus tard, soit le 19 octobre de la même année.

 

Textes : Élodie Dalloo et Valérie Dorasawmy