• Adi Teelock : «Dans 30 ans, nous allons perdre environ 15 % des plages»
  • Comment garder la forme en été
  • Judo News : La bande à Baptiste Leroy au Sénégal
  • Wendi Madré ou les doigts de fée d’une créatrice
  • Shad, un an et demi, hospitalisé suite à une chute dans les escaliers | Ses parents : «Nous voulons des réponses…»
  • Anishta Seesurrun : au nom de ma sœur Kerina
  • Il est admis à l’hôpital de Candos depuis 16 mois : Le long calvaire du petit Shishaan à l’unité des grands brûlés
  • Metro Express : sur les rails du mécontentement
  • Et si on était Vincent Duvergé…
  • «Busy B» à Flacq : L’appel de l’Est de Béatrice Bijoux Bellepeau

Agression mortelle de Farook Chaumun, 64 ans : sa famille, traumatisée, entre tristesse et révolte

Riyad Chaumun a découvert le corps de son père tôt, samedi matin.

La localité de Rémy Ollier, entre Quatre-Bornes et Rose-Hill, est sous le choc. Le samedi 3 novembre, le corps de Farook Chaumun, un chauffeur de taxi de 64 ans, a été retrouvé à quelques mètres de son domicile. Il portait une profonde entaille au cou. Selon les premiers éléments de l’enquête, le sexagénaire a été tué lorsqu’il aurait tenté d’empêcher un voleur de cueillir des jaques sur un arbre se trouvant sur le terrain en friche. Ses proches livrent de bouleversants témoignages.

Samedi 3 novembre, 7h30. Une foule s’est amassée devant l’entrée principale de la maison des Chaumun à la rue Remy Ollier, située entre la ville de Quatre-Bornes et celle de Rose-Hill. Interpellés par la forte présence policière sur les lieux, badauds, voisins et autres proches viennent s’enquérir de la situation. La nouvelle, une triste et horrible nouvelle, tombe : le corps sans vie de Farook Chaumun, un chauffeur de taxi de 64 ans, vient d’être découvert sur un terrain en friche situé au bout de l’entrée menant à sa maison. La victime porte une profonde entaille au cou.

 

D’après les premiers éléments de l’enquête, menée par la brigade criminelle de Quatre-Bornes, le sexagénaire, affectueusement appelé Chota par les habitants de la localité, aurait été agressé en tentant d’empêcher un voleur de cueillir des jaques sur un arbre se trouvant sur le terrain en friche. Les images des caméras de surveillance situées à proximité ont été remises à la police. À l’heure où nous mettions sous presse, aucune arrestation n’avait eu lieu.

 

Dans un endroit où tout le monde connaît tout le monde, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. À la rue Remy Ollier, où les Chaumun habitent depuis de nombreuses années, les visages sont tristes, les yeux remplis de larmes. Comment un tel drame a pu se jouer ? À quel moment une telle tragédie a-t-elle pu se produire alors qu’un peu plus tôt, Farook était rentré chez lui après une session de prière sans problème ? Encore en état de choc, Azam Chady, le cousin de la victime, réconforté par sa fille, tente tant bien que mal de nous faire le récit de cette matinée traumatisante. «Il était environ 6h45 lorsque Riyad, le fils de Farook, est venu me demander si j’avais aperçu son père. Sa mère et lui s’inquiétaient parce qu’il n’était pas encore rentré de la boutique où il devait se rendre pour acheter du pain. Ils pensaient qu’il se trouvait chez moi. J’ai donc accompagné Riyad et nous sommes allés à la recherche de Farook.»

 

Mais avant même de gagner la route principale, ils aperçoivent quelqu’un sur le sol. De loin, ils reconnaissent le pantalon et les chaussures de Farook. «Mais nous ne voyions pas son visage à cause de la voiture noire garée devant.» Craignant qu’il ait fait un malaise, le sexagénaire souffrant d’hypertension depuis plusieurs années, ils courent lui porter secours. Cependant, plus ils avancent, plus leur inquiétude grandit en voyant des traces de sang sur le sol. «Nous avons d’abord pensé qu’il s’était blessé à la tête après s’être évanoui mais lorsque nous l’avons retourné, nous avons vu qu’il portait une profonde entaille au cou. Je n’arrive toujours pas à m’enlever ces images de la tête. Je ne pense pas que je pourrai m’en remettre», confie Azam.

 

Alerté, le personnel du Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU) n’a pu que constater le décès du sexagénaire. Également mandés sur place, les éléments de la Criminal Investigation Division (CID) de Quatre-Bornes ont vite établi la thèse de foul play.

 

La colère et la tristesse se lisent sur le visage de Riyad, le fils de la victime. «Sa dimounn kinn fer sa-la pena so plas lor later ! Dan samdi gramatin, mo papa ti abitie bwar dite ansam ar mwa. Mo tia prefere Bondie pran mwa ek retournn mo papa. Li pa enn dimounn violan. Li inexplikab seki mo pe resanti zordi.» Et là, les regrets se mêlent au chagrin : «J’ai toujours dit à mon père de ne pas chercher à s’interposer si jamais il était amené à croiser des voleurs dans les environs. Mais il n’en a toujours fait qu’à sa tête.» Sa mère, abattue, ne peut s’exprimer, tant sa douleur est forte. Alors, c’est Coorshil Chady, la sœur de la victime, qui prend la parole. Cette dernière, qui vit en France depuis 22 ans, est à Maurice depuis le 23 octobre pour des vacances et surtout pour passer du temps avec sa famille. Mais à trois jours de son départ pour la France, ses vacances ont pris fin de façon tragique.

 

«Farook comptait m’emmener à la foire, à cité Martial, aujourd’hui. Puis, nous nous serions rendus à la plage en famille dans l’après-midi.» Mais cette journée d’activités a laissé place aux obsèques de son frère chéri, qui étaient prévues le même jour. Les yeux gonflés à force d’avoir pleuré, elle se remémore les bons souvenirs et des moments passés avec son frère. «Farook a toujours été bien plus qu’un frère pour moi, c’était un deuxième père. Nous avions un lien vraiment fort. Il était mon guide depuis mon plus jeune âge, il a toujours veillé à ce que je ne manque de rien. Il faisait aussi toujours attention à son apparence. Il tenait aussi très fortement à sa vie et faisait de son mieux pour garder la forme. C’était quelqu’un d’extraordinaire, il n’était pas du genre à se disputer et n’était pas du tout agressif.»

 

Les heures passent. Il est déjà 10 heures. Le va-et-vient des visiteurs se poursuit au domicile des Chaumun. Parmi ceux qui ont fait le déplacement, il y a Roselyn, une de ses clientes. «Il était prévu qu’il passe me prendre à 9 h ce matin (Ndlr : le samedi 3 novembre) pour me conduire au cimetière. Mais quand je me suis rendu compte qu’il avait du retard, je l’ai appelé car ce n’était pas dans ses habitudes. Il était toujours très ponctuel. C’est à ce moment-là qu’un de ses proches a décroché pour m’annoncer la mauvaise nouvelle. J’étais sous le choc.»

 

Elle a fait appel aux services de Farook pendant 40 ans. «Il a toujours été quelqu’un de sérieux dans son travail, toujours prêt à aider. Ce qui lui est arrivé est vraiment regrettable.» Siven Panden, également chauffeur de taxi, est tout aussi affligé. Ce samedi, il est venu présenter ses sympathies à la famille de la victime. «J’ai fait sa connaissance en 1982, lorsque j’ai commencé à travailler à la place Margéot. Lui était déjà dans le métier. Farook était un bon ami. C’était un grand farceur. Cette nouvelle nous a tous choqués.»

 

Être chauffeur de taxi, c’était plus qu’un métier pour Farook Chaumun, selon ses proches. C’était un rêve que ce passionné de voitures avait réalisé. Mais des rêves, il en avait d’autres, comme celui de se rendre à La Mecque. Toutefois, il a quitté ce monde sans pouvoir le réaliser.  Il laisse derrière lui une épouse désemparée et deux enfants, Riyad et Mima, affligés par son départ aussi inattendu, qu’horrible et triste.